"Peu de jeunes des quartiers iront à Polytechnique"

Par Propos recueillis par F.B., le 17 décembre 2008 à 21h28 , mis à jour le 18 décembre 2008 à 11h06

Interview - Sonia Imloul, présidente d'une association venant en aide aux enfants en difficultés, Respect 93, basée en Seine-Saint-Denis, se dit "déçue" par le discours de Nicolas Sarkozy. Un discours sur l'égalité des chances qu'elle juge "éloigné de la réalité des quartiers" et qui ne "s'adresse pas aux jeunes en difficultés".

Sonia Imloul DIVSonia Imloul, chargée de mission à la Délégation Interministérielle à la Ville © Philippe Matsas
LCI.fr : Pour quelles raisons êtes-vous « déçue » par le discours du chef de l'Etat sur l'égalité des chances ?

Sonia Imloul : Le président avait annoncé un discours sur l'égalité "réelle" des chances. Cela avait suscité un espoir immense pour de nombreux responsables associatifs dont je fais partie. Et finalement, rien. Nicolas Sarkozy n'a fait aucune annonce en direction des quartiers populaires, rien non plus en direction des jeunes en difficultés. Il aurait pu prononcer ce discours dans un collège par exemple et dire aux enfants, les yeux dans les yeux : "Je suis président de la République française, je prépare votre avenir, vous ne serez plus en échec." Cela aurait été fort.

LCI.fr : La mise en place en 2009 dans les grandes entreprises du CV anonyme, c'est une mesure concrète ?

S.I.: Ce n'est pas une mesure qui va changer le sort des enfants en difficultés. Si on renforce l'instruction des enfants dès l'école primaire, on aura plus besoin du CV anonyme. Si on donne les moyens aux jeunes d'arriver sur le marché du travail avec un bagage scolaire solide, ils seront recrutés par les entreprises. Or beaucoup d'entre eux quittent aujourd'hui le système scolaire avant l'âge de 16 ans. L'égalité des chances doit commencer dès l'école primaire. Dans le 93, le taux d'échec des enfants est incroyable. Très peu d'enfants porteront un jour l'uniforme de polytechnique, c'est sûr.

LCI.fr : Pourtant, le président propose d'intégrer 30% d'élèves boursiers dans les classes préparatoires des grandes écoles, cela ne vous convainc pas ?

S.I : Que fait-on des 70% restants ? S'il n'y a pas de politique globale en direction de tous les élèves, on n'atteindra pas les 30% d'élèves boursiers. Il faut être un peu plus réaliste, voir la réalité du système scolaire français. Nicolas Sarkozy n'est pas en phase avec la réalité des quartiers. Les postes de RASED, par exemple, ont été supprimés alors qu'il aurait fallu renforcer ce dispositif pour aider les enfants les plus en difficultés.

LCI.fr : La nomination de Yazid Sabeg, entrepreneur français d'origine berbère, comme " commissaire à la diversité et à l'égalité des chances", c'est un symbole fort pour ces jeunes ?

S.I : Il y a un fossé entre cette élite issue de la diversité et qui a réussi, et les jeunes d'aujourd'hui dans les quartiers. Il y a une scission entre cette politique menée par Nicolas Sarkozy et les générations actuelles et à venir. Comment construire une élite sans commencer par s'attaquer aux enfants en difficultés. La masse ne produira pas une élite tant qu'on ne prendra pas le problème à la racine. Ce discours et ce rassemblement n'étaient pas destinés aux jeunes qui demain pourront constituer une élite.
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LCI.fr :Qu'attendez-vous du chef de l'Etat ?
S.I. : Ce que j'attends du président de la République, c'est qu'il intervienne auprès des gamins quand ils sont en difficultés. Aider ceux qui ont réussi à s'en sortir, c'est bien, mais c'est encore mieux d'aider l'immense majorité à s'en sortir. Il faut mettre en place une politique de droit commun, un projet républicain pour tous ces enfants. Or ce que nous propose Nicolas Sarkozy c'est une politique à deux vitesses. On se trompe de débat. On en reparlera dans quelques années, parce que je constate que l'Etat à souvent trois ou quatre ans de retard sur la réalité des quartiers.

Par Propos recueillis par F.B. le 17 décembre 2008 à 21:28
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4 Commentaires

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  • Hubriya, le 18/12/2008 à 10h39

    Bonjour il y a belle lurette que les jeunes des quartiers n'on plus accés aux grandes écoles. Mais il y aussi belle lurette que les classes moyennes n'y on plus accés non-plus. Et des décénnies que les jeunes ruraux n'y on plus accés. Ha l'égalité des chances... Il serait bien de parler au non de tous les jeunes, car une grande majorité vi en campagne et on n'en parle jamais!. bonnes fetes a vous tous

  • GFRID, le 18/12/2008 à 10h04

    JE TENDS A CROIRE QUE CETTE REALITE VA CHANGER ET MEME SI C'EST DUR DE LE CONSTATER, AUCUNE MESURE REELLE ET CONSTRUCTIVE N'EST PRISE. LE CHEF DE L'ETAT EST LOIN DE SE SOUCIER DU PROBLEME DANS NOS BANLIEUES QUI POUR LUI, SANS AUCUN DOUTE ET MALHEUREUSEMENT, EST UN PROBLEME SECONDAIRE!!!!

  • David, le 18/12/2008 à 10h02

    Ah, parceque la réussite des enfants ne dépend pas non plus de leur volonté de réussir ? Ce n'est pas qu'une question de moyens, il va déjà falloir trouver 3 gamins sur 7 qui préfèrent apprendre des choses au lieu de brûler des voitures. On verra après pour la politique globale ;)

  • Luc, le 18/12/2008 à 01h57

    Je partage l'avis de Madame Sonia Imloul sur le fond. Il est bien plus efficace de combler les lacunes à l'école primaire, à un âge où les inégalités de développement scolaire ne sont pas encore irréversibles. Il faut à mon sens, comme le préconise M. Sarkozy, développer une politique d'accès aux études supérieures, y compris les plus sélectives, pour les jeunes lycéens issus des milieux défavorisés qui réussissent déjà à l'école (ou qui en ont le potentiel). Cette politique est nécessaire et efficace comme en témoignent les exemples pionniers tels le projet "Une Grande École, Pourquoi Pas Moi". Mais comme le dit Madame Imloul, on ne fait ainsi que faciliter la réussite d'une minorité d'élèves (ce qui est déjà formidable, soyons clairs). Le grand enjeu est à l'école primaire et au collège, et passe notamment par la connaissance du français. C'est la langue qui est le premier support de l'écart culturel et scolaire qui se creuse entre les jeunes en difficulté et les autres. Mais comme le dit Madame Imloul, on ne fait ainsi que faciliter la réussite d'une minorité d'élèves (ce qui est déjà formidable, soyons clairs). Le grand enjeu est à l'école primaire et au collège, et passe notamment par la connaissance du français. C'est la langue qui est le premier support de l'écart culturel et scolaire qui se creuse entre les jeunes en difficulté et les autres. Dans le cadre législatif actuel, des solutions existent déjà pour réduire les inégalités sociales présentes à l'accès aux filières sélectives comme les grandes écoles: développement du tutorat de proximité sur tout le territoire, intégration de l'ouverture sociale dans le cursus des grandes écoles, financement de l'accès à l'enseignement supérieur des lycéens modestes qui en ont les moyens scolaires. ll est temps de mettre en ?uvre ces solutions rapidement, si l'on veut éviter une future asphyxie générale des élites françaises.

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