La guerre est déclarée entre Besson et la Cimade

Par Franck LEFEBVRE-BILLIEZ, le 11 mai 2009 à 16h42 , mis à jour le 11 mai 2009 à 17h07

La Cimade évoque des "méthodes de voyou" après la signature dimanche du texte attribuant la responsabilité de l'assistance juridique aux étrangers retenus à six associations.

Le centre de rétention Vincennes expulsion sans papiersLe centre de rétention de Vincennes © TF1

S'il est un mot qui fait bondir le secrétaire général de la Cimade, Laurent Giovannoni, c'est celui de "monopole". Surtout quand il est accolé au nom de son association et sert à qualifier l'aide apportée aux étrangers placés en centre de rétention. "C'est hallucinant de voir que partout est reprise cette formule assassine : la Cimade a perdu son monopole", s'indignait-il récemment auprès de LCI.fr. Car la Cimade (service oecuménique d'entraide), seul organisme jusqu'alors présent dans les centres de rétention (les "CRA") pour informer et aider les étrangers sur lesquels plane la menace d'une reconduite à la frontière, est en butte au projet du ministre de l'Immigration visant à partager sa responsabilité entre plusieurs associations, en regroupant les centres par lots, dans une logique d'appel d'offre. Une logique contre laquelle la Cimade s'insurge et qu'elle avait déjà entrepris de contester par la voie d'un référé pré-contractuel. Mais le ministre de l'Immigration a signé dimanche soir le texte attribuant la responsabilité de l'assistance juridique aux étrangers à six associations : l'Ordre de Malte, Forum Réfugiés, le Collectif Respect, France Terre d'Asile, l'Assfam et la Cimade elle-même, en arguant de "manoeuvres dilatoires de retardement des procédures juridiques".

Cette signature avait pourtant été suspendue le 20 avril par le juge des référés du tribunal administratif de Paris, le temps de statuer sur la requête de la Cimade "au plus tard le 7 mai 2009". Mais pour justifier le fait qu'Eric Besson ait passé outre, le ministère de l'immigration met en avant le fait que "ce délai fixé par l'ordonnance du 20 avril est désormais expiré", justifiant ainsi la "légalité" de la signature. Pourtant Laurent Giovannoni, qui évoque des "méthodes de voyou" assimilables à un "véritable bras d'honneur à la justice", affirme que la magistrate chargée de ce dossier avait demandé au ministre de ne pas signer avant... mercredi, journée prévue pour l'audience.

"Je suis décidé à ne pas accepter ces propos"

"Méthodes de voyou" : le terme a aussitôt fait réagir le ministre, qui envisage à son tour de porter l'affaire en justice. "Je suis décidé à ne pas accepter ces propos et j'ai demandé à l'avocat du ministère d'étudier si les propos incriminés relèvent bien, comme je le pense, de la diffamation et à ce moment-là, si c'est confirmé (...) je porterai plainte". Et il met au défi la Cimade d'étayer ses propos : "On ne peut pas dire - ou alors il faut le prouver - qu'un ministre a utilisé "des méthodes de voyou". De deux choses l'une : soit ce que j'ai fait est légal, auquel cas il ne peut pas utiliser ces propos, soit c'est illégal et il va falloir qu'il le prouve".

Pour justifier la réforme, le gouvernement se dit "soucieux de la protection juridique des étrangers en rétention". Mais pour la Cimade, c'est exactement l'inverse : "Ça ne doit pas faire plaisir au ministère d'avoir une association qui explique pourquoi la dégradation des conditions de rétention des étrangers est si grave qu'on va vers la catastrophe, qu'ils ont été sourds et aveugles au point que l'incendie du CRA de Vincennes était inévitable", dénonçait-il il y a peu auprès de LCI.fr. Et pour plusieurs associations de défense des immigrés, le gouvernement a bel et bien lancé cette réforme dans le seul but de réduire l'influence de la Cimade.

"L'argument est : nous finançons, donc nous décidons"

Le terme de "monopole" utilisé à plaisir par le gouvernement, brandi une nouvelle fois lundi par le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre pour fustiger la défense faite par la Cimade, est étroitement lié à la procédure choisie par le gouvernement : celle d'un appel d'offre. L'argument du ministère de l'Immigration est que la Cimade protège un pré carré. "Mais ça fait 4 ans qu'on cherche à partager cette mission", fulmine Laurent Giovannoni, qui décrit les réactions négatives auxquelles la Cimade a dû faire face, au sein même du monde associatif, lorsqu'elle a commencé son travail d'accompagnement des étrangers dans les centres de rétention. "C'est un travail très ingrat, dont personne ne voulait. Quand nous avons commencé en 1984-85, on nous a traités de tous les noms : traîtres, collabos... Pour partager la tâche, nous avons déjà essayé de nous rapprocher d'associations sérieuses, comme le Secours Catholique".

Cette difficulté des associations à travailler ensemble pour aider efficacement les étrangers retenus ne peut qu'être amplifiée, selon lui, dans le cadre de la réforme en cours. "En éclatant la mission, on met mécaniquement les associations en concurrence, dénonce Laurent Giovannoni : il n'y a pas d'autre solution dans le cadre d'un appel d'offres divisé en lots. Il devient impossible, quelles que soient les associations, dans ce cadre structurel de division, d'avoir une action efficace d'accompagnement des étrangers". Et la philosophie même de l'appel d'offres lui semble contestable. "L'argument brandi depuis des mois par le gouvernement est globalement : nous finançons, donc nous décidons de ce que vous faites dans les centres. C'est une manière assez étrange de concevoir le rôle des associations d'aide aux étrangers. Ce qui est véritablement en cause, c'est l'acceptation ou non par le gouvernement d'associations qui puissent témoigner de ce qui se passe dans ces centres".

Précisément, certaines des associations choisies pour assurer la mission d'accompagnement des étrangers retenus sont jugées suspectes par la Cimade. C'est le cas notamment du mystérieux collectif Respect, fondé par un militant UMP. La Cimade conteste son choix devant la justice administrative. Elle réclame aussi des éclaircissements sur une subvention exceptionnelle de 450.000 euros versée par le ministère à un autre lauréat, l'Association service social familial migrants (Assfam). Et elle espère toujours obtenir l'annulation de l'appel d'offres.

Par Franck LEFEBVRE-BILLIEZ le 11 mai 2009 à 16:42
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19 Commentaires

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  • Paola, le 13/05/2009 à 13h19

    En réponse à Franck et à ceux qui partagent sa réflexion : Quant on défend la démocratie, on défend le droit et surtout son effectivité. Jusqu'aujourd'hui, la mission de la Cimade consite à informer les étrangers sur leurs droits et si les textes le permettent, les accompagner dans leurs démarches - notamment faire des recours devant la justice pour que soit constatée l'illégalité d'une mesure d'éloignement. A l'avenir, cette mission se réduira à une simple information sur les droits et exclut tout accompagnement juridique : c'est cela que dénonce la Cimade, rien d'autre. Avoir des droits, très bien, encore faut il les faire respecter !

  • Alexandre, le 12/05/2009 à 18h52

    Donc, aider les hors la loi est un métier à part entière ??? Il est temps que cela change ! Ils devraient tous être bénévoles ! Même a plein temps ! Je refuse de payer pour entretenir des clandestins !

  • Flandry, le 12/05/2009 à 17h10

    Bravo Monsieur Besson.Continuez. Il y en marre de ces associations qui ne croient pas devoir rendre des comptes alors qu'elles vivent du produit de nos impôts. Vite un peu d'air que l'on puisse comparer coût et efficacité.

  • Croco, le 12/05/2009 à 12h14

    @ Orphee : quand je fais du bénévolat, c'est gratos. Dans quelle association, quel est son but ? Combien de temps par semaine ? Il y a une grosse différence entre le bénévolat ponctuel (qui est certes très louable) et l'engagement à temps complet dans une association. On ne peut pas demander à quelqu'un qui travaille à temps complet d'être complètement bénévole, il faut au minimum le loger et le nourrir !

  • Marmotte, le 12/05/2009 à 10h47

    Probablement qu'à la Cimade tout n'est pas aussi clair et comme dans beaucoup d'associations malhueureusement en France il y a toujours des intérêts personnels en jeu ! ceci explique cela !

  • Yoyo, le 12/05/2009 à 10h37

    Bien sur la Cimade refuse de partager la brioche, ce serait tuer la poule aux oeufs d'or! c'est un scandale de s'enrichir sur la misère des autres et avec l'argent du contribuable qui plus est!

  • Duduche, le 12/05/2009 à 09h14

    Merci encore à Frank de Paris qui ,en quatre phrases bien écrites et sans faute d'orthographe ,a tout dit

  • Tof, le 12/05/2009 à 08h37

    Deja que les associations soit rémunérer par l'état c'est a dire nous me fait bondir, mais qu'en plus de ça ils veuillent gérer ces sommes verser sans contrôle me fait encore plus bondir. Dans ce pays ce qui va mal c'est d'avoir des associations qui veule s'occuper de tous et n'importe quoi, a force il y en a tellement qu'elle essaye de se faire concurrence en demandant toujours plus, assez des associations payer graçement par le contribuable, si ils veulent exister qu'il cherche des moyens privées, sinon qu'il disparaisse, cela ne fera pas grand mal de faire du nettoyage................

  • Pas le dire, le 11/05/2009 à 22h35

    Monsieur BESSON sachez que quand le peuple cesse d'estimer il cesse d'obéir . Que le gouvernement médite cette phrase..........

  • Jplata, le 11/05/2009 à 20h20

    Tout à fait d'accord avec FrancK. On se demande si les associations (et les syndicats?...) travaillent pour eux- mêmes ou pour ceux qu'ils sont censés défendre. Il faut croire que charité bien ordonnée...

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