Y a-t-il eu une explosion des dérogations ?

Par Propos recueillis par Amélie GAUTIER, le 02 septembre 2008 à 17h59 , mis à jour le 03 septembre 2008 à 10h12

Interview - Les effets de la "libéralisation" de la carte scolaire se font sérieusement sentir à l'entrée au collège. Les demandes de dérogation pour inscrire son enfant en 6e hors secteur, sont en hausse, par rapport à 2007.

Image d'archives/TF1Image d'archives © TF1

Décembre 2007, Xavier Darcos, ministre de l'Education nationale, confirme l'assouplissement de la carte scolaire. Certains parents respirent. Depuis 1963, elle leur imposait un établissement, collège ou lycée, en fonction de leur lieu d'habitation. Aujourd'hui, les parents peuvent demander plus facilement leur inscription dans le collège de leur choix. Et ils ne s'en privent pas. Les demandes de dérogation ont fortement augmenté, voire explosé. Le point sur la situation avec Didier Jouault, directeur des services départementaux de l'Education dans le Val-de-Marne.
 
LCI.fr : La "libéralisation" de la carte scolaire a provoqué une forte augmentation des demandes de dérogations. Qu'en est-il dans votre département ?
 
Didier Jouault : C'est surtout dans les 105 collèges que la demande a été forte. L'an dernier, à l'entrée en 6e, nous avions reçu environ 670 demandes de familles souhaitant un autre collège que celui de leur secteur. Cette année, nous en avons eu 1180, soit un peu près le double sachant que 13.000 élèves entrent au collège dans notre département. Donc, oui il y a eu effectivement une augmentation, mais cela concerne 10% des familles seulement. Environ 80% des demandes ont reçu une réponse positive. Et là, oui, on peut parler d'explosion puisque l'an dernier, 40% des familles avaient été satisfaites.
 
LCI.fr : Est-ce le même constat du côté des lycées ?
 
D.J. : Les demandes sont toujours moindres pour les lycées. Cette année, nous avons reçu 900 demandes de dérogation, contre 600 en 2007. Le taux de satisfaction, lui, est passé de 50 à 60%. Cette augmentation est plus faible puisqu'il y a moins de lycées que de collège et qu'ensuite ces lycées où il "faut absolument aller" dans l'esprit des parents sont ceux qui, en présentant des options particulières telles l'art plastique ou les langues rares, ont déjà fait le plein en élèves. Il y a donc moins d'espace pour des dérogations nouvelles contrairement au collège.
 
LCI.fr : Depuis cet assouplissement, comment décidez vous ou non d'octroyer une dérogation ? Et d'ailleurs, qui le décide ?
 
D.J. : Depuis cette année, c'est l'inspection académique, c'est-à-dire mes collaborateurs et moi, qui étudions les dossiers. C'est simple, il y a deux situations : le collège demandé dispose de suffisamment de place et dans ce cas là, la consigne du ministre a été claire, "il faut dire oui", donc on dit oui. Soit il y a plus de demandes que de places et dans ce cas là, on applique une série de critères très clairs. Les élèves handicapés et boursiers seront prioritaires.
 
LCI.fr : A une époque, les parents rivalisaient d'ingéniosité pour tricher sur leur domiciliation. Cette pratique a-t-elle vécu ?
 
D.J. : Il n'y a actuellement plus de raison de mentir sur sa domiciliation. Tout est devenu beaucoup plus transparent, plus facile à discuter avec les parents.
 
LCI.fr : N'y a-t-il pas des effets pervers à tout cela ? Le risque que la mixité sociale soit un peu malmenée dans certains établissements délaissés par les "bons éléments".
 
D.J. : Non. Un élève boursier qui, par définition n'est pas issu d'un environnement favorable, va être en tête des demandes de dérogation. Il pourra rejoindre un collège plus favorisé. Donc là, ça va améliorer cette mixité sociale. Quant à ces collèges d'où sont partis un certain nombre d'élèves, on laisse tous les moyens aux équipes pour améliorer la vie scolaire, permettre aux collégiens de travailler en petits groupes, offrir des heures de soutien etc. Bref, tout faire pour que ce collège ait l'image d'un endroit où on peut réussir. On verra si ça marche.

Par Propos recueillis par Amélie GAUTIER le 02 septembre 2008 à 17:59
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9 Commentaires

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  • J-Luc, le 03/09/2008 à 00h51

    La carte scolaire est sense etre etablie selon la distance. Donc un handicap ou un eleve boursier ne peuvent pas avoir plus de priorite que les autres.. Sinon, a quoi elle sert ?

  • Robert, le 02/09/2008 à 23h56

    Pipot ces dérogations ! J'ai un ami qui l'a demandé pour son enfant : refusé par le maire pour cause de sectorisation (courrier à l'appui) !! ARRETEZ DE NOUS MENTIR

  • Henri, le 02/09/2008 à 23h10

    Il faudrait que le budget de l'éducation nationale soit reversé aux parents qui décideraient d'allouer leur part au college/ecole:/ycée de son choix:public ou privé

  • Bibi, le 02/09/2008 à 21h47

    Qand les voyous n'empechent pas les autres de travailler...

  • Bérangère, le 02/09/2008 à 20h22

    Je trouve inadmissible que M. Jouault puisse dire qu'on laisse aux enseignants des établissements d'où sont partis certains élèves "la chance de pouvoir travailler en petits groupes". Ces élèves qui partent des écoles de ZEP pour aller dans des établissements soit disant MIEUX, on sait tous que ce sont de BONS ELEVES, quel que soit leur milieu social, dont les parents pensent que dans une école où le nombre d'élèves en difficulté est moindre, leur enfant aura plus de chance. Permettre aux parents de choisir l'école dans laquelle ils veulent mettre leur enfant ne va engendrer qu'une seule chose : créer des établissements poubelles où l'on ne trouvera plus que des enfants en difficulté. Et tout le monde sait très bien cela. M. Jouault, comme les autres, se voilent la face en disant que ça ne changera rien, et cela surtout dans les écoles primaires et les collèges. La ZEP n'était déjà pas tellement réclamée par les enseignants, mais là, qui va vouloir y aller ? A bon entendeur....

  • CORETGUY, le 02/09/2008 à 20h16

    Bonjour, l'assouplissement de la carte scolaire s'applique t'il aussi aux écoles maternelles et primaires?

  • Remi, le 02/09/2008 à 20h13

    Et pourquoi les boursiers ont priorite? est-ce la l'egalite? Au fait, qui finance l'education Nationale? Au final plus on paie, moins on a le droit aux services publics. Si au moins on avait le me droit ce serait deja pas mal.

  • X, le 02/09/2008 à 19h46

    Non MAIS ! dérogation : OUI mais accès au ramassage scolaire (collectivités territoriales) : NON Chercher l'erreur !!!!

  • Jean-Pierre, le 02/09/2008 à 19h03

    Bien que j'habitais dans un quartier résidentiel, mais avec deux citées à coté (plus ou moins bien fréquentées), je me suis retrouvé en primaire, au collège et au lycée (moins) avec des induvidus parfois peu recommendables ! Nombre d'entre eux on finit ou on fait un passage en prison... Mais c'était ça ou l'école privée payante ! Bien des fois j'aurais voulu être dans une autre école... Mais à force de m'accrocher, j'ai pu réussir. D'autres n'ont pas eu cette chance et ont mal tourné ! Laissez le choix de l'école aux parents, ce ne sera que mieux pour les élèves, et même en milieu difficile, on peut réussir quand-même... Mais ça ne laisse pas la chance à tous ! Certains passent malheureusement à coté de ce qui aurait pu être une bonne carrière à cause de mauvaises influences et sont devenu des voyoux !

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