Le coup d'éclat du docteur Albrand

le 02 avril 2009 à 14h02 , mis à jour le 02 avril 2009 à 14h07

Chargé par Rachida Dati d'une mission sur la prévention du suicide en prison, il a choisi de ne pas se rendre à la Chancellerie, où il était attendu pour remettre son rapport.

prison détenu prisonniers rétention © TF1/LCI

C'est par un coup d'éclat que le docteur Albrand a choisi, ce jeudi, de manifester sa colère devant le manque de prise en compte de ses recommandations pour lutter contre le suicide en prison. Il était attendu au ministère de la Justice à la mi-journée pour remettre son rapport ; il a opté pour la politique de la chaise vide. "Je n'irai pas à ce déjeuner à la Chancellerie", a-t-il lancé sur l'antenne de France Info. "Ce rapport est modifié, ce n'est pas le rapport de la commission Albrand. J'aurais souhaité aller plus loin. Ce texte est flou, certaines préconisations comme la durée de détention dans les mitards ne s'y retrouvent pas. L'heure n'est pas au déjeuner, l'heure est à l'action dans les prisons. Aucune des recommandations de mon pré-rapport n'a été mise en oeuvre au bout de trois mois".

 

En 2008, 115 détenus se sont suicidés dans les prisons françaises, soit presque un tous les 3 jours, ce qui a fait de la France la championne d'Europe du taux de suicide en prison. Récemment, Claude d'Harcourt, le directeur de l'Administration pénitentiaire, avait dû admettre lui-même que la progression récente du nombre de suicides en prison constituait une "situation préoccupante". En confiant au Dr Albrand, en octobre 2008, une mission sur la prévention du suicide en prison, la garde des Sceaux avait souhaité se voir remettre des propositions d'ici fin janvier. Mais le psychiatre avait demandé à disposer "d'encore au moins quelques semaines".

 

"L'interventionnisme" de l'Administration pénitentiaire

 

"Tout se joue dans les premiers jours. Il faut atténuer le choc de l'incarcération et la sensation d'isolement" pouvant en découler, avait expliqué fin janvier le Dr Albrand. "Il faut faire en sorte que dès l'entrée, les surveillants sachent ce qui s'est passé en garde à vue (une éventuelle crise suicidaire), ce qui n'est pas le cas aujourd'hui", avait-il expliqué, proposant notamment "d'améliorer la formation des gardiens en sciences humaines et de bien encadrer le prisonnier au moment où il va subir le traumatisme du procès".

 

Le fameux rapport, enfin prêt - un texte de 155 pages et contenant 20 recommandations - devait donc être remis ce jeudi à 13 heures au directeur de cabinet de la ministre de la Justice. Mais le Dr Albrand a décidé "de ne pas se rendre à cette remise", critiquant à demi-mots l'absence d'une "forte volonté politique" de la garde des Sceaux. "Très inquiet sur l'évolution de la situation dans les prisons, j'en appelle au prochain garde des Sceaux et au gouvernement pour s'attaquer sérieusement à l'humanisation" du milieu carcéral, a-t-il dit.

 

Au sein de la commission Albrand, la critique trouve des échos : un de ses 29 membres déplore ainsi "l'interventionnisme" de l'Administration pénitentiaire dans la rédaction finale du rapport. Et réagissant aux critiques formulées par le Dr Albrand, l'Observatoire international des prisons a demandé dans un communiqué "la constitution d'une commission d'enquête indépendante placée sous l'égide du Contrôleur général des lieux de privation de liberté".

 

D'après agence

 

Ce que contient le rapport Albrand

En l'état actuel du rapport, parmi les vingt propositions évoquées, le texte recommande "d'accentuer la formation des personnels", notamment en matière "d'évaluation du potentiel suicidaire" des détenus, à travers la généralisation d'une "grille d'évaluation du potentiel suicidaire". Il conseille également de "favoriser les échanges d'information avec les familles et proches". En direction des détenus à risques, la commission préconise de "mettre en place une équipe référente locale sous la forme d'un trinôme" composé d'un surveillant gradé, d'un conseiller chargé de la réinsertion et d'un représentant des professions de santé. Afin "d'atténuer le sentiment d'isolement de la personne détenue", le rapport souhaite mettre en place dans l'ensemble des cellules des interphones pour appeler en urgence. Il s'agit aussi de bannir les "points d'arrimage" (support TV, canalisations, barreaux aux fenêtres) susceptibles d'être utilisés pour se pendre. Dans "les situations extrêmes", la commission propose d'expérimenter un système de "vidéosurveillance".

le 02 avril 2009 à 14:02
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6 Commentaires

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  • Vince, le 08/05/2009 à 16h45

    Certaines reactions laissent croire que l'Etat a un role tres important dans la gestion des condamnés, puisque les auteurs de certaines reactions ne semblent pas réussir a concevoir une nation dans son ensemble et ne voient que leur coté des choses. Qu'est ce que serait un pays qui emprisonne les gens pour les laisser s'entretuer? ou est le droit a la vie? On a tout de meme aboli la peine de mort pour humaniser la société ce n'est pas pour laisser les gens se pendre par eux meme. Alors que ceux qui sont capables de dire qu'il faut accepter les conditions de detention en prison sous pretexte qu'avant c'etait le bagne aillent faire un tour en prison. Le crime est humain il faut apprendre a le gerer au lieu de simplement le mettre de coté. les detenus sont des humains et n'oubliez pas que parmis eux il peut y avoir des innocents. Si les criminels sont incarcérés c'est pour faire en sorte qu'ils ne commenttent plus de crimes, mais comment ne pas avoir la haine apres avoir vecu comme un animal ou presque? Je m'adresse encore aux auteurs des reactions que j'ai lues ici: arretez de parler d'un sujet dont vous ne connaissez qu'une partie , avec vos prejugés et vos idées arretees. Le crime engendre des victimes, et c'est la vie, un point c'est tout. La société doit prendre en charge les victimes autant que les criminels. Sur ce, je vous laisse vous informer sur le sujet avant de cracher du venin sur une etude dont le but est d'ameliorer la société, et pas seulement la vie des detenus comme certains ont du le comprendre.

  • Julien, le 02/04/2009 à 17h28

    Aux innocents les mains pleines... J'avais presque fini par oublier que tous les prisonniers de France ont fait preuve de générosité et de bon coeur pour en arriver là. De qui se moque t on ?

  • MAT, le 02/04/2009 à 15h51

    "il faut atténuer le choc de l'incarcération et la sensation d'isolement" c'est du delire!!! Pourquoi va-t'on en prison? Parce que l'on a commis un crime?? la prison n'est pas une colonnie de vacances...si l'on craint la prison on evite de commettre un crime!! Ca me parait logique non? Je ne dis pas que les prisons francaises sont en bonne etat, que tout est bien etc...il y a certainement ennormement a faire...mais ne nous laissons pas attendrir...un crime est un crime, l'auteur du crime savit a quoi il s'exposait et doit en assumer les consequences.... au parle de truamtisme pour l'auteur du crime....c'est vraiment du delire!!!

  • Eric, le 02/04/2009 à 15h32

    Et les victimes de ces pauvres petits depressifs ! qui pensent a elles ! moi ! et rien a cirer des conditions de detention de ces guignols ! qu'ils se disent que avant , il y avait le bagne ! alors qu'ils nous fassent de grands sourires et qu'ils profitent de la salle de gym de la bibliotheque et de la tele couleur !et qu'ils la ferment !

  • JGH, le 02/04/2009 à 15h13

    Cette affaire pourrait faire penser que l'ensemble des rapports et missions demandés, à ce jour, par le président ou les membres du gouvernement (sur les freins à la croissance, sur la suppression de la publicité sur les chaînes publiques, pour le plan de relance, concernant la réforme du découpage administratif de la France...) auraient été soit modifiés à l'insu ou conte la volonté de leurs auteurs, ou seraient des documents de complaissance destinés à appuyer la position oficielle de l'éxécutif, mais ne reflettent aucunement la situation réelle...

  • NINE, le 02/04/2009 à 14h33

    Je rève : bien encadrer le prisonnier au moment où il va subir.......... et la victime qui l'encadre car tout de même il y a une ou plusieurs victimes. finalement il vaut mieux être délinquant que victime dans ce pays.

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