Le Conseil d'Etat renvoie dos à dos Besson et la Cimade

Par , le 03 juin 2009 à 15h52 , mis à jour le 09 janvier 2010 à 13h03

Le Conseil d'Etat a rejeté la demande d'annulation du décret modifiant les modalités d'assistance aux étrangers placés en rétention.

Le centre de rétention Vincennes expulsion sans papiersLe centre de rétention de Vincennes © TF1

Nouveau coup de tonnerre judiciaire dans le dossier de l'assistance juridique aux étrangers placés en centre de rétention : samedi, le Tribunal administratif prononçait la suspension de l'exécution des contrats signés le 10 mai par le ministre de l'Immigration, Eric Besson, et modifiant les modalités de cette assistance ; ce mercredi, au contraire, le Conseil d'Etat a annoncé avoir rejeté la demande d'annulation du décret en vertu duquel ces contrats avaient été signés. Cette demande avait été déposée par la Cimade et d'autres associations oeuvrant en faveur des droits des étrangers. La décision du Conseil d'Etat, au premier abord, semble sonner la fin d'un long bras de fer entre le ministère et ces associations. Mais elle pourrait en fait relancer le dossier, car dans cette même décision, la plus haute instance administrative française a donné une définition de l'assistance aux étrangers retenus inédite, et allant plutôt dans le sens des demandes de la Cimade.

Le noeud du problème est un décret datant du 22 août 2008, qui a réformé le dispositif d'aide en introduisant la possibilité "qu'une ou plusieurs personnes morales" exercent des missions d'information et d'aide dans les centres de rétention. Jusqu'à présent, et depuis 25 ans, la Cimade était la seule association habilitée. Et elle a largement dénoncé la logique d'appel d'offre retenue par le gouvernement à travers ce décret, qui conduirait à mettre mécaniquement en concurrence les associations sans fournir de meilleures garanties aux étrangers retenus, suivant une logique de "Qui paye décide", selon le mot de Laurent Giovannoni, secrétaire général de la Cimade. Au fil d'une longue guérilla judiciaire, l'appel d'offre controversé, lancé alors que Brice Hortefeux était encore ministre de l'Immigration, avait été suspendu le 14 octobre dernier par le tribunal administratif de Paris, saisi par un groupe d'associations de défense des étrangers. Puis la justice administrative avait décidé de l'annuler deux semaines plus tard, avant l'annonce par le ministère d'un nouvel appel d'offre, lui-même attaqué devant la justice administrative.

Un appel d'offre signé en plein week-end

Le 10 mai dernier, en plein week-end, Eric Besson hâtait le mouvement en décidant de signer l'appel d'offre attribuant la responsabilité de l'assistance juridique aux étrangers à six associations : l'Ordre de Malte, Forum Réfugiés, le Collectif Respect, France Terre d'Asile, l'Assfam et la Cimade elle-même, en arguant de "manoeuvres dilatoires de retardement des procédures juridiques". Cette signature avait pourtant été suspendue le 20 avril par le juge des référés du tribunal administratif de Paris, le temps de statuer sur la requête de la Cimade "au plus tard le 7 mai 2009". Mais le ministère de l'immigration avait alors mis en avant le fait que "ce délai fixé par l'ordonnance du 20 avril était désormais expiré".

Samedi dernier, la Cimade avait une nouvelle fois obtenu un gel de la procédure par la justice administrative, et le ministre de l'Immigration avait alors décidé de prolonger de trois mois la mission de l'association dans les centres de rétention... décision prise en attendant l'arrêt du Conseil d'Etat. Celui-ci est désormais tombé, mais s'il n'annule pas la procédure engagée, il fixe des garde-fous en s'attachant notamment aux garanties fournies par les personnes morales choisies.

L'exigence de garanties de la part des associations

Le Conseil d'Etat considère en effet "qu'aux termes mêmes du décret  litigieux, la convention passée avec la personne morale sélectionnée doit  permettre l'exercice effectif de leurs droits par les étrangers". Or, souligne la haute juridiction administrative, "la mission confiée par la convention ne se limite pas à l'information des  étrangers mais comprend également l'aide à l'exercice de leurs droits". Le Conseil d'Etat en déduit que "le décret n'a pas entendu limiter le contenu de cette convention aux seules prestations d'information". La haute juridiction ajoute enfin que le décret "doit être lu comme impliquant que l'Etat ne peut conclure une telle convention qu'avec des  personnes morales présentant des garanties d'indépendance et de compétences  suffisantes, notamment sur le plan juridique et social". Précisément, certaines des associations choisies pour assurer la mission d'accompagnement des étrangers retenus avaient été jugées suspectes par la Cimade. C'était le cas notamment du mystérieux collectif Respect, fondé par un militant UMP, ou de l'Association service social familial migrants (Assfam), qui avait bénéficié d'une subvention exceptionnelle de 450.000 euros versée par le ministère.

Mercredi, le ministre de l'Immigration s'est  félicité d'une décision qui selon lui "clôt définitivement le débat juridique", puisque le Conseil d'Etat "a clairement jugé que l'exercice des droits des personnes retenues n'impliquait nullement de confier les missions d'assistance des étrangers à une seule et même personne morale". Mais à la Cimade, on ne cachait pas une nette satisfaction. "Bien que le Conseil d'Etat n'a pas repris à son compte l'ensemble des arguments développés par les associations, l'encadrement précis qu'il donne du décret porte sur le coeur même de la réforme", a souligné l'association dans un communiqué. Son secrétaire général, joint par LCI.fr, a évoqué pour sa part "une décision de compromis" de la part du Conseil d'Etat, analysant : "On est sur un registre de reprise de dialogue, d'apaisement. Le ministère et nous, on souhaite un accord. Surtout, ce qu'on demande, c'est que le ministère ouvre une vraie concertation pour rebâtir un vrai dispositif".

Concrètement, le décret n'étant pas annulé, mais les contrats signés ayant été suspendus, la situation dans les centres de rétention est aujourd'hui la suivante : les associations choisies lors de l'appel d'offre ne peuvent se mettre au travail, et c'est toujours la Cimade, dont la mission a été prolongée de trois mois par le ministère, qui continue à l'assumer. Elle devrait signer, avec Eric Besson, dès la semaine prochaine, un avenant en ce sens à son propre contrat. En espérant pouvoir trouver un compromis de façon à travailler dans les centres de rétention avec les associations avec lesquelles elle entretient déjà de bons rapports, comme le Secours Catholique. "L'appel d'offre, objectivement, aujourd'hui, il est mort, compte tenu de la décision du juge des référés et de l'arrêt du Conseil d'Etat", estime Laurent Giovannoni. "On attend maintenant la décision du tribunal qui statuera au fond, mais on voit mal comment il pourrait confirmer les contrats après en avoir suspendu l'exécution. Ce qui va obliger le ministère de l'immigration à reprendre toute la procédure depuis le début. Ce qu'on espère à présent, c'est une remise à plat de tout le dispositif".

Par Franck Lefebvre-Billiez le 03 juin 2009 à 15:52
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13 Commentaires

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  • Momo, le 21/07/2009 à 12h08

    Pour celles et ceux qui critiquent les "bénévoles", sachez qu'il faut faire la part des choses entre "bénévoles", "volontaires" et "professionels". Pour chaque catégorie de poste les exigences ne sont pas les mêmes (études, expériences professionnelle, temps de travail, aptitudes psychosociales, etc.). Si l'on veut aider au mieux les personnes les bénévoles ne suffisent pas. Nous sommes entrer dans l'ère de l'associatif professionnel depuis bientot 15/20 ans. Ca coûte certes plus cher mais a première vue mais si l'on regarde de près les résultats (quantitatifs et qualitatifs) l'argent est dépensé de manière efficace et pertinente...sinon vous pensez bien que les grands penseurs de l'humanitaire et de l'associatif auraient déjà lever les foules contre ces évolutions. De même je ne connais pas de bénévoles (ormis les retraités) qui critiquent de manière juste et argumentée le travail des professionnels de l'associatif. Ils reconnaissent en général qu'ils sont complémentaires, et non concurrents. Il faut de tout... Enfin n'oubliez pas que ces professionnels de l'associatif n'ont pas les salaires qu'ils pourraient avoir en travaillant dans le secteur marchand du privé, voir parfois même dans le public!!! Toute critique doit être réfléchie et constructive...et doit aboutir à amélirer l'aide apportée aux personnes vulnérables, quelles qu'elles soient, où qu'elles soient. Momo

  • Roger, le 08/06/2009 à 10h48

    Merci Marie de St Germain , avec des chiffres pareils pas etonnant que ces " benevoles " veuillent garder le monopole de l'expoitation de la misere

  • Marie, le 07/06/2009 à 21h49

    Selon son rapport d'activité 2007, les ressources de La Cimade se sont élevées à 7 865 912 euros en 2007. 3 440 694 euros proviennent des marchés publics. Soit 44 % des ressources. Cette somme a été versée à l'association par la Direction de la population et des Migrations. Au titre de ? la mission d'accompagnement et d'aide à l'exercice des droits des étrangers dans les centres de rétention administrative?. 2 361 953 euros proviennent de subventions publiques. Soit 30 % des ressources. Parmi les organismes subventionnaires, on trouve la Direction des Affaires Sanitaires et Sociales (1 523 833 euros) et l' Acsé, l'Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances (193 200 euros). Selon les propres chiffres de La Cimade, 74 % des ressources de l'association proviennent donc de l'argent public. Les dons et legs privés n'en représentant que 17%! Qu'en est-il alors de ses revendications d'indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics ? La Cimade ne serait-elle qu'un faux-nez de l'administration, ces salariés des fonctionnaires déguisés ? Cette association biberonnée à l'argent public nous fait son cinéma : La Cimade est membre du collectif ?Associations en danger? qui dénonce la baisse des subventions du gouvernement. On comprend mieux pourquoi ces associations n'ont pas l'idée de faire appel à l'aide et aux dons de leurs membres : elles n'en ont pas ou si peu, au regard des subventions qu'elles touchent.

  • Roger, le 05/06/2009 à 10h35

    Cela fait au moins dix fois que je demande a savoir combien perçoit cette association de l'etat et autres collectivites

  • Lulu, le 04/06/2009 à 14h31

    A Alexandre, La CIMADE n'aide pas les clandestins, personne n'est clandestin tant qu'on a pas statué sur ses droits en France (droit d'asile ou autre). La CIMADE aide simplement les étrangers à monter leur dossier visant à faire reconnaitre leurs droits, c'est tout ce qu'il y a de plus légal, sinon croyez-vous que ce gouvernement la subventionnerait ? A Milord, J'espère pour vous que vous n'aurez jamais à demander l'asile quelque part....

  • Plume63, le 03/06/2009 à 21h27

    La France ne peut pas avancer, les magistrats bloquent tout, c'est une honte!!!

  • Lolo du 06, le 03/06/2009 à 21h11

    Quand un socialiste passe a droite comme c est le cas de mr besson on ne s etonne plus de rien c est un peut comme un mauvais commedien qui devrais jouer le role d un bon je pense qu il se fait des films mais lui c est un pietre acteur il ny aura bientot plus de role pour lui du moins il faut l esperer ca vaut ce que ca vaut mais c est dit quand meme amicalement lolo!!!

  • Alexandre, le 03/06/2009 à 20h40

    Les associations tel que la CIMADE qui font leurs beur sur le dos des clandestins devraient être dissoutes. Aider un clandestin est hors la loi.

  • Milord, le 03/06/2009 à 20h38

    Il suffirait de leur dire "on ne vous donne rien" ils repartiraient et les contribuables diraient merci !

  • Jean, le 03/06/2009 à 20h30

    S'il n'y avait pas tant de fric à se faire il existerait beaucoup moins d'associations et certaines comme la Cimade ne se battraient pas pour avoir un monopole .

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