MIchel Ardouin , ex-associé de Jacques Mesrine © LCIDans le milieu, on le surnommait le "porte-avions", à cause du nombre d'armes qu'il portait sur lui à chaque braquage. Michel Ardouin, figure du grand banditisme des années 70 et 80, a été l'associé de Jacques Mesrine. Des quelques années passées ensemble à braquer des banques, il a fait un livre*. Il y retrace leur vie quotidienne de malfrats, alors qu'ils étaient tous deux en cavale à l'époque. Interview.
LCI.fr : Dans votre livre, vous décrivez un Jacques Mesrine un peu différent de celui de la légende populaire. C'était qui Mesrine, alors ?
Michel Ardouin : C'est quelqu'un qui avait un dérèglement glandulaire, avec deux jours de fatigue et quatre jours d'énergie par semaine et, malheureusement, un jour de déchaînement de violence par mois où il allait attaquer un président de cour d'assises ou torturer un journaliste, ce que des gens comme moi n'auraient jamais fait. A côté de cela, c'était un grand braqueur de banque, d'une rapidité d'esprit exceptionnelle. Il avait l'intuition. Il ne faisait jamais un pas en arrière. Moi, je lui amenais la structure. Les appartements, les armes, les faux-papiers, les voitures, c'était moi.
Mesrine, c'était aussi quelqu'un de très orgueilleux et d'égoïste. Ce que je ne lui ai pas pardonné, c'est qu'après son évasion de Compiègne, il ait mis la vie ou la liberté de ses partenaires en péril pour des questions d'égo personnel. Il était toujours prêt à sacrifier ses associés. Mesrine était son propre impresario, il voulait être connu, qu'on parle de lui dans les journaux. Ce qui est le contraire d'un homme du "milieu" traditionnel. D'ailleurs beaucoup de gens du "milieu" m'ont reproché mes liens avec lui.
LCI.fr : Comment vous êtes-vous retrouvés à faire équipe avec lui ?
M.A. : Quand j'étais au Québec, j'ai rencontré des vrais grands bandits, à moitié de la Camora napolitaine. Ils m'ont parlé de Mesrine qui s'était inventé un passé comme quoi il avait tué 48 personnes. Moi, j'avais jamais entendu parler de ce mec là en Europe. C'était l'époque des Pierrot le Fou et autres, mais lui, il m'était inconnu. Il s'est quand même imposé là-bas au bleuf. Comme il ne faisait jamais un pas en arrière, je lui ai rendu service pour sa cavale vers le Venezuela. Je lui ai donné une structure avec mon business. Après il est rentré en France avec sa compagne, Jocelyne, parce qu'il s'était disputé avec tout le monde. Il était en cavale. Et moi j'étais aussi en cavale depuis quatre ans. Donc, cela m'intéressait de faire équipe avec lui. En plus, comme il jouait tous les soirs dans des cercles de jeux clandestins, tous les matins il fallait aller braquer des banques. Et moi, j'avais besoin de me faire beaucoup d'argent très vite pour partir ailleurs très vite.
LCI.fr : Ensemble vous avez braqué de nombreuses banques. Quelle était votre technique ?
M.A. : Je crois qu'on a braqué 75 banques. Il n'y avait pas de préparation. Les gens en cavale ne peuvent pas préparer. On allait, on prenait, on repartait... La seule fois où on a préparé pendant quinze jours une attaque, on a pris l'équivalent de ce que je prenais habituellement tout seul en une journée !
LCI.fr : pourquoi braquiez-vous presque toujours des agences de la Société générale ou du Crédit Lyonnais ?
M.A.: Je crois que ces deux banques avaient eu le tort de refuser des emprunts à Mesrine... C'est comme l'histoire de Lelièvre. Il l'avait kidnappé, parce qu'il l'avait emmerdé dans une affaire d'immobilier. C'est aussi pour des raisons personnelles qu'il a puni un président d'assises et torturé un journaliste. Si moi, je devais punir tous les journalistes qui m'ont taillé depuis 66, il faudrait que je m'achète 50 costumes de Zorro, 50 sabres et 50 chevaux blancs.
LCI.fr : Mesrine était votre équipier, pas votre ami. Dans votre livre, vous dites même qu'il est "un accident dans votre vie"...
M.A. : C'était un partenaire. J'étais content de l'avoir. Nous avions un contrat qui devait durer 3 mois, il a finalement duré près de trois ans, jusqu'à la chute. La chute, c'est quand il a fait le con en allant tirer des coups de canon en l'air dans un bar de la Madeleine.
LCI.fr : Ce n'était pas un ami, mais vous avez quand même pris le risque de le faire évader du tribunal de Compiègne...
M.A. : Oui, mais ça, c'était un contrat. Si l'un se faisait arrêter, l'autre venait le chercher. Quand il est sorti de prison, il m'a tout de suite proposé de venir me libérer. J'ai refusé. Il me restait que deux ans à faire et je voulais changer de vie. Je lui ai dit de ne surtout pas bouger.
LCI.fr : Drogue, sexe, braquage, c'est quand même particulier comme mode de vie...
M.A. : Non, c'est comme un employé qui change de créneau tous les dix ans en fonction du système de la société. Il y a des choses faisables et qui rapportent à une époque et puis plus rien ensuite... A une époque le chit' a rapporté, mais aujourd'hui, le type qui veut en vivre un peu doit en vendre 3 tonnes. Il faut être très adaptable.
LCI.fr : Quel meilleur souvenir gardez-vous de vous et Mesrine ?
M.A. : Je ne vois pas.
LCI.fr : Le pire ?
M.A. : Non plus. Affaire suivante !
LCI.fr : Que pensez-vous des circonstances dans lesquelles est mort votre associé ?
M.A. : Quand on est son propre impresario toute une vie, qu'on attaque l'Etat français, la Justice, et qu'on nargue la police, c'est évident que l'on cherche la mort. Trois jours avant sa mort, il a fait une cassette posthume pour sa compagne. La mort, c'était la seule solution qui lui restait. Il avait tenté de repartir en Algérie, en Italie, à Londres, mais il n'a trouvé aucune structure. En France, il ne pouvait pas être en cavale toute sa vie. Il aurait forcément été repris et là c'était perpet'. Et ça, il ne voulait pas.
LCI.fr : Jacques Mesrine est devenu un mythe à sa façon. Pas vous. Est-ce pour cela que vous avez écrit ce livre ?
M.A. : Pas du tout. J'ai 65 ans, je suis handicapé et je n'ai plus le mental du voyou. Ce que je crains, en revanche, c'est que le mec des cités qui a 16 ans aujourd'hui, qui est oisif, qui n'a plus d'éducation, s'il n'a que l'Imam et Mesrine comme idoles il va aller droit chez Al Qaïda. Pourquoi faire un film sur Mesrine ? Bientôt on fera des films sur les pédophiles ou les tueurs en séries pour en faire eux aussi des héros, peut-être ? Non, il faut faire un peu attention.
LCI.fr : Encore la semaine dernière, un fourgon de la Brink's a été braqué en pleine rue à Paris. Que ressentez-vous quand vous entendez ce genre d'information à la radio ?
M.A. : Je n'étais même pas au courant et, je vais vous dire, je m'en fouscomplètement. Dans cet univers, je ne fréquente plus que deux ou trois vieux amis à moi. Mais je ne fréquente plus les voyous.
LCI.fr : Aujourd'hui, à quoi votre vie ressemble-t-elle ?
M.A. : Ça me regarde !
*Michel Ardouin, Mesrine, mon associé, éditions du Toucan, 250 pages
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C'était en avril 76. Martine Malinbaum était une jeune avocate de 26 ans quand elle a été désignée pour assurer la défense de Jacques Mesrine. D'emblée la jeune femme imposera ses conditions à l'ennemi public numéro 1 : pas de familiarité, pas de tutoiement, ne demander aucun service incompatible avec sa déontologie d'avocate. Une étrange relation se nouera entre eux au fil des mois. Mesrine, seul dans sa cellule du Quartier de Haute sécurité lui écrira une trentaine de lettres. Des lettres de séduction. Trente ans plus tard, Martine Malinbaum a décidé de les publier au grand jour. |
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