Jean-Luc Romero, le président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité © LCIQuelques mois après l'affaire Chantal Sébire, cette mère de famille atteinte d'une maladie incurable qui s'était donnée la mort après s'être vu refuser l'euthanasie, se tient en ce moment à Paris le 17e congrès mondial de la "Fédération mondiale des sociétés pour le droit de mourir", qui regroupe 48 associations de 24 pays. Le congrès s'achèvera dimanche, jour des morts, avec 34 événements organisés en France, dont un rassemblement sur le parvis des Droits de l'homme à Paris.
LCI.fr : Quel est l'objectif de ce congrès ?
Jean-Luc Romero, président de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) : Il y a un objectif international pour montrer que l'idée que nous revendiquons, à savoir le droit de mourir dans la dignité, est une idée partagée internationalement. Des associations du monde entier sont venues pour montrer que non seulement ce débat existe ailleurs, mais qu'en plus, dans un certain nombre de ces pays comme les Pays-Bas, la Belgique ou le Luxembourg, l'euthanasie est légalisée. Et il y a un objectif national, évidemment, pour poursuivre le débat.
LCI.fr : En choisissant le dimanche 2 novembre pour faire la "première journée mondiale" pour le droit de mourir dans la dignité, vous vous êtes attiré les foudres de l'association l'Alliance pour les droits de la vie (ADV) qui parle de "profanation" en voulant récupérer "le souvenir sacré des morts"...
J-L. Roméro : C'est n'importe quoi. Cela voudrait-il dire que le droit de célébrer les morts n'appartiendrait qu'à quelques catholiques proches de l'Opus Dei ? Nous aussi nous avons le droit de célébrer les morts à notre façon. Il est important de parler de la mort, de toutes les morts, de se rappeler de la souffrance des gens et de dire que certains de ces gens souhaitent être entendus dans leur fin de vie quand ils disent qu'ils ne veulent plus souffrir.
LCI.fr : Vous avez déclaré il y a quelques jours que cette journée mondiale arrivait dans "un moment de grande colère au sein de l'ADMD", pourquoi ?
J-L.R. : C'est à cause de la commission Leonetti*. C'est du vent. Elle va accoucher d'une souris. C'est dommage, juste après l'émotion de l'affaire Chantal Sébire, d'avoir fait croire que l'on allait avancer. Pensant que l'émotion est tombée, la commission, qui doit rendre ses conclusions en novembre, ne va rien proposer. Or, je le vois bien à travers tous les déplacements que je fais en province sur ce sujet : les Français en ont ras-le-bol, quelle que soit leur tendance politique. Chacun a dans sa famille des souffrances incroyables. Ces gens veulent avoir toutes les possibilités. Celle d'obtenir des soins palliatifs qui, aujourd'hui, n'existent quasiment pas en France. Et si ces soins ne conviennent pas, d'avoir la possibilité d'être aidés à mourir dans des conditions précises prévues par la loi.
Mais cette colère dont je parlais va nous dépasser car ce matin, lors de notre congrès, nous avons assisté à un moment assez exceptionnel puisque nous avons le député socialiste Laurent Fabius et la députée UMP Henriette Martinez qui ont annoncé qu'ils allaient travailler ensemble pour déposer une proposition de loi commune sur la légalisation de l'euthanasie. Pour montrer que cette question dépasse tous les clivages politiques. Cela devrait faire bouger les choses.
LCI.fr : La commission Leonetti devrait proposer la création d'un observatoire de fin de vie. Y êtes-vous favorable ?
J-L.R. : Nous y étions favorables à condition que la loi change aussi, mais ça, la commission ne le prévoit pas. Du coup, on est en train de nous dire "Ecoutez, vous souffrez. Et bien maintenant, nous allons vous observer souffrir et mourir". Et voilà.
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