Le film de Jacques Audiard sur les violences conjugales © DR
Pas de sang, pas de larmes ni d'assiettes qui volent en éclat. Mais un thriller psychologique qui met en scène une femme dans son quotidien, dévalorisée par une voix qui la poursuit. Souriante, devant le miroir d'une boutique, la jeune femme essaye une jupe. La voix commente : "cette femme, c'est un vrai boudin, rien ne lui va". Assise au zinc d'un bistrot, elle prend un café. La voix, toujours là, toujours péjorative : "Elle fait tout pour se faire draguer, c'est une vraie traînée"...
Pas de sang, pas de larmes ni d'assiettes qui volent en éclat. Mais ces mots qui font mal, ces mots qui précèdent les coups. Ces trente secondes de film ont été réalisées par Jacques Audiard pour la nouvelle campagne du gouvernement contre les violences conjugales, axée sur la violence psychologique. A la fin du court métrage, cette phrase : "Cette femme, c'est la mienne" et cette main qui rattrape la femme par l'épaule dans le parking. Gros plan sur les yeux apeurés de la jeune femme. Le message : "Ne laissez pas la violence s'installer. Réagissez".
Le 3919
"Cette violence verbale et psychologique dans le couple est la plus ordinaire, mais à l'origine de toutes les autres", explique-t-on au cabinet de Valérie Létard, la secrétaire d'Etat à la solidarité. "La sape psychologique précède très souvent les coups, renchérit Françoise Brié, vice-présidente de la fédération Solidarité femmes et directrice de l'association l'Escale. Un jour, une femme s'entend dire: 'la soupe est trop salée' et le lendemain: 'la soupe n'est pas assez salée'. Elle est dévalorisée à petits feu, prise dans une toile d'araignée, conditionnée pour recevoir les coups". Cette domination psychologique d'une personne sur une autre comme un lavage de cerveau.
En France, en 2007, 166 femmes sont mortes frappée par leur compagnon. La violence psychologique détruit également : stress, dépressions, suicides... Depuis la mise en place du 3919, le numéro d'appel national destiné aux femmes victimes de violences conjugales, les plaintes ont augmenté. En 2007, selon l'Observatoire national de la délinquance, 47.500 plaintes ont été déposées pour violence volontaire sur une femme par son conjoint ou ex-conjoint. Selon le gouvernement, une femme sur 10 est victime de violences.
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