Ces mots qui précèdent les coups

Par , le 10 juin 2009 à 14h58 , mis à jour le 10 juin 2009 à 16h36

La nouvelle campagne du gouvernement contre les violences conjugales met l'accent sur les violences psychologiques à travers un court-métrage de Jacques Audiard.

violences conjugales film Jacques AudiardLe film de Jacques Audiard sur les violences conjugales © DR

                                           

violences conjugales film Jacques Audiard

Le court-métrage d'Audiard

Pas de sang, pas de larmes ni d'assiettes qui volent en éclat. Mais un thriller psychologique qui met en scène une femme dans son quotidien, dévalorisée par une voix qui la poursuit. Souriante, devant le miroir d'une boutique, la jeune femme essaye une jupe. La voix commente : "cette femme, c'est un vrai boudin, rien ne lui va". Assise au zinc d'un bistrot, elle prend un café. La voix, toujours là, toujours péjorative : "Elle fait tout pour se faire draguer, c'est une vraie traînée"...
 
Pas de sang, pas de larmes ni d'assiettes qui volent en éclat. Mais ces mots qui font mal, ces mots qui précèdent les coups. Ces trente secondes de film ont été réalisées par Jacques Audiard pour la nouvelle campagne du gouvernement contre les violences conjugales, axée sur la violence psychologique. A la fin du court métrage, cette phrase : "Cette femme, c'est la mienne" et cette main qui rattrape la femme par l'épaule dans le parking. Gros plan sur les yeux apeurés de la jeune femme. Le message : "Ne laissez pas la violence s'installer. Réagissez".
 
Le 3919
 
"Cette violence verbale et psychologique dans le couple est la plus ordinaire, mais à l'origine de toutes les autres", explique-t-on au cabinet de Valérie Létard, la secrétaire d'Etat à la solidarité. "La sape psychologique précède très souvent les coups, renchérit Françoise Brié, vice-présidente de la fédération Solidarité femmes et directrice de l'association l'Escale. Un jour, une femme s'entend dire: 'la soupe est trop salée' et le lendemain: 'la soupe n'est pas assez salée'. Elle est dévalorisée à petits feu, prise dans une toile d'araignée, conditionnée pour recevoir les coups". Cette domination psychologique d'une personne sur une autre comme un lavage de cerveau.
 
En France, en 2007, 166 femmes sont mortes frappée par leur compagnon. La violence psychologique détruit également : stress, dépressions, suicides... Depuis la mise en place du 3919, le numéro d'appel national destiné aux femmes victimes de violences conjugales, les plaintes ont augmenté. En 2007, selon l'Observatoire national de la délinquance, 47.500 plaintes ont été déposées pour violence volontaire sur une femme par son conjoint ou ex-conjoint. Selon le gouvernement, une femme sur 10 est victime de violences.


Par Amélie Gautier le 10 juin 2009 à 14:58
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25 Commentaires

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  • Fifi91, le 21/06/2009 à 08h07

    Ca fait dix ans que je vit avec un homme manipulateur, il me terrorise, il a une énorme emprise psychologique sur moi, je suis consciente de tous ça, j'ai 3 enfants et j'ai 28 ans, insultes et menace de mort devant les enfants. il essaye de m'isoler de ma famille qui me soutient et qui ne comprend pas pourquoi je reste avec lui. je sais qu'il ne changera jamais, j'ai peur de demander le divorce, de l'avenir. car je n'ai plus confiance en moi.

  • Viviane, le 15/06/2009 à 12h55

    En voyant le spot tv pour la première fois bcp de choses me sont revenues en mémoire, à tel point quej 'en ai fait un malaise.Mais, Monsieur Audiard, ce que vous avez montré n'est rien par rapport à la réalité, bien plus sournoise et insidieuse que ça. Pour tous ces manipulateurs, c'est un travail de destruction qui se fait sur des années, lentement, en silence, et dans l'indifférence. Voilà 7 ans que j'ai trouvé le courage de partir avec mes trois enfants avant qu'il ne soit trop tard et je n'arrive à me reconstruire, me retrouver, qu'aujourd'hui. Je travaille encore sur la confiance... car si je suis libre, je suis aussi seule. A toutes les femmes (ou les hommes) qui subissent ça, je dis : fuyez! Vous ne le changerez JAMAIS.

  • Pyrénées, le 12/06/2009 à 22h07

    Mariée 2 ans avec un fou qui en public présentait charmant, qui me tenait par la ceinture le buste dans le vide, pliée sur la barre du balcon au 11èm étage d'une tour aux Mureaux ou qui tentait d'éteindre son mégot sur mon visage (j'ai grillé quelques couvertures) j'ai travaillé comme une folle pr mettre de l'argent de côté et divorcer. Et pourtant j'étais terrorisée moi aussi par les représailles annoncées mais pr ma santé mentale et celle de ma fille, je me suis barré, disposée à me défendre à fond. Non seulement ma famille ne m'a pas aidé mais elle m'a mme mis des batons dans les roues. Malgré tout, malgré un mauvais avocat. J'ai gagné en préservant ma fille, mme si j'ai failli en crever plusieurs fois.

  • Chris51, le 12/06/2009 à 14h53

    Battue et humiliée pendant 4 ans, je peux vous dire qu'il n'y a pas que la peur, mais aussi la honte... oui la honte de vivre cet enfer. Même si nous sommes victimes, lorsque l'on est prise dans l'engrenage on a honte de le dévoiler à notre entourage. alors parfois, on préfère même ne plus voir les gens devant lesquels on a été humiliée, voire violentée. Pourquoi? je ne sais pas, dix ans après je ne me l'explique toujours pas. je m'étais complètement laissée enfermer dans sa bulle et je ne pouvais en sortir puisqu'il avait réussi à me faire croire que "sans lui je n'étais rien , je serais perdue, ou une salope". de toute façon on aura beau forcer une personne, à quitter son conjoint violent, elle ne le fera pas, il faut que la décision vienne d'elle. la seule chose à faire pour son entourage, être présent, l'écouter, sans l'obliger à faire quoi que se soit, sans juger même si c'est difficile de savoir qu'une personne que l'on aime souffre. Juste être là, pour qu'elle ne s'éloigne pas, honteuse de ce qu'elle vit.

  • Steph, le 12/06/2009 à 12h44

    Nan: de toute évidence votre fille est malheureuse et certainement terrorrisée par son conjoint. Je ne pense pas qu'elle "accepte", comme vous dites, de se faire traiter ainsi mais elle a peur. Vous qui savez, aidez la! Comme vous écrivez, elle est surement aussi battue alors allez savoir ce qu'elle et ses enfants vivent au quotidien. Elle a besoin d'aide alors essayez de faire quelque chose. J'ai été battue pendant 3 ans par mon compagnon, j'étais pleinement consciente de ce qu'il me faisait subir mais voilà, il me terrorrisait alors je n'ai rien dit et personne n'a jamais rien vu! Ne laissez pas votre fille dans cet enfer.

  • Jacqueline, le 11/06/2009 à 16h14

    Nan. Vous savez donc agissez et venez en aide à votre fille. Ouvrez lui les yeux, peut etre n'ose t elle pas vous parler, elle doit probablement se refermer sur elle meme et le temps n'arrangera rien.

  • Nan, le 11/06/2009 à 11h06

    Depuis des années je vois ma fille se faire traiter plus bas que terre par son conjoint, même devant ses enfants, ça nous fait mal à mon mari et à moi, mais elle accepte. Je pense qu'elle en a peur et qu'il lui fait du chantage et peut-être de la manipulation, car maintenant on ne voit plus notre fille, il l'a éloignée de notre famille et elle reste avec lui. Je précise que depuis plusieurs années mon gendre ne travaille pas, c'est ma fille qui travaille, qui s'occupe de ses filles aussi bien au niveau scolaire qu'au niveau du sport, qui s'occupe même des papiers de son conjoint! J'espère qu'un jour elle ouvrira les yeux, car d'après l'ainée de mes petites filles il lui a déjà tiré les cheveux et peut-être plus...

  • Angie, le 11/06/2009 à 09h31

    Je veux bien entendre que les homme souffrent aussi de coups et d insultes, mais rarement ils meurent sous les coups .combien de femmes decedent tous les jours? meme avec des droits que ceux qu on attribut aux femmes , quoi qu on fasse on reste des esclaves. on eduque nos enfants parce que nous sommes des bonnes meres , mais on reste des faineantes parce que nous ne travaillons pas!!! et si on travaille on est des mauvaises meres. messieurs, quand comprendrez vous qu une femme ne peut pas tout faire ?

  • Noémie, le 11/06/2009 à 09h12

    C'est vrai que les violences des femmes sur les hommes existent, mais il me semble que très rares sont les hommes qui meurent sous les coups physiques de leur femme. Et quand aux violences verbales, je pense qu'elles ne sont pas pires que celles infligées aux femmes. Un homme qui travaille a un statut minimum socialement. Les femmes qui choisissent ou qui acceptent d'arrêter de travailler n'ont plus aucun statut reconnu par la société et sont totalement dépendante ensuite de leur entourage dans ce domaine. Un homme méprisé par sa femme sait qu'au moins, il a sa place au travail, qu'il est quelqu'un avec de la valeur au moins dans ce domaine. Une femme à la maison qui n'est pas reconnue ni respectée chez elle, que lui reste-t-il ? Elle est complètement dévalorisée.

  • Noémie, le 11/06/2009 à 09h08

    Effectivement, les violences verbales ne débouchent pas toutes sur des violences physiques : parfois les hommes s'arrêtent là (soit parce que ça leur suffit, soit parce qu'ils savent que passer aux violences physiques est dangereux), parfois les femmes demandent la séparation, parfois elles se suicident... Mais les violences verbales peuvent être aussi destructrices que les violences physiques, et c'est suffisant pour que les enfants sachent que le père méprise la mère (et puissent reproduire la situation, que ce soit avec des violences physiques ou non). C'est pourquoi il faut combattre ce fléau et protéger les femmes qui en sont victimes en leur offrant une porte de sortie.

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