Manifestation d'enseignants le 20 novembre 2008 © TF1-LCI| Gilbert Roger, maire PS de Bondy, explique à LCI.fr pourquoi il ne mettra pas en oeuvre le droit d'accueil |
Ils avaient prévenu, le mouvement serait bien suivi. Selon les chiffres des syndicats, "plus d'un enseignant sur deux", d'après le Snes-FSU (majoritaire) et 69 % des professeurs des écoles, d'après le SNUipp-FSU (premier syndicat) ont fait grève jeudi. Le ministère de l'Education parle, lui, d'un tiers des enseignants (33,39%) en grève, dont 48,62% en primaire et 21,26% dans le secondaire.
Quant aux manifestations, elles ont rassemblé plus de 160.000 personnes, selon la police dans 48 villes de France. Dans le détail, 9.000 à 40.000 personnes ont défilé à Paris, de 5.500 à 20.000 à Bordeaux, 5 à 11.000 à Marseille, 6 à 10.000 à Lyon, 5 à 10.000 à Toulouse et à Nantes, ou encore 5.700 à 9.000 à Grenoble, 3.400 à 6.000 au Mans, 2.500 à 5.000 dans les rues de Rouen. Entre autres banderoles, "Suppression de 3.000 Rased = 150.000 élèves sans aide" était le message revenant le plus souvent, en référence aux 3.000 postes de maîtres spécialisés dans la lutte contre l'échec scolaire supprimés au budget 2009. Selon le Snes, "le message adressé est clair, et constitue une véritable interpellation au ministre (de l'Education Xavier Darcos, ndlr). Celui-ci doit maintenant prendre en compte les revendications exprimées fortement par les personnels" sur les 13.200 suppressions de postes inscrites au budget 2009, la "revalorisation" des enseignants, la "réforme du lycée".
Cette grève a réuni plus d'enseignants grévistes dans le primaire et moins dans le secondaire que les trois précédentes grèves unitaires, selon les chiffres du ministère de l'Education comme des syndicats de la FSU. A noter que les trois grèves précédentes étaient des mobilisations au niveau de toute la fonction publique et bénéficiaient donc des appels des fédérations de fonctionnaires, alors que l'appel à la grève de ce jeudi n'était le fait que des syndicats de l'Education.
Le service minimum au bon vouloir des communes
Quant à la loi sur le droit d'accueil à l'école en cas de grève, elle a connu jeudi son premier grand test national, après celui du 7 octobre limitée à certaines régions et du 16 octobre à Paris. Bilan : la loi a montré ses limites, de nombreuses communes s'affirmant incapables de la respecter tandis que les sanctions pour celles qui s'y refusent se révèlent sans effet. Ajoutez à cela une mise en place parfois chaotique. Pour les parents, ce ne fut parfois pas facile de s'y retrouver.
Paris et Lyon, toutes deux de gauche, ont refusé d'appliquer le Service minimum d'accueil (SMA), en invoquant la sécurité des enfants. Dans la capitale, "208 écoles auront 100% de grévistes" et les directeurs seront en grève "dans plus de 330 écoles (...), rendant impossible l'accès aux cahiers d'appel et aux fiches personnelles des élèves", selon la mairie. Elle estime "irréalisable", dans ces conditions, "d'organiser, en 48 heures, l'accueil de 87.300 enfants et, pour ce faire, de mobiliser 6.365 encadrants qualifiés et formés". D'autant que trois organisations syndicales représentant les personnels d'animation de la Ville susceptibles d'être mobilisés ont également déposé des préavis de grève. L'équipe de Bertrand Delanoë a déjà fait appel d'une décision de justice rendue en octobre après une grève non nationale comme celle de jeudi, lui ordonnant d'appliquer la loi. L'appel est en attente.
A Lyon, 107 écoles sur 198 devaient être touchées par la grève. "C'est au moins 720 vacataires à trouver et on ne les a pas ! En théorie, on a 48 heures pour trouver des vacataires, en pratique on n'a qu'une demi-journée", a déclaré Yves Fournel (PS), adjoint de Gérard Collomb chargé de l'Education. Le préfet du Rhône a demandé l'annulation de la décision de ne pas appliquer le SMA, mais le tribunal administratif a rejeté sa requête, estimant que la ville a fait le "nécessaire pour s'acquitter de ses obligations légales" : elle a notamment adressé "plus de 1.900 lettres" pour recenser les vacataires volontaires "et recueilli 298 accords". Autre exepmple : Saint-Etienne (PS) n'a pas appliqué non plus le SMA, tout comme 282 des 327 communes de la Loire. Le préfet a été débouté, n'ayant pas soulevé les bons moyens devant la justice. A Montpellier comme à Dijon (PS), le SMA n'a pas été organisé pour des raisons à la fois pratiques et politiques. En Alsace, des dizaines de communes ont demandé aux parents de ne pas envoyer leurs enfants à l'école.
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