
Une nette majorité de Français se déclare opposée à l'instauration d'objectifs chiffrés en matière de reconduites aux frontières. Selon un sondage Ifop pour le mensuel Acteurs Publics (1), ils sont ainsi 59% à faire part de leur hostilité à cette politique. L'hostilité est encore plus marquée lorsqu'il s'agit d'éventuelles sanctions contre les Français venant en aide aux personnes entrées clandestinement en France : 77% des interviewés se prononcent contre.
Pour Eric Besson, le délit d'aide au séjour de sans papiers n'existe pas en France. Et s'il existe une controverse sur un article du code de l'entrée et du séjour des étrangers, l'article L622-1, qui menace de cinq ans de prison et 30.000 euros d'amende les personnes ayant "facilité ou tenté de faciliter l'entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d'un étranger en France", le ministre de l'Immigration assure qu'il n'est destiné qu'à la lutte contre les filières de l'immigration clandestine, "les trafiquants, les mafieux qui exploitent la misère humaine". Des milliers de personnes n'en ont pas moins manifesté la semaine dernière contre un "délit de solidarité" qui menace, selon les organisations humanitaires et l'opposition, ceux qui aident les immigrés clandestins. Les associations estiment que l'existence même de cet article complique leur travail, contredit le principe de "fraternité" de la République française et l'exigence d'aide à personne en danger. Et le secrétaire général de la Cimade, Laurent Giovannoni, a dénoncé "un climat délétère de pression, de sanctions, de poursuites et, parfois, de condamnations" à l'égard des bénévoles victimes de "plus en plus de contrôles de police".
Rupture ou continuité dans la politique d'immigration ?
Cette méfiance et ce rejet de possibles sanctions contre ceux qui aideraient des étrangers en situation irrégulière semblent donc partagés par une nette majorité de Français, malgré les propos rassurants d'Eric Besson. Dans le détail, parmi ces 77% qui refusent l'idée de sanctionner les Français qui viennent en aide aux personnes entrées clandestinement, figurent 89% de sympathisants de gauche, 83% de femmes et 83% de 35-49 ans. En revanche, 22% de Français pensent qu'il faut des sanctions. Parmi eux, 37% de sympathisants de droite, 27% d'hommes.
Par ailleurs, parmi les 59% de personnes qui sont opposées à des objectifs chiffrés de reconduites aux frontières, on trouve une très large majorité de 25-34 ans (68%), 80% de professions libérales et cadres supérieurs, 75% de sympathisants de gauche et 75% de personnes qui comptent, dans leur commune, plus de 9% d'étrangers hors UE. A l'inverse, parmi les 40% de personnes favorables à l'instauration de ces objectifs chiffrés, on compte 64% de sympathisants de droite, 54% de "65 ans et plus" et 48% d'ouvriers.
Enfin, un peu plus d'une personne interrogée sur deux (51%) estime que la politique d'immigration du gouvernement "marque une véritable rupture" par rapport aux gouvernements précédents contre 47 % qui pensent qu'elle "s'inscrit dans la continuité" et 2% qui ne se prononcent pas.
D'après agence
(1) Sondage réalisé du 9 au 10 avril auprès de 958 personnes selon la méthode des quotas.
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