"La castration chimique a sauvé ma vie"

Par , le 26 octobre 2009 à 06h00 , mis à jour le 03 novembre 2009 à 15h50

Dossier : Délinquants sexuels: quel suivi ?

Témoignage - Un homme de 47 ans, condamné plusieurs fois pour pédophilie explique à LCI.fr comment sa vie a changé depuis qu'il suit un traitement anti-androgène. Seul deux psychiatres délivrent ce type de traitement en France, dont Florence Thibaut, qui rappelle qu'il n'est utile que pour très peu de délinquants sexuels.

Un patient qui suit un traitement anti-androgèneUn patient qui suit un traitement anti-androgène © TF1/LCI
Le 28 septembre dernier, Marie-Christine Hodeau, une joggeuse de 42 ans, était enlevée, violée et tuée à Milly-la-Forêt. Rapidement interpellé, son agresseur se révèlera être un récidiviste. De quoi relancer le débat sur le suivi des délinquants sexuels et remettre au goût du jour la question très polémique de la castration chimique. Le chef de l'Etat s'y était dit favorable dès 2005, au lendemain de l'enlèvement et du viol du petit Enis par un récidiviste, Francis Evrard, dont le procès se tiendra, hasard du calendrier, cette semaine devant la cour d'assises de Douai.
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Ce dernier, après avoir refusé de suivre un traitement anti-androgène, vient de réclamer, semble-t-il plus par provocation qu'autre chose, la castration chirurgicale, interdite en France et dans la plupart des pays au monde. La Garde des Sceaux n'exclut toutefois pas d'en débattre à la mi-novembre au Parlement, à l'occasion de l'examen d'un projet de loi visant à renforcer les mesures en matière de castration chimique des condamnés. Pour mieux comprendre ce qu'est la castration chimique, LCI.fr s'est rendu au CHU de Rouen, dans une des deux seules unités de soins où est proposé ce type de traitement en France.
"La pédophilie était ma deuxième nature"

Eric*, 47 ans, a déjà effectué plusieurs peines de prison pour des actes pédophiles. Attouchements, propositions indécentes, téléchargement de fichiers à caractère pédopornographique : à chaque fois, il s'est fait pincer. D'une étonnante lucidité sur ses déviances sexuelles, il a essayé toutes les thérapies psychologiques proposées. Mais toujours, peu de temps après, il a replongé, envahi par "des fantasmes, des pulsions, des phobies qui l'entravaient, qui lui pourrissaient la vie". "La pédophilie était ma deuxième nature", confie-t-il. Mais depuis le 9 janvier 2009, l'espoir d'une vie normale est revenu. Depuis qu'il a été placé sous castration chimique. Tous les trois mois il se rend au CHU de Rouen pour recevoir une injection et rencontrer sa psychiatre. "Ce traitement a changé ma vie, il m'a sauvé", nous confie-t-il.

"C'est exceptionnel, je n'ai plus de pulsion, plus de fantasme. Je n'ai plus d'érection non plus, ce qui est un peu étonnant pour un homme, notamment le matin au réveil. Ce qui est important aussi, c'est que ce traitement me booste : ma tête était devenue vide, aujourd'hui j'ai à nouveau plein de projets". Les effets secondaires – déminéralisation des os, poussées des seins…. – ne l'ennuient pas : "le gain en échange est trop important". Eric estime qu'aujourd'hui "il n'est plus un danger pour la société". "Pendant des années mon entourage a vécu dans la peur que les choses recommencent, et ça a recommencé. Mon entourage a eu honte. Mais depuis le printemps dernier, ils sont étonnés, ils disent que j'ai changé, qu'ils ne me reconnaissent pas". S'il n'a pas peur de la rechute, Eric pense néanmoins qu'il devra suivre son traitement à vie. Quant à la castration chirurgicale, il y est "totalement opposé". "Dans la mesure où il existe des traitements chimiques efficaces, je ne vois pas pourquoi utiliser une pratique qui défie toutes les lois de la morale et de l'éthique".

 

"Aucun cas de récidive parmi mes patients"

Florence Thibaut est professeur en psychiatrie au CHU de Rouen. C'est dans son unité qu'ont été faites les premières castrations chimiques par injection dans le monde. En l'espace de 15 ans, elle a suivi une vingtaine de patients. "Dans 100% des cas, la prise de traitement anti-androgène va faire fortement baisser le taux de testostérone et faire disparaître au bout d'un à deux mois les fantasmes sexuels déviants. Le patient peut alors prendre du recul et prendre conscience de la souffrance potentielle de la victime". Le travail psychologique peut alors démarrer. Le fait que le patient soit volontaire est une "nécessité absolue" pour le professeur Thibaut, ne serait-ce qu'à cause des effets secondaires importants comme la déminéralisation des os.

Des récidivistes parmi ses patients ? "Aucun
". Les deux seuls qui ont voulu arrêter ont vu quelque temps plus tard leurs obsessions réapparaître et sont donc revenus en urgence prendre leur traitement. Ce traitement doit-il être pris à vie ? "Nous manquons encore de recul avec les études mais le corps médical estime que le traitement doit durer minimum quatre-cinq ans. Dans les faits, les patients nous demandent toujours, eux-mêmes, de poursuivre".

 

La castration chimique, malgré ce que certains politiques souhaiteraient, ne réduira jamais à zéro le nombre de récidiviste en matière de délits ou crimes sexuels car comme le précise le professeur Florence Thibaut, ce traitement ne s'adresse qu'à une "petite minorité de délinquants sexuels, c'est-à-dire 10 à 20% d'entre eux, maximum". A priori inutile pour un exhibitionniste ou un père incestueux, il s'adresse en revanche aux prédateurs, à ceux qui obéissent à des pulsions violentes, comme les pédophiles ou les violeurs en série.

*Pour des questions d'anonymat, son prénom et sa voix ont été modifiés.
Découvrez le reportage de Marie-Laure Bonnemain, Franck Ortega et Charles Voissier pour le journal de 20 heures de TF1.
  
Par Alexandra Guillet le 26 octobre 2009 à 06:00
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11 Commentaires

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  • Clo, le 30/10/2009 à 01h25

    Je suis pour la castraction chimique et après avoir lu un violeur et tueur qu'il se sent beaucoup mieux et qu'ils n'a plus des pulsions je suis entièrement pour que l'on leurs fasses à ses violeurs cette opération

  • Khaly, le 28/10/2009 à 06h50

    "la castration chimique a sauve ma vie" : ce titre me choque , et les victimes ? on pourrait dire "la castration chimique m'a empeché de commettre d'autres crimes" : cela me semble plus à propos

  • Nina, le 27/10/2009 à 21h37

    Nicolas, apparament au début il y a des pulsions qu'ils contrôlent avant d'en perdre le contrôle et passer à l'acte. Si des personnes se reconnaissent dans le témoignage, ça pourra les inciter à prendre conscience de ce qu'il leur arrive et de se faire soigner avant le passage à l'acte.

  • Jo, le 27/10/2009 à 19h57

    @ FLO J'ai beau relire et relire je comprend pas non plus !

  • Sydonie, le 27/10/2009 à 13h00

    Si la castration chimique peux sauver des gens que la loi soit votée assez vite .rien a dire de plus

  • Nicolas, le 27/10/2009 à 06h06

    @ Nina de Nice. Malheureusement les soins sont proposés après un passage à l'acte. Mais comment prévenir le passage à l'acte ? A part une baguette magique je n'ai pas de solutions à suggérer ...

  • Flo, le 27/10/2009 à 05h44

    J'ai rien compris au commentaire de martin...je dois être fatiguée des neurones....

  • Martin, le 27/10/2009 à 02h09

    C'est surtout penser aux autres, c'est comme pour un accident de la route. Aprés un petit accident de la route, nous étions dans le bus a Nice avec ma fille et un cochon d'inde femelle de 3 mois. Et lapsus j'ai dit heureusement que cela n'a pas été vous, toi et Miélo mais un adulte nous a repris et les autres surtout mais la ici il s'agissait d'avoir vite assisse ma fille trés vite ainsi que le petit cochon d'inde moi la mére je suis restée debout et j'aurai pu tomber par terre comme les autres. Alors pourquoi vite juger quand j'ai rassuré mon enfant et l'animal ? En plus la conductrice a du rassurer doublement ma fille, pensez aux enfants handicapées avant de juger merci. Et paniqué les autres, cela ne sert qu'a accentué les cris et les pleurs, non? Du sang-froid, non?

  • Martin, le 27/10/2009 à 01h55

    Cela change la vie de tous. Mais les familles rentrent moins tard la nuit car c'est la que le risque est grand ou tot le matin aussi. Il faut toujours gendarmer malheureusement.

  • Nina, le 26/10/2009 à 21h10

    Nicolas, si ça peut permettre à ceux qui ont des pulsions de se faire soigner avant de passer à l'acte, ça fera des victimes en moins !

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