Sonia Imloul, chargée de mission à la Délégation Interministérielle à la Ville © Philippe MatsasSonia Imloul : Le président avait annoncé un discours sur l'égalité "réelle" des chances. Cela avait suscité un espoir immense pour de nombreux responsables associatifs dont je fais partie. Et finalement, rien. Nicolas Sarkozy n'a fait aucune annonce en direction des quartiers populaires, rien non plus en direction des jeunes en difficultés. Il aurait pu prononcer ce discours dans un collège par exemple et dire aux enfants, les yeux dans les yeux : "Je suis président de la République française, je prépare votre avenir, vous ne serez plus en échec." Cela aurait été fort.
LCI.fr : La mise en place en 2009 dans les grandes entreprises du CV anonyme, c'est une mesure concrète ?
S.I.: Ce n'est pas une mesure qui va changer le sort des enfants en difficultés. Si on renforce l'instruction des enfants dès l'école primaire, on aura plus besoin du CV anonyme. Si on donne les moyens aux jeunes d'arriver sur le marché du travail avec un bagage scolaire solide, ils seront recrutés par les entreprises. Or beaucoup d'entre eux quittent aujourd'hui le système scolaire avant l'âge de 16 ans. L'égalité des chances doit commencer dès l'école primaire. Dans le 93, le taux d'échec des enfants est incroyable. Très peu d'enfants porteront un jour l'uniforme de polytechnique, c'est sûr.
LCI.fr : Pourtant, le président propose d'intégrer 30% d'élèves boursiers dans les classes préparatoires des grandes écoles, cela ne vous convainc pas ?
S.I : Que fait-on des 70% restants ? S'il n'y a pas de politique globale en direction de tous les élèves, on n'atteindra pas les 30% d'élèves boursiers. Il faut être un peu plus réaliste, voir la réalité du système scolaire français. Nicolas Sarkozy n'est pas en phase avec la réalité des quartiers. Les postes de RASED, par exemple, ont été supprimés alors qu'il aurait fallu renforcer ce dispositif pour aider les enfants les plus en difficultés.
LCI.fr : La nomination de Yazid Sabeg, entrepreneur français d'origine berbère, comme " commissaire à la diversité et à l'égalité des chances", c'est un symbole fort pour ces jeunes ?
S.I : Il y a un fossé entre cette élite issue de la diversité et qui a réussi, et les jeunes d'aujourd'hui dans les quartiers. Il y a une scission entre cette politique menée par Nicolas Sarkozy et les générations actuelles et à venir. Comment construire une élite sans commencer par s'attaquer aux enfants en difficultés. La masse ne produira pas une élite tant qu'on ne prendra pas le problème à la racine. Ce discours et ce rassemblement n'étaient pas destinés aux jeunes qui demain pourront constituer une élite.
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LCI.fr :Qu'attendez-vous du chef de l'Etat ?
S.I. : Ce que j'attends du président de la République, c'est qu'il intervienne auprès des gamins quand ils sont en difficultés. Aider ceux qui ont réussi à s'en sortir, c'est bien, mais c'est encore mieux d'aider l'immense majorité à s'en sortir. Il faut mettre en place une politique de droit commun, un projet républicain pour tous ces enfants. Or ce que nous propose Nicolas Sarkozy c'est une politique à deux vitesses. On se trompe de débat. On en reparlera dans quelques années, parce que je constate que l'Etat à souvent trois ou quatre ans de retard sur la réalité des quartiers.
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