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Par Propos recueillis par Alexandra GUILLET, le 06 novembre 2008 à 12h10, mis à jour le 06 novembre 2008 à 15:52
Interview - Deux syndicats de police, le SGP-FO et l'UNSA-police organisent ce jeudi la distribution d'un tract pour protester contre la suppression de 10 000 postes dans ses rangs d'ici 2012.
© AFPLe Syndicat général de la police (SGP-FO) et l'UNSA-police, qui représentent 60% des 105 000 gradés et gardiens de la paix, organisent jeudi dans une centaine de départements la distribution d'une "lettre ouverte à la population" pour dénoncer une "diminution" des effectifs de policiers "d'ici 2012". Eclairage sur une profession où la colère gronde de plus en plus fort.
LCI.fr : Des policiers qui distribuent des tracts dans la rue, c'est peu habituel. Qu'est-ce qui vaut cette action ?
Nicolas Comte, secrétaire général SGP-FO : C'est même très inhabituel. Nous voulons dénoncer la diminution des effectifs que nous subissons au sein de notre administration et que nous chiffrons à 10 000, si on inclut les 2000 effectifs d'officiers et commissaires de police déjà supprimés. En 2004, nous avions signé un accord avec le ministère de l'Intérieur qui prévoyait qu'on allait passer de 105 000 à 108 000 gradés et gardiens de la paix d'ici 2012, or on nous a annoncé que nous allions finalement être 100 000 en 2011. Et je ne parle pas des bruits que l'on entend concernant des fermetures de brigades de gendarmerie. Je parle juste de la police nationale.
Pourtant, ces dernières années, si nous avons eu de bons résultats en matière de lutte contre la délinquance, c'est grâce au travail des fonctionnaires de police. Il sera impossible de maintenir ces résultats si on diminue nos effectifs. D'autre part, il y a le risque de mettre en place une sécurité à deux vitesses. Car si on peut penser que les communes les plus riches pourront palier cela avec leurs polices municipales, ce ne sera pas le cas partout. Loin de là.
LCI.fr : Si la grogne concerne tous les grades de la police, pourquoi seuls vos syndicats sont dans la rue ?
N.C. : Les officiers et les commissaires ont déjà eu leur diminution d'effectifs et ont obtenu les contreparties qu'ils voulaient. Aujourd'hui, ceux qui sont directement touchés, ce sont les gradés et les gardiens de la paix. L'Intérieur a récemment signé un accord avec le syndicat Alliance, minoritaire, qui échange la diminution des effectifs de la police contre une hausse modérée des primes. Mais, surtout, dans cet accord, l'Intérieur fait passer la suppression d'une semaine de congés pour nos collègues car comme ils seront moins nombreux leur remplacement sera plus compliqué. Cet accord est aujourd'hui rejeté par le plus grand nombre. C'est pourquoi, avec nos deux organisations, l'Unsa et la SGP, qui représentent 60% des effectifs, nous demandons une nouvelle table ronde pour rediscuter de tout cela.
LCI.fr : En même temps, la dernière fois qu'il y a eu une table ronde, vous êtes parti...
N.C : Nous ne sommes pas partis, on nous en a exclu ! Parce qu'on n'a pas voulu accepter, avant la fin même des négociations le principe des contreparties. Ce n'était pas acceptable.
LCI.fr : Michèle Alliot-Marie a estimé ce matin sur BFM TV que vos calculs étaient "faux". Elle parle de la suppression de 4000 postes d'ici 2012 qui seront en partie compensés par la création de 1600 autres, notamment dans l'administration.
N.C. : Nous n'avons visiblement pas la même façon de faire nos calculs. Qaunt au discours consistant à dire, "il y a des policiers plein les bureaux, on va les remettre sur la voie publique", cela fait 30 ans qu'on l'entend ! Ils ne sont pas dans les bureaux, mais déjà affectés à des missions de police.
LCI.fr : Le pouvoir d'achat semble également être un sujet de préoccupation important dans la police...
N.C. : Les policiers, comme beaucoup de nos concitoyens, ont vu une dégradation très nette de leur pouvoir d'achat. Si ce n'est, qu'en plus, le métier de policier est de plus en plus difficile car on a à faire à des franges toujours plus violentes de la population. Nous avons de plus en plus de blessés en intervention. Mais c'est cela qui a permis une diminution de la délinquance. Si on met cela en parallèle avec une diminution du pouvoir d'achat, ce n'est pas supportable. On ne peut pas demander à nos policiers de travailler toujours plus, de prendre toujours plus de risques et de coups et en même temps les laisser dans des situations personnelles extrêmement difficiles.
D'autre part, on nous annonce l'arrivée de la gendarmerie nationale au sein du ministère de l'Intérieur. C'est une bonne idée en terme d'efficacité, mais il faudra qu'il y ait une parité entre les deux corps car, d'une manière générale la parité est actuellement en notre défaveur aussi bien pour les salaires que pour les grades. Après la manifestation du 23 octobre dernier à Paris, qui a rassemblé 7000 policiers, nous manifesteront à Lyon le 18 novembre prochain pour plus de pouvoir d'achat. Si rien ne se passe du côté du ministère, on augmentera la puissance de notre action et, s'il le faut, nous organiserons une manifestation nationale, comme en 2001, où 30 000 policiers étaient descendus dans la rue.
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