"Je te tape, je te tue et tu n'y peux rien"

Par Propos recueillis par Amélie GAUTIER, le 11 juin 2009 à 05h00 , mis à jour le 20 septembre 2009 à 11h41

Témoignage - Henriette, 37 ans, a vécu le calvaire cinq ans auprès de Jacques. Au-delà des coups, elle raconte la douleur des mots. Le gouvernement a lancé cette semaine la nouvelle campagne contre les violences conjugales axée sur les violences verbales et psychologiques.

[Expiré] femme anonyme femme battue violences conjugales © SXC.HU

violences conjugales film Jacques Audiard

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Le court-métrage d'Audiard

Henriette ne termine jamais ses phrases. Les points de suspension qu'elle laisse dans la conversation sont aussi évocateurs que les mots malhabiles employés pour désigner Jacques, son ancien concubin. Elle dit qu'il était "méchant". Méchant au point de l'enfermer à double tour, de la priver de nourriture, de la violer, de la frapper. Méchant au point de lui avoir fait vivre un enfer cinq ans durant.
 
Henriette se souvient. Il y a la rencontre en Côte-d'Ivoire d'où ils sont tous les deux originaires. Lui habite déjà en France. Pendant quatre ans, ils se fréquentent lors des vacances. La jeune femme ne s'épanche pas vraiment sur la relation. "C'était normal", "il était gentil". Un jour, Jacques lui propose de venir vivre en France. "Il a insisté, il m'a mise en confiance alors moi, je me suis dit 'pourquoi pas'".
 
Lessivage de cerveau
 
2002. Henriette débarque avec ses valises dans un pays où elle ne connait personne. Elle les pose chez Jacques, dans une ville de la région parisienne. Il est chauffeur-livreur, part le matin, revient le soir. Henriette passe ses journées dans l'appartement. Elle ne peut pas en sortir, il prend les clefs au motif qu'elle ne connait personne et qu'elle n'a pas de papiers, "c'est trop dangereux pour toi", lui dit-il.
 
Elle tombe enceinte. "A aucun moment de ma grossesse, il n'y a eu de gentillesse", relate Henriette. Il y a même eu les premiers coups. C'était une nuit, elle était alors enceinte de cinq mois. Il voulait faire l'amour, elle pas. "Alors, il m'a donné des coups de pied...". Les autres suivent, de plus en plus rapprochés. "Fallait pas que je dise non...", explique-t-elle pour les "justifier". Ils sont arrivés après plusieurs mois de relations mais le processus était déjà enclenché. "Depuis le départ, il était méchant avec moi, ses mots m'humiliaient, me rabaissaient", explique-t-elle.
 
"J'avais plus peur de mourir que de l'extérieur"
 
Laborieusement, Henriette raconte cette fois où elle parlait avec sa belle-sœur dans leur dialecte ivoirien, un langage que Jacques, qui lui parle un autre patois, ne comprend pas. Il lui dit de se taire. Elle refuse. "Il s'est levé, m'a tapée, j'ai pas aimé". Henriette venait juste de sortir de l'hôpital après une césarienne suivie d'une hémorragie. "Il me disait : "je t'enferme, je te tape, je te tue et tu n'y peux rien", raconte-t-elle sans respirer. Le lendemain, elle se confie auprès d'une assistante sociale : "J'avais plus peur de mourir que de l'extérieur".
 
Un jour Henriette part pour ne plus jamais revenir. Quand elle évoque cette journée de janvier 2007, sa voix se fait plus ferme, le ton plus fluide et la jeune femme aujourd'hui âgée de 37 ans ne s'arrête plus : "Si tu ne pars pas, ça ne s'arrêtera pas. Ni les mots, ni les coups. Des mots plus violents, selon elle, que les coups. Il te frappe, tu as mal quelques jours ; il te traite de pute, c'est dans ta tête toujours...", soupire-t-elle avant de reprendre : "Quand il te dit tous les jours de tous les ans que tu ne connais rien, que tu ne te fous rien, que tu ne sers à rien, tu ne te sens plus femme, tu es devenue un objet".

Par Propos recueillis par Amélie GAUTIER le 11 juin 2009 à 05:00
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36 Commentaires

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  • anne342, le 03/03/2010 à 08h20

    Et les enfants dans tout ça ???? souvent des victimes ignorées par les services sociaux et les tribunaus

  • sun2010, le 25/02/2010 à 17h59

    Messieurs, si votre femme vous prends la tête, vous insulte, vous humilie quotidiennement .... le plus grand courage que vous puissiez avoir, c'est de la quitter ! Et non de la frapper. Mesdames, si votre mari vous insulte continuellement, vous rabaisse, et pire, ose lever la main sur vous ... fuyez, loin, très loin ! N'attendez pas de l'aide de la police pour tenir en laisse votre compagnon et encore moins une aide de la justice. Mieux vaut être en vie loin que morte chez vous..

  • mauri7-51, le 25/11/2009 à 16h10

    Vous ne vous êtes jamais fait avoir? Pour ma part au début de la relation tout allait bien. Mais comme on dit : chassez le naturel, il revient au galop. Et bien c'est ce qui c'est passé, mais quand je m'en suis rendu compte j'étais folle amoureuse alors je me suis dis que ça pouvait changer...et bien non ça ne change pas. Et j'ai appris qu'avec la fille d'avant c'était pareil et qu'avec celle d'après c'est encore pareil. Pour répondre à votre question, quand on tombe sur quelqu'un de violent, il n'y a pas de prémices, pas de signes avant coureurs...mais quand on ouvre les yeux il faut trouver le courage et la force de partir.

  • Ninou, le 21/06/2009 à 10h45

    Que faire pour que toutes cette violence s'arrête

  • Chos7, le 15/06/2009 à 13h55

    Hommes ou Femmes, est ce vraiment le débat ? Les violences, morales ou physiques, ne doivent pas s'installer. Voila pourquoi il faut en parler - hommes ET femmes. Vous faites partie de l'espèce humaine capables de sentiments, d'émotions et de raison.

  • Ernestine, le 14/06/2009 à 19h16

    J'ai connu ce que raconte ces femmes et même pire il y a 10 ans et j'ai perdu mon travail, mes sociétés, j'ai été cassé à plusieurs endroits de mon corps sur la voie publique à coups de pieds et de poings devant des témoins et la police n'a même pas voulu prendre les témoignages des personnes qui leur disaient vouloir témoigner , je me suis retrouvée sans rien, même mon avocat ne voulait pas croire ce que je vivais, je suis partie du domicile conjugal en laissant tout derrière moi et ce qui était à moi, mon conjoint signait des chèques en imitant ma signature devant le banquier alors qu'il n'avait pas la signature aux comptes, il y a de quoi faire un livre et croyez-moi pas un roman. Ma réaction aux propos de Mathias: il ne sait pas de quoi il parle, la vérité dérange les matchos mais la virilité des hommes s'exprime très souvent dans ses poings et dans ses pieds surtout quand l'homme est plus fort que la femme et qu'il a fait du sport de combat, je ne suis pas un cas unique et qu'il me prouve qu'un homme meurt tous les trois jours sous les coups d'une femme ! Ernestine de Saint-Chamond

  • Jeanine, le 14/06/2009 à 09h32

    Je travaillais comme une dingue, même pendant les heures de repas, mais si le samedi je m'octroyais un peu de détendte devant le TV, ce n'était que réflexions telles "tu n'as rien d'autre à faire, etc... ensuite non conciliation qui m'accorde la jouissance del'intégralité du domicile, mais mon ex mari a profité de mes heures de travail pour vider entièrement la maison. plainte auprès des gendarmes, mais il m'a été dit que n'étant pas divorcée, il pouvait prendre ce qu'il voulait dans la maison. Alors à quoi sert un jugement ? je pense que la mentalité de la police a changé, mais il y a 15 ans, le mari avait toujours raison... le divorce a été aux tors partagé...

  • Lili, le 13/06/2009 à 00h05

    A Ylies de Paris: votre réponse à Matthias , c'est du grand n'importe quoi !!!!! Je suis assez d'acord avec Matthias, même si les violences conjuguales envers les femmes sont peut-être un peu plus fréquentes que pour les hommes, on ne peut pas nier que cela existe, des femmes tyraniques il y en a aussi. Révisez votre leçon " Mr ylies"!!

  • Bébé diable, le 12/06/2009 à 13h07

    Bonjour. Je m'adresse aux femmes qui ont subies ce genre de comportements. J'ai 23 ans et je suis un homme. Et j'essaye de comprendre. Je n'arrive pas à comprendre comment un homme peut changer si radicalement de comportement. Il y avait pas de prémices ? Ou l'amour vous a t'il rendu complètement aveugle ? Avant de se marier et de faire des enfants, il n'y avait rien à signaler qui aurait pu vous faire penser que votre homme a des tendances violentes ? Comment expliquer vous ce changement de comportement de certains hommes ? Est-ce que vous l'assimilez à un piège criminel ? (on fait semblant d'être gentil et puis quand on est marié, on frappe et on humilie ?). Je cherche à comprendre. Courage aux femmes qui subissent ces violences. Allez de l'avant.

  • Marie, le 12/06/2009 à 10h46

    Pour kpm la parité dans les violence conjugale ? Un homme maltraité pour toujours fuir, vois se défendre. une femme est une proie facile car elle n'a pas la force d'un homme. Ca se voit voit que vous n'avez jamais eu 90 kg de muscles en colère devant vous.

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