© AFPC'est la première fois que le Jérôme Kerviel, l'ex-trader auquel la Société générale impute une perte de 4,9 milliards d'euros, parle officiellement à un média, deux semaines après la fin de l'enquête judiciaire qui conduira à son procès d'ici 2010. Il répond longuement aux questions dans une interview diffusée sur RTL. Il sera aussi invité sur TF1 dimanche soir. Et dans ses premiers propos publics, l'homme par qui le scandale de la Société générale est arrivé se pose une nouvelle fois en victime, même s'il admet des erreurs.
Dans la peau de Jérôme Kerviel
Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le trader, de ses pensées les plus intimes au contenu de son réfrigérateur.
Publié le 08/09/2008
Victime d'un système qui l'a encouragé à franchir la ligne jaune, victime des médias qui l'ont traqué ("voir ses propos volés, ses photos volées, ça n'est pas forcément agréable"), il n'aspire, assure-t-il, qu'à retrouver l'anonymat : "redevenir Mister Nobody". A briser tout lien avec le monde de la finance : "C'est un milieu que je ne veux plus connaître. Ce n'est plus du tout un endroit que j'ai envie de fréquenter, ce n'est plus du tout des gens que j'ai envie de fréquenter. Tout est faux dans ce milieu, tout est irréel, tout est basé sur le paraître". Et il dément avoir été contacté pour le tournage d'un film sur son affaire, comme l'écrivent des médias.
"Ils ont ouvert la portière, m'ont tendu les clefs"
ll reprend les arguments de défense développés depuis l'été dernier, selon lesquels ses supérieurs hiérarchiques encouragaient ses engagements à risque qui l'ont conduit à miser jusqu'à 50 milliards d'euros - des affirmations contestées par la banque et mises en doute par les juges d'instruction. S'il reconnaît avoir "fait des bêtises", il explique n'avoir agi de la sorte "que parce que la banque (l') a laissé faire et (l') a encouragé" : "A aucun moment on m'a dit : stop. J'aurais bien aimé qu'on me dise : arrête tes conneries, ça va mal se passer", affirme-t-il. "Mes positions je les prenais devant tout le monde, devant mes managers. (...) Toutes mes opérations ont été vues, monitorées et contrôlées (...) je ne me cachais pas. J'étais au milieu du desk et tout le monde me voyait faire", ajoute le trader sans toutefois expliquer pourquoi il a dissimulé ces opérations en produisant des faux. Ce qui ne l'empêche pas de marteler : "Je n'ai jamais rien volé, je n'ai pas voulu jouer, je n'ai jamais été indétectable, je ne suis pas quelqu'un de secret et je ne suis pas un menteur".
"Avec du recul, je me dis que je me suis laissé emballer par tout un système, je me suis laissé entraîner", explique le jeune homme de 32 ans. "Je reconnais avoir été trop loin, avoir pris des positions importantes. Il y a une certaine déconnexion de la réalité à un moment donné. Les chiffres ne veulent plus réellement dire grand chose (...) Je me suis laissé entraîner dans une spirale autoalimentée, sur laquelle mes supérieurs mettaient de l'huile pour que ça tourne à plein régime", plaide le trader. Sur ses motivations, il réaffirme avoir "voulu faire gagner de l'argent" à la banque. "Mon objectif n'était absolument pas de briller vis-à-vis des autres traders", dit-il, contestant toute idée de revanche sociale sur des collègues plus diplômés que lui, évoquée dans le passé. Il assure avoir agi de la même manière que les autres traders : "Cette expression je l'ai entendue maintes et maintes fois : est-ce que tu as été une bonne gagneuse aujourd'hui ?".
"Ça m'est tombé dessus du jour au lendemain"
Evoquant l'annonce publique du scandale par la Société générale le 24 janvier 2008, il explique : "ça m'est tombé dessus du jour au lendemain. Et même encore aujourd'hui, ça me dépasse complètement. Tant sur le plan médiatique que sur le plan émotionnel", ajoute-t-il. "Au début de l'affaire, l'avocat de la Société Générale a déclaré : c'est l'histoire d'un homme qui a vu la voiture ouverte et qui l'a piquée. L'histoire qui me concerne, ce n'est absolument pas ça. Ils ont ouvert la portière, m'ont tendu les clefs et m'ont fait des signes de la tête en me disant : vas-y, va faire un tour. Ils m'ont incité à le faire. Ils m'ont regardé le faire le tour. Et un jour ils disent : ah ben, on s'est fait voler la voiture".
Alors qu'il encourt jusqu'à cinq ans de prison et 375.000 euros d'amende, il redoute de retourner en prison, où il a passé 38 jours. "L'image que je garde, c'est le regard de ma mère dans un couloir de deux mètres carrés à la prison de la Santé au moment du parloir", ajoute-t-il. Ce qu'il se dit quand il pense à l'affaire ? "Qu'est-ce que t'as été con ! Avec du recul je me dis que je me suis laissé emballer par tout un système, je me suis laissé entraîner".
D'après agences
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