Image d'archives © TF1LCI.fr : Qu'est-ce que vous appelez la constante macabre ?
André Antibi (enseignant à l'université Paul Sabatier de Toulouse) : Aujourd'hui, si tous les élèves d'une classe obtiennent de bonnes notes à une évaluation, cela paraît suspect. On pensera que le prof est laxiste ou pas sérieux. Il est au contraire tout à fait normal qu'un tiers ou la moitié de la classe ait moins de la moyenne. L'échec fait partie de la norme. Les enseignants ont l'impression d'avoir rempli leur mission quand un élève sur deux est en situation d'échec. Pendant 20 ans, cela me paraissait normal à moi aussi.
LCI.fr : Quel système de notation proposez-vous ?
A.A : Je propose les évaluations par contrat de confiance. Le principe est très simple : une semaine avant le contrôle, l'enseignant donne les questions ainsi que les réponses aux élèves. Le jour de l'épreuve, les 4/5e des questions seront celles du document et les autres des questions qui vérifieront que l'élève a compris ce qu'il a appris.
LCI.fr : Est-ce que l'évaluation par la confiance règle la question des mauvaises notes ?
A.A : Attention, notre objectif n'est pas de mettre de bonnes notes à tout le monde. L'idée de l'évaluation par contrat de confiance, c'est l'inverse du laxisme. C'est dire à l'élève que s'il travaille, il sera récompensé. Malgré cela, il reste 10% d'élèves qui continuent à ne pas avoir la moyenne et à ne pas réussir à restituer le savoir.
LCI.fr : Donner les réponses avant le contrôle, est-ce que ça ne fausse pas les règles du jeu ?
A.A : Il ne s'agit pas de donner le sujet à l'avance mais de ne pas piéger l'élève. Je suis prof de math et j'ai pu m'apercevoir qu'aucun étudiant, aussi bon soit-il, ne peut résoudre, en un temps limité, un exercice qu'il n'a jamais fait auparavant. La restitution est compliquée, et c'est un exercice qui sert tout au long de la vie. Par ailleurs, sur 20 points, 4 seront consacrés à des questions dont les élèves n'auront pas eu les réponses.
LCI.fr : Vous êtes donc j'imagine, complètement opposé aux interrogations surprises ?
A.A : Oui. Je pense que si on doit garder trois mots clés, c'est la confiance, le travail et la motivation. L'interro surprise, c'est l'opposé de ça. L'évaluation que je propose est une incitation énorme au travail.
LCI.fr : Avez-vous l'oreille du ministre de l'Education national ?
A.A : Oui, Xavier Darcos nous a écrit pour nous dire qu'il soutenait notre initiative. Maintenant, ce serait bien qu'il envoie la même lettre aux recteurs d'académie, non pas pour imposer ce système d'évaluation mais pour leur proposer de se renseigner.
LCI.fr : Que pensez-vous des écoles alternatives qui sont opposés à toute forme de notation ?
A.A : Je suis contre le zéro note. On ne doit pas faire croire aux élèves que tout le monde est pareil, ce n'est pas honnête et ce ne serait pas un service à rendre aux enfants.
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