Pour en finir avec les mauvaises notes

Par , le 11 juin 2009 à 17h45 , mis à jour le 12 juin 2009 à 10h44

Interview - Un tiers de la classe en-dessous de la moyenne : c'est la norme. Mais c'est stupide et injuste, selon André Antibi, fondateur du Mouvement contre la constante macabre. Le mouvement a récemment reçu le soutien du ministre de l'Education nationale.

Image d'archives/TF1Image d'archives © TF1

LCI.fr : Qu'est-ce que vous appelez la constante macabre ?

André Antibi (enseignant à l'université Paul Sabatier de Toulouse) : Aujourd'hui, si tous les élèves d'une classe obtiennent de bonnes notes à une évaluation, cela paraît suspect. On pensera que le prof est laxiste ou pas sérieux. Il est au contraire tout à fait normal qu'un tiers ou la moitié de la classe ait moins de la moyenne. L'échec fait partie de la norme. Les enseignants ont l'impression d'avoir rempli leur mission quand un élève sur deux est en situation d'échec. Pendant 20 ans, cela me paraissait normal à moi aussi. 
 
LCI.fr : Quel système de notation proposez-vous ?

A.A : Je propose les évaluations par contrat de confiance. Le principe est très simple : une semaine avant le contrôle, l'enseignant donne les questions ainsi que les réponses aux élèves. Le jour de l'épreuve, les 4/5e des questions seront celles du document et les autres des questions qui vérifieront que l'élève a compris ce qu'il a appris. 
 
 
LCI.fr : Est-ce que l'évaluation par la confiance règle la question des mauvaises notes ?

A.A : Attention, notre objectif n'est pas de mettre de bonnes notes à tout le monde. L'idée de l'évaluation par contrat de confiance, c'est l'inverse du laxisme. C'est dire à l'élève que s'il travaille, il sera récompensé. Malgré cela, il reste 10% d'élèves qui continuent à ne pas avoir la moyenne et à ne pas réussir à restituer le savoir. 
 
 
LCI.fr : Donner les réponses avant le contrôle, est-ce que ça ne fausse pas les règles du jeu ?

A.A : Il ne s'agit pas de donner le sujet à l'avance mais de ne pas piéger l'élève. Je suis prof de math et j'ai pu m'apercevoir qu'aucun étudiant, aussi bon soit-il, ne peut résoudre, en un temps limité, un exercice qu'il n'a jamais fait auparavant. La restitution est compliquée, et c'est un exercice qui sert tout au long de la vie. Par ailleurs, sur 20 points, 4 seront consacrés à des questions dont les élèves n'auront pas eu les réponses. 
 
 
LCI.fr : Vous êtes donc j'imagine, complètement opposé aux interrogations surprises ?

A.A : Oui. Je pense que si on doit garder trois mots clés, c'est la confiance, le travail et la motivation. L'interro surprise, c'est l'opposé de ça. L'évaluation que je propose est une incitation énorme au travail. 

LCI.fr : Avez-vous l'oreille du ministre de l'Education national ?

A.A : Oui, Xavier Darcos nous a écrit pour nous dire qu'il soutenait notre initiative. Maintenant, ce serait bien qu'il envoie la même lettre aux recteurs d'académie, non pas pour imposer ce système d'évaluation mais pour leur proposer de se renseigner.
 
LCI.fr : Que pensez-vous des écoles alternatives qui sont opposés à toute forme de notation ?
A.A :
Je suis contre le zéro note. On ne doit pas faire croire aux élèves que tout le monde est pareil, ce n'est pas honnête et ce ne serait pas un service à rendre aux enfants.

* Mouvement contre la constante macabre

Par Sophie Lutrand le 11 juin 2009 à 17:45
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

67 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Diane Nastasia Colas des Gers, le 20/06/2009 à 02h22

    Oui, et puis quoi encore ? Que vont-il faire après le BAC ? Demander a Centrale, Polytechnique ou n'importe quelle autre école de leur envoyer les sujets de concours histoire de préparer à l'avance ? Car il ne faudrait pas les brusquer les petits, c'est comme ça qu'ils ont appris.. et puis quand ils échoueront, on leur dira " ce n'est pas de votre faute, c'est le système." Ce ne serait vraiment pas leur rendre service, bien au contraire. Un ingénieur n'a pas des engins préfabriqués .. il y réfléchit lui même. Rien n'est par coeur dans la vie.. Et pourquoi macher tout le travail ? Il y a beaucoup d'étudiants qui réussissent, sans ce système, le but est alors de priivlégier les mauvais élèves ? Cela ne sert à rien de travailler, nous aurons la moyenne de tout façon ? Revenons un peu sur Terre voyons..

  • Jean, le 14/06/2009 à 17h05

    Si je comprends bien, il suffira à un enfant pas trop bête mais paresseux (catégorie à laquelle j'appartenais, paraît-il) d'attendre les questions, de bachoter lesdites questions et de s'en tirer avec des notes honorables (disons : la moyenne ? c'est largement suffisant !). Cela signifie-t-il que l'on acquiert ainsi des connaissances suffisantes pour poursuivre des études supérieures, voire une culture générale qui nous différencie lorsque nous sommes adultes de nos amis européens dont l'éducation est tellement plus « spécialisée », pour ne pas dire restreinte ? La réponse est : NON. Autre conclusion : on se retrouve, comme moi, sans le BAC (certes je parle également d'une autre génération, lorsque seulement 15% allaient jusqu'au BAC). En réponse à « ALLY, Londres », il se trouve que nos deux enfants ont fait toute leur scolarité à Londres et que nous habitions en proche banlieue (Ealing). Malgré les temps de parcours, les devoirs et surtout les comparaisons avec leurs amis anglais scolarisés dans les écoles locales ils ne souffrirent pas outre mesure du système français. En fait, pendant leurs sept ans d'études secondaires (collège lycée) l'un remporta 4 prix d'excellence et 3 prix d'honneur, et l'autre 3 prix d'excellence et 4 prix d'honneur. La raison essentielle selon moi : un suivi permanent de leurs études par les parents, demander tous les soirs « Et qu'est-ce que vous avez fait aujourd'hui, racontez-moi votre journée, ça m'intéresse » (NB Ce qui est différent de « je contrôle »). Résultat : un est diplômé de l'ESSEC et l'autre de CENTRALE. Conclusion : que les parents commencent par veiller sur leur progéniture ! Comme dit mon écossaise de femme : « Nos enfants n'avaient aucune chance de truander, leur père avait fait les 400 coups avant eux » !

  • Jean, le 14/06/2009 à 16h06

    Si je comprends bien, il suffira à un enfant pas trop bête mais paresseux (catégorie à laquelle j'appartenais, paraît-il) d'attendre les questions, de bachoter lesdites questions et de s'en tirer avec des notes honorables (disons : la moyenne ? c'est largement suffisant !). Cela signifie-t-il que l'on acquiert ainsi des connaissances suffisantes pour poursuivre des études supérieures, voire une culture générale qui nous différencie lorsque nous sommes adultes de nos amis européens dont l'éducation est tellement plus « spécialisée », pour ne pas dire restreinte ? La réponse est : NON. Autre conclusion : on se retrouve, comme moi, sans le BAC (certes je parle également d'une autre génération, lorsque seulement 15% allaient jusqu'au BAC). En réponse à « ALLY, Londres », il se trouve que nos deux enfants ont fait toute leur scolarité au Lycée Français de Londres et que nous habitions en proche banlieue (Ealing). Malgré les temps de parcours, les devoirs et surtout les comparaisons avec leurs amis anglais scolarisés dans les écoles locales, ils ne souffrirent pas outre mesure du système français. En fait, pendant leurs sept ans d'études secondaires (collège lycée) l'un remporta 4 prix d'excellence et 3 prix d'honneur, et l'autre 3 prix d'excellence et 4 prix d'honneur. La raison essentielle selon moi : un suivi permanent de leurs études par les parents, demander tous les soirs « Et qu'est-ce que vous avez fait aujourd'hui, racontez-moi votre journée, ça m'intéresse » (NB Ce qui est différent de « je contrôle »). Résultat : un est diplômé de l'ESSEC et l'autre de CENTRALE. Conclusion : que les parents commencent par veiller sur leur progéniture ! Comme dit mon écossaise de femme - qui est diplômée des Beaux Arts et qui trouve le système français très dur - : « Nos enfants n'avaient aucune chance de truander, leur père avait fait les 400 coups avant eux » !

  • Maelan, le 13/06/2009 à 12h01

    D'ici à ce que ça se fasse...Il y aura de l'eau coulée sous les ponts. J'ai appris en regardant une émission qu'un enfant en primaire ne devait pas avoir de devoirs écrits à faire à la maison,mais seulement des révisions des choses faites dans la journée;c'est loin d'être le cas. Cependant,de là à leur "mâcher"le travail...Il y a une marge.Déjà que la valeur du bac a pris une sacré claque. Bientôt,on donnera les diplômes en debut d'année à tous les élèves,et ceux qui auront bien travaillé les garderont,et les autres non. Comment ces élèves pourront s'organiser,assumer quoique se soit si on anticipe tout pour eux. C'est démoralisant.

  • Lizilia, le 13/06/2009 à 11h14

    à Roussel Vous avez bien défini la situation, que diantre! Le nivellement par le bas existe depuis fort longtemps; un exemple vécu:à l'examen de passage en classe supérieure (lycée hôtelier) les candidats ignoraient totalement dans quelle région de France était fabriqué le fromage Cantal.............. Je ne vous parle pas du camenbert, car là nous avons atteint les himalayas de l'ignorance. Je veux bien que les élèves ne soient pas doués, mais que dire des enseignants dans ce genre de structures, et bien évidemment des parents qui ont depuis longtemps baissé les bras, pour l'éducation basique de leur progéniture, et passé le relais à ces mêmes enseignants , rendus responsables de la crétinerie de leurs élèves. Il est facile pour les géniteurs d'appuyer sur le bouton télé, ou de fourguer une play station à leur rejeton, plutôt que de s'interêsser à leur avanir.

  • Agnès, le 13/06/2009 à 07h54

    Comme si ce que dit ce Mr était nouveau ! Enseignante, je travaille comme cela depuis des lustres et je ne fais jamais d'interro surprise. Les élèves ne sont jamais piégés; ils savent qu'ils auront telle carte avec tels repères , telle partie du cours avec une petite rédaction, tel mot a savoir définir... Mais pour certains c'est encore trop: il faut faire l'effort d'écouter en classe et d'apprendre les réponses... Quand vous éliminez les 4 ou 5 élèves qui ne comprennent rien quoi qu'il arrive, les autres échouent principalement par absence de travail...

  • Liliane, le 12/06/2009 à 21h58

    Une seule solution comme dans certains pays: pas d'évaluation! donc pas d'échec. Les pays qui pratiquent ce système sont très satisfaits: alors pourquoi ne pas s'en inspirer? A force de toujours tout évaluer: les élèves , les profs... Pourquoi pas un peu de confiance et de motivation autrement? Pourquoi ne pas appliquer ce raisonnement aux entrprises et salariés: au lieu de toujours mettre en avant les échecs, les mauvaises évaluations...

  • Mouvement contre le Mouvement, le 12/06/2009 à 21h58

    Et moi je propose aussi qu'on leur apporte le chocolat chaud et les croissants pendant l'interro, et que le prof leur fasse un massage des pieds pour les détendre avant le contrôle.

  • ARMADA, le 12/06/2009 à 17h53

    Ma scolarité a été empoisonnée par de mauvaises notes en maths, ce qui m'a fait échouer à tous mes examens !!! j'ai eu des cours particuliers, des punitions, des trucs à copier 100 fois,dimanches à réviser au lieu de sortir, théorèmes et règles appris par coeur... rien n'y faisait, c'était pire que du hébreux, je n'ai jamais rien compris aux mystères de l'algèbre et de la géométrie et cela m'a empoisonnée pendant des années, avec des moyennes en maths de l'ordre de 3 sur 20 , alors que j'étais bonne dans les autres matières !dégoutée, j'ai abandonné une année avant le Bac et fait un BEP de secrétariat ! quand on n'a pas la tête et pas assez intelligent pour tout comprendre vous pouvez faire tout ce que vous voulez, il n'y a rien à faire ! je me suis toujours demandée comment certains ont pù faire des études d'ingénieur et digérer tout ce charabia de chiffres et de figures géométriques sans jamais s'y perdre !ma mère disait que dans notre famille, il n'y avait jamais eu d'énarque ni d'académicien !!!

  • Ally, le 12/06/2009 à 17h47

    Suite -les devoirs posent un probleme que l'on ne peut mettre de cote, ils prennent du temps et ne sont pas toujours faits (s'ils sont faits la qualite va rarement de soi et je sais de quoi je parle meme dans le meilleur lycee a l'etranger) - la mentalite des Francais vis a vis de l'education doit etre plus positive. Savez-vous que : le mot "travailler" est d'origine latine et designe en fait le dur travail des esclaves de l'epoque romaine... cela a de quoi faire reflechir... Pour conclure (enfin), il y a de quoi ameliorer mais nous avons un solide systeme qui a une bonne renomee aupres des universites. Et quand les mauvais eleves auront des bonnes notes, notre systeme aura pardu toute ses valeurs...

Lire tous les commentaires

      logAudience