© TF1/LCIC'est par un coup d'éclat que le docteur Albrand a choisi, ce jeudi, de manifester sa colère devant le manque de prise en compte de ses recommandations pour lutter contre le suicide en prison. Il était attendu au ministère de la Justice à la mi-journée pour remettre son rapport ; il a opté pour la politique de la chaise vide. "Je n'irai pas à ce déjeuner à la Chancellerie", a-t-il lancé sur l'antenne de France Info. "Ce rapport est modifié, ce n'est pas le rapport de la commission Albrand. J'aurais souhaité aller plus loin. Ce texte est flou, certaines préconisations comme la durée de détention dans les mitards ne s'y retrouvent pas. L'heure n'est pas au déjeuner, l'heure est à l'action dans les prisons. Aucune des recommandations de mon pré-rapport n'a été mise en oeuvre au bout de trois mois".
En 2008, 115 détenus se sont suicidés dans les prisons françaises, soit presque un tous les 3 jours, ce qui a fait de la France la championne d'Europe du taux de suicide en prison. Récemment, Claude d'Harcourt, le directeur de l'Administration pénitentiaire, avait dû admettre lui-même que la progression récente du nombre de suicides en prison constituait une "situation préoccupante". En confiant au Dr Albrand, en octobre 2008, une mission sur la prévention du suicide en prison, la garde des Sceaux avait souhaité se voir remettre des propositions d'ici fin janvier. Mais le psychiatre avait demandé à disposer "d'encore au moins quelques semaines".
"L'interventionnisme" de l'Administration pénitentiaire
"Tout se joue dans les premiers jours. Il faut atténuer le choc de l'incarcération et la sensation d'isolement" pouvant en découler, avait expliqué fin janvier le Dr Albrand. "Il faut faire en sorte que dès l'entrée, les surveillants sachent ce qui s'est passé en garde à vue (une éventuelle crise suicidaire), ce qui n'est pas le cas aujourd'hui", avait-il expliqué, proposant notamment "d'améliorer la formation des gardiens en sciences humaines et de bien encadrer le prisonnier au moment où il va subir le traumatisme du procès".
Le fameux rapport, enfin prêt - un texte de 155 pages et contenant 20 recommandations - devait donc être remis ce jeudi à 13 heures au directeur de cabinet de la ministre de la Justice. Mais le Dr Albrand a décidé "de ne pas se rendre à cette remise", critiquant à demi-mots l'absence d'une "forte volonté politique" de la garde des Sceaux. "Très inquiet sur l'évolution de la situation dans les prisons, j'en appelle au prochain garde des Sceaux et au gouvernement pour s'attaquer sérieusement à l'humanisation" du milieu carcéral, a-t-il dit.
Au sein de la commission Albrand, la critique trouve des échos : un de ses 29 membres déplore ainsi "l'interventionnisme" de l'Administration pénitentiaire dans la rédaction finale du rapport. Et réagissant aux critiques formulées par le Dr Albrand, l'Observatoire international des prisons a demandé dans un communiqué "la constitution d'une commission d'enquête indépendante placée sous l'égide du Contrôleur général des lieux de privation de liberté".
D'après agence
| Ce que contient le rapport Albrand |
En l'état actuel du rapport, parmi les vingt propositions évoquées, le texte recommande "d'accentuer la formation des personnels", notamment en matière "d'évaluation du potentiel suicidaire" des détenus, à travers la généralisation d'une "grille d'évaluation du potentiel suicidaire". Il conseille également de "favoriser les échanges d'information avec les familles et proches". En direction des détenus à risques, la commission préconise de "mettre en place une équipe référente locale sous la forme d'un trinôme" composé d'un surveillant gradé, d'un conseiller chargé de la réinsertion et d'un représentant des professions de santé. Afin "d'atténuer le sentiment d'isolement de la personne détenue", le rapport souhaite mettre en place dans l'ensemble des cellules des interphones pour appeler en urgence. Il s'agit aussi de bannir les "points d'arrimage" (support TV, canalisations, barreaux aux fenêtres) susceptibles d'être utilisés pour se pendre. Dans "les situations extrêmes", la commission propose d'expérimenter un système de "vidéosurveillance". |
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