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Par Sophie LUTRAND, le 20 mars 2009 à 07h00, mis à jour le 21 mars 2009 à 14:57
Etre une femme libérée en 2008, est-ce pouvoir aller au lycée en jupe ? A l'occasion de la sortie d'un film avec Isabelle Adjani sur ce sujet, LCI.fr fait le point sur le quatrième printemps de la jupe et les relations filles-garçons à l'adolescence.
Une fille qui se met en jupe en hiver, c'est vécu "comme une provocation" © LCIIsabelle Adjani, un flingue à la main, hurle devant une classe d'adolescents médusés : "Je veux une journée de la jupe !" Pure fiction que cette scène du film de Jean-Paul Lilenfeld qui sort en salles mercredi prochain ? Près d'un demi-siècle après l'instauration de la mixité à l'école, la question des relations filles garçons, des modes vestimentaires et du respect n'est pas réglée. Loin s'en faut.
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| Voir la bande-annonce de "La journée de la jupe" de Jean-Paul Lilenfeld |
"En 2006, dans un module santé, j'ai demandé aux élèves de quoi ils voulaient parler", explique Jean-Michel Durand, conseiller pédagogique d'éducation et enseignant à l'Ipssa de Vitré. "Ils m'ont répondu 'les relations amoureuses'. Et quand j'ai creusé, les filles m'ont avoué qu'elles ne pouvaient pas du tout s'habiller comme elles le voulaient sans se faire insulter'. Les quatre mois suivants, une association rennaise, Liberté et couleurs, est venue travailler avec les collégiens et lycéens sur le thème du sexisme, du respect de l'autre et des relations filles-garçons. Et la "journée de la jupe", journée où les filles de l'établissement étaient invitées à venir en jupe ou en robe, est née. En quatre ans, des ateliers de slam, des courts-métrages, expo photos, pièces de théâtre et un documentaire sur le thème ont vu le jour. Aujourd'hui, la journée s'est transformée en "Printemps de la jupe" et une quinzaine d'établissements bretons participent à l'opération du 16 mars au 3 avril.
"Faire jouir son copain en 10 minutes"
"La jupe est un symbole", analyse Julie Gaguant de Libertés et couleurs, "mais on ne s'est jamais arrêté au seul aspect vestimentaire". "Vous n'imaginez pas la violence verbale des garçons et même des filles envers celles qui osent s'habiller de façon féminine", assure Jean-Michel Durand. Au cours des ateliers, les élèves ont avoué l'influence jouée par le porno sur l'image qu'ils ont de la sexualité : tandis que leurs parents feuilletaient fébrilement les pages lingerie du catalogue de La Redoute, eux ont accès de plus en plus jeunes aux vidéos pornos sur internet. "Les filles sont vues comme des objets", renchérit l'enseignant du lycée professionnel.
"Je ne suis pas certain que l'hyper pornographie soit la cause de tout. La presse ado va très loin aussi", estime Thomas Guiheneuc, animateur des ateliers pour l'association Liberté et couleurs qui cite en exemple un magazine pour les 12-13 ans qui titrait sur "comment faire jouir son copain en 10 minutes". Brigitte Chevet a réalisé un documentaire sur le sujet, Jupe ou pantalon. Pendant un an et demi, elle a suivi les différents ateliers de Thomas Guiheneuc (lire encadré ci-dessous). Dans un extrait, on y voit une collégienne d'un établissement privé qui estime que si une fille "se fait tourner*, c'est qu'elle l'a cherché".
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| Voir un extrait du documentaire Jupe ou pantalon de Brigitte Chevet, Aligal Production, 2007-2009 |
"Il faut avoir à l'esprit que les préjugés ne sont pas le seul fait des garçons, les filles peuvent être très dures entre elles aussi", juge Gérard Blot, chef d'établissement de l'Ipssa. "Ce qui me choque le plus lors des ateliers avec les collégiens et lycéens, ce ne sont pas les 'grandes gueules' qui affirment des points de vue tranchés mais la majorité silencieuse qui n'ose pas prendre le contre pied". La logique de groupe et de personnalités dominantes joue à fond chez les adolescents.
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| Les réactions des élèves d'un collège-lycée de la région parisienne |
Et contrairement aux idées reçues, les préjugés dont sont victimes les filles sont valables dans tous les milieux. "Il ne s'agit pas non plus d'un phénomène spécifique aux établissements des quartiers sensibles ou auprès des populations pauvres, c'est plus général", estime Gérard Blot. Et les parents ? "Ils tombent de haut quand on leur en parle", raconte Thomas Guiheneuc. "Selon eux, ils n'élèvent pas leurs enfants comme cela. Mais à vrai dire, en famille, on parle peu de tout ça. La question du préservatif est plus facilement abordée que celle de la sexualité".
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Même silhouette longue et fine que l'auteur et acteur d'Entre les murs, palme d'or à Cannes en 2008, même rhétorique et même méthode auprès des adolescents : Thomas Guiheneuc, co-fondateur de l'association rennaise Liberté et couleurs et animateur des ateliers sur les relations filles-garçons dans les lycées partenaires du Printemps de la jupe questionne, reformule, relance... sans s'imposer et surtout sans imposer son point de vue. "Qui suis-je pour leur imposer ce qu'il est bon de penser". Comme dans l'extrait du documentaire Jupe ou pantalon de Brigitte Chevet, où l'animateur fait réagir les jeunes filles à un message écrit sur un carton concernant les filles qui se font tourner, il questionne à la façon d'un Socrate, pousse les élèves dans leur retranchement, les emmène sur d'autres chemins. "Il est très bon", juge la documentariste. "Quand les débats dérapent, comme récemment sur la question de l'homosexualité, je me permets quand même de rappeler la loi et de préciser qu'il est interdit de stigmatiser une personne pour ses orientations sexuelles", précise Thomas Guiheneuc. "Ce qui est important, c'est que la parole se libère et que les jeunes parlent. Le respect commence par s'écouter les uns les autres, le reste suit". |
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