Image d'archives © REUTERSIl est né avec des chromosomes XX mais vit en homme dans la vie de tous les jours. R., 28 ans est un "trans". "Fier de l'être et bien dans sa peau", précise-t-il(*). Bien loin des images sensationnalistes véhiculées dans les médias où le terme est, selon lui, trop souvent associé à la prostitution, au porno, au mal-être ou à telle personnalité du show bizz exubérante.
Les trans ne sont plus des malades mentaux
C'est officiel depuis mercredi avec la publication d'un décret au Journal Officiel. Et c'est historique car la France est le premier pays au monde à sortir le transsexualisme de la liste des affections psychiatriques.
Publié le 12/02/2010
R. est enseignant en banlieue parisienne. Petit, il ne s'est jamais senti ni garçon, ni fille. A l'adolescence, profondément féministe, il joue sur les deux tableaux "pour provoquer des réactions", "pour sortir des clichés du rose ou du bleu", s'habillant super sexy et assumant les tâches traditionnellement dévolues au "sexe fort" comme porter les choses lourdes. Et puis, R. entend parler des "trans".
"L'image qu'ils se font des trans"
Il a suivi un traitement hormonal mais ne s'est pas fait opérer. Aujourd'hui, il se considère comme masculin, c'est un trans "F to M", comprendre femme devenue homme. Physiquement, et dans la tête. Même si ses papiers d'identité disent le contraire. Pour la République, R. est toujours une femme. "Si je suis contrôlé, je me retrouve face à de gros problèmes", explique-t-il. Les exemples affluent. Dernier en date : prouver que le chèque de caution qu'il signait pour le bail de sa location n'avait pas été volé. "J'ai dû expliquer au propriétaire quelle était ma situation. Il a été relativement compréhensif mais a quand même appelé ma mère une heure durant pour lui demander qui j'étais...", raconte-t-il.
Pourquoi ne pas changer d'identité ? "Parce que c'est cher, c'est long et qu'on doit passer devant une cohorte d'experts médicaux qui devront vérifier les modifications corporelles et si on colle à l'image qu'ils se font d'un trans". Des procédures vécues comme des humiliations.
Sur la liste des maladies mentales
Première étape dans le processus de "transition" d'un sexe vers l'autre : aller consulter un psy : pour commencer une prise d'hormones, pour décider d'une opération chirurgicale. "Nous voudrions que le passage par le psy ne soit plus une étape obligée pour entamer notre parcours", revendique R. C'est comme si une femme qui souhaite avoir un enfant devait consulter un psy pendant des années avant d'avoir le droit de tomber enceinte !", compare-t-il. La transexualité ne devrait bientôt plus figurer sur la liste des maladies mentales, comme c'était le cas pour l'homosexualité jusqu'en 1992 (Lire notre article).
Dans son discours, revient toujours ce droit à la diversité. Sous-jacent, omniprésent. "De la même façon que les blancs ont décidé de la vie des noirs, lors de l'apartheid notamment, les bios (les hétéros, NDLR.) décident aujourd'hui de la vie des trans", déplore-t-il. R. ne veut pas être intégré dans la société. Il est déjà "dans la société".
"La transphobie tue" |
A l'occasion de la journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie dimanche, l'association IDAHO a décidé de zoomer sur les transsexuels. Selon elle, il y a urgence : "la transphobie tue". "Les agressions physiques sont sans conteste le chapitre le plus sinistre de la transphobie internationale", estiment les organisateurs. "Qu'il s'agisse de travestis, de transsexuels, de transgenres, de drags, toutes et tous sont surexposés aux violences, passages à tabac, viols, meurtres". Selon eux, bien souvent, "la police bâcle les enquêtes", quand ce ne sont pas les policiers qui "participent eux-mêmes aux violences". Surtout, regrette le comité IDAHO, ces agressions sont régulièrement "présentées comme des faits divers plus ou moins obscurs, qu'on expédie en trois ou quatre lignes, dans l'indifférence générale. Or cette violence a un nom: il s'agit de transphobie". Autre violence, moins évidente: le suicide des trans "stigmatisés, rejetés, harcelés", qui affecte en particulier les plus jeunes, selon le comité. |
(*) Cet article a été publié pour la première fois en octobre 2008
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