Des sans-abris dans le bois de Vincennes © TF1/LCI"Le projet gouvernemental de forcer les sans-abri à accepter un hébergement dans les périodes de grand froid est au stade de la réflexion et ne se concrétisera pas forcément", a déclaré jeudi la ministre du Logement Christine Boutin sur Canal +. Des propos plus modérés que la veille, où la ministre avait parlé d'hébergement forcé, et qui avaient suscité un tollé auprès des associations d'aide aux sans abri. L'hébergement forcé "serait une grave régression", avait notamment immédiatement jugé Xavier Emmanuelli, fondateur du Samu social, évoquant le rétablissement insidieux du "délit de vagabondage" en vigueur jusqu'en 1994.
Les associations estiment que cette idée serait quasi-impossible à mettre en oeuvre, sauf à transformer les centres d'hébergement en lieux de détention, et appellent au respect de la dernière liberté des sans-abri. Et même dans les rangs de la majorité, on commence à réagir. Le chef de file des sénateurs UMP, Henri de Raincourt, s'est solidarisé jeudi avec la protestation de la commission des Affaires économiques du Sénat contre les propos de Christine Boutin accusant le Sénat de s'être "opposé à l'humanisation des centres d'hébergement". "Ce n'est pas parce qu'on lance une réflexion que les choses se feront (...) Il faut garder son calme", a dit la ministre ce jeudi matin. Mais, a-t-elle ajouté, "on ne peut pas d'un côté nous reprocher de ne pas faire ce qu'il faut et d'un autre côté nous reprocher de vouloir mettre à l'abri toutes les personnes qui sont dehors. Il y a un moment où il faut trouver un équilibre".
Elle a confirmé que la réflexion publique lancée mercredi, qui n'a pas été amorcée par des consultations ou des études préalables, était partie d'une intervention spontanée du président Nicolas Sarkozy en conseil des ministres. "Je lance une étude à la suite de la demande du président de la République. (...) Il ne m'a pas mis la pression, il a posé la bonne question. Il est vrai qu'en conseil des ministres maintenant, il y a des débats et c'est une bonne chose", a-t-elle dit. "Je pose la question à l'ensemble des Français : est-ce que véritablement aujourd'hui, nous devons laisser la liberté absolue des gens pour mettre leur vie en danger ou au contraire nous donner les moyens de mettre les gens à l'abri ?"
De la réquisition de logements vides
La question des dizaines de milliers de personnes qui vivent dans la rue en France revient dans l'actualité chaque hiver, du fait notamment des décès qui surviennent à l'approche de Noël et de l'activisme de nombreuses associations. Ces dernières soulignent l'insuffisance et l'insalubrité des hébergements et soulignent que le problème vient, à l'origine, d'une crise du logement plus globale. Christine Boutin refuse, comme l'an dernier, la solution préconisée par ces associations de réquisitionner les dizaines de milliers de logements vides à Paris. Selon elle, cette solution est impossible à mettre en oeuvre en pratique.
Quant à Martin Hirsch, le Haut commissaire aux solidarités actives, il a estimé, jeudi sur France24, qu'on "va passer à la vitesse supérieure" dans la prise en compte du problème des SDF car "on ne va pas égrener les morts tous les jours". "Je suis pour ces ouvertures, d'ailleurs je suis un haut commissaire d'ouverture, je suis pour l'ouverture y compris des logements, mais la question qui se pose c'est : 'Est-ce que la réquisition est une réponse quantitative suffisante ?'"."Les solutions" sont de "faire en sorte qu'on puisse avoir la certitude que les personnes effectivement dans une situation précaire ont été en mesure d'avoir été mises à l'abri", a-t-il dit.
Un 5e sdf retrouvé mort |
Un SDF âgé de 51 ans a été retrouvé mort mercredi soir dans la camionnette où il vivait à Gennevilliers, a indiqué jeudi la direction départementale de la sécurité publique (DDSP) des Hauts-de-Seine, selon laquelle les causes du décès ne sont pas encore déterminées. Il s'agit du cinquième sans domicile fixe retrouvé mort depuis un mois en région parisienne. Le corps a été découvert vers 22h50 après qu'une personne ayant l'habitude de venir en aide à ce SDF a donné l'alerte après avoir constaté que les portières de la camionnette était verrouillées, a ajouté une source à la DDSP. "Le froid ne serait pas forcément la cause du décès", indique la DDSP, qui précisé que "deux bouteilles de gaz servant à chauffer la camionnette, un matelas, une couverture et des vêtements ont été découverts" dans le véhicule aménagé. |
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