Le burkini © VETISLAM/DRC'est un mélange de burqa et de bikini. C'est un compromis entre conviction religieuse et désir de faire du sport. Et ce n'est pas du goût de tout le monde : le burkini refait surface. Le mot avait fait son apparition en 2007 quand une créatrice australo-libanaise avait lancé ce maillot de bain, mariage entre le traditionnel une-pièce et le tout aussi traditionnel hidjab. Composé de deux à cinq pièces et disponible dans un arc-en-ciel de couleurs, il permet à la musulmane de se jeter à l'eau tout en respectant strictement les principes de l'Islam. Le mufti d'Australie, qui comparait les nageuses en maillot une-pièce à de "la viande découverte" l'a, en tout cas, approuvé.
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"Je porte le niqab et alors ?"
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Parmi les sites le commercialisant, Vetislam promet à la vacancière ou sportive vêtue du burkini un "très grand confort de mouvements", précisant qu'il ne tient pas chaud et qu'il sèche rapidement. A condition de pouvoir l'utiliser ailleurs que sur la plage. Car s'il est autorisé dans les bassins allemands ou néerlandais, en France, au même titre que le caleçon long pour les hommes, le burkini ne passe pas. Une jeune femme de Seine-et-Marne en a fait les frais. Carole, musulmane de 35 ans, raconte ainsi dans Le Parisien de mercredi s'être vue interdite de baignade à la piscine d'Emerainville : la direction de l'établissement n'a pas accepté son burkini.
Boîte de Pandore
L'histoire remonte à fin juillet. Cette Française de souche convertie à l'Islam depuis 17 ans veut aller se baigner. A l'occasion de vacances à Dubaï, elle s'est achetée le-dit burkini. "En le prenant, je m'étais dit que cela pouvait m'autoriser le plaisir de la baignade sans trop me découvrir comme le recommande l'Islam", raconte la jeune femme au Parisien. Elle appelle plusieurs piscines de son département. Le maître-nageur de la piscine d'Emerainville lui demande de venir, ne pouvant pas juger de sa tenue sur un coup de fil. Elle se jette à l'eau, une première fois sans souci. Quand elle se rend de nouveau à la piscine quelques jours après, l'accès au bassin lui est barré. Carole est renvoyée dans les vestiaires.
"Ségrégation", s'offusque la naïade frustrée. "Hygiène, lui rétorque le Syndicat d'agglomération nouvelle (SAN) du Val-Maubée, qui gère les piscines dans le coin. A fortiori en période de grippe A ! Le règlement en vigueur dans toutes les piscines de France et de Navarre est qu'il faut, pour se baigner, porter maillot et bonnet de bain et passer par la case douche", rappelle Dominique Guillaume chargé des sports au SAN interrogé par LCI.fr. Pour lui la ségrégation serait d'instaurer des créneaux dans les piscines pour les naturistes, les gros, les violets... "Ce n'est pas possible dans une république laïque", martèle-t-il.
Selon Le Parisien, la jeune femme compte saisir la Justice et alerter les associations, le Mrap notamment. Mercredi après-midi, son président n'avait pas encore été contacté. Il n'est pas surpris par l'affaire : "Le débat sur la burqa a ouvert une boîte de Pandore, estime Mouloud Aounit auprès de LCI.fr. On peut s'attendre à toute sorte de provocations et de réactions". Des réactions faites, selon lui, pour "tester" la République. Si Carole les contacte, le Mrap lui fournira les éléments juridiques comme à toute autre personne s'estimant discriminée. "C'est notre devoir", explique son responsable. Au-delà, il redoute qu'avec cette histoire, les 5 millions de musulmans de l'Hexagone ne s'estiment encore davantage stigmatisés. Amélie GAUTIER
| "Une provocation militante, politique" |
Le cas de cette jeune femme intervient un mois et demi après la mise en place d'une mission d'information parlementaire gauche-droite sur le port de la burqa. A gauche comme à droite, les réactions ont fusé. Le député PCF du Rhône André Gerin, qui est également président de la mission parlementaire y voit "une provocation militante, politique". "Il est temps de se réveiller et ne pas accepter cette situation. C'est peut-être une minorité mais le symbole pose problème. Il y a des gourous derrière qui défendent leur propre projet de société", qui va à l'encontre selon lui du mouvement historique de "libération de la femme", a-t-il ajouté. Autre membre de la mission, Danièle Hoffman-Rispal, députée (PS) de Paris met, elle, en garde contre une "instrumentalisation" de cette femme. "Je trouve étonnant que quelqu'un sorte d'une piscine et convoque la presse tout de suite", déclare-t-elle. "Tant qu'il y aura cette mission burqa on aura des provocations. La mission doit faire son travail, réfléchir, auditionner, et ne pas prendre position tant qu'on n'a pas fait le travail de fond", dit-elle. (AFP) |
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