Pourquoi ils ont fui l'Afghanistan

Par , le 20 octobre 2009 à 16h08 , mis à jour le 15 décembre 2009 à 16h39

Témoignages - Rencontrés dans le 10e arr de Paris mardi, ces réfugiés ont tout quitté en quête de jours meilleurs. Voici quelques-unes de leur histoire.

Rahmatullah réfugié afghanRahmatullah, réfugié afghan de 30 ans © Amélie GAUTIER

Passage Dubail, dans le 10e arrondissement de Paris, mardi matin. Groggy par le froid, une cinquantaine d'Afghans se massent à l'entrée d'un petit local dans l'attente d'un thé pour se réchauffer. Ces hommes jeunes aux mines usées ont bien souvent passé la nuit sous un des ponts qui entourent la gare de l'Est. Comme la veille, comme demain. Ils ont tout quitté pour rejoindre l'Europe avec l'espoir de jours meilleurs.

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Entouré de ses compagnons d'infortune, Zafar, jeune homme de 25 ans s'improvise porte-parole et raconte dans un anglais balbutiant : la guerre, l'absence de travail, la menace des talibans, celle des Américains. "On ne peut pas s'en sortir, assure-t-il. Il n'y a pas de travail". Dans son pays, martèle-t-il, les Afghans non talibans sont considérés comme pro-Américains". Plusieurs de ses amis ont rejoint les Fous d'Allah, "parce que eux au moins, ils nous payent". Autour de lui, certains traduisent aux non-anglophones. Les têtes acquiescent, les regards percent d'interrogation. "On veut juste une vie confortable, résume Zafar. On n'est ni terroristes, ni alcooliques et encore moins des paresseux. Les Européens jouent avec nos vies. C'est pas un thé qu'on veut, ce sont nos droits."

Rahmatullah: "Pourquoi serais-je venu ici dormir sous un pont ?"

Rahmatullah, réfugié afghan de 30 ansRahmatullah a des yeux verts translucides. Un peu en retrait du groupe, cet homme de 30 ans avec l'air d'en avoir 15 de plus, observe ses compagnons de galère de son regard de chat. Sans crier gare, il s'avance en silence et tend ses papiers. Une demande d'asile politique déposée le 15 octobre. Il veut qu'on note tout. Son nom, sa situation, sa vie. On lui a expliqué qu'il devait attendre durant six mois la réponse. Six mois à dormir sous un pont par un froid glacial. C'est la deuxième fois que Rahmatullah demande le statut de réfugié. La première fois, c'était en Angleterre où il avait passé cinq ans avant de se voir refuser le précieux sésame. Il avait dû repartir dans son pays.

Là-bas, il vivait à Lôgar, une province de l'est où il était boucher. Pour financer le voyage vers l'Europe, il avait tout vendu : sa terre, les bijoux de sa femme. A son retour de Londres, sa famille avait disparu. De ce qu'il leur est arrivé, Rahmatullah ne sait rien. Seul, sans ressource, il se retrouve menacé de mort par les talibans. Pour eux, c'est devenu un traître. Un deuxième échec en Europe n'est pas possible. Rahmatullah n'a plus rien. Il mise tout sur cette feuille blanche qu'il garde précieusement. "Si je n'avais pas de problème en Afghanistan, pourquoi serais-je venu ici dormir sous un pont", demande-t-il.

Ahmad : "En Angleterre, tout est possible"

Ahmad, réfugié afghan de 16 ansEn 1996, quand les talibans sont entrés dans Kaboul, Ahmad, gamin à l'époque, est parti vivre au Pakistan avec son père. Un jour, les GI's sont arrivés, les deux hommes sont rentrés. "On pensait que tout allait changer", se souvient le jeune homme de 16 ans en souriant. Sa famille avait une ferme à Wardak, une province du centre de l'Afghanistan. Quand son père meurt d'un cancer, son oncle lui conseille de rejoindre les talibans. "J'avais 14 ans et je ne voulais pas être tué par les Américains", explique Ahmad. Son cousin lui donne de l'argent pour qu'il parte en Europe. Quand il évoque sa vie passée, l'adolescent touche sans cesse l'anneau qu'il porte : une bague argentée ornée d'une grosse pierre rouge. C'est aujourd'hui le seul bien qu'il possède. Ahmad commence par travailler en Iran pour se faire de l'argent. Après, direction la Turquie.

D'une traite Ahmad évoque son périple sans jamais détacher le regard de son anneau : les journées à marcher dans la montagne sans nourriture, les regards haineux des habitants, ce bateau pneumatique avec 30 personnes dessus quand l'embarcation n'en supporte que 10... Deux de ses amis meurent noyés. Ahmad évoque ce drame comme on évoquerait un retard de train. Il lève le nez comme pour respirer et s'engouffre de nouveau dans le tunnel de son odyssée. Une fois, il manque de mourir étouffé après avoir passé 25 heures dans un container sur un bateau entre la Grèce et l'Italie. L'Italie, il pensait rester là-bas. Mais quand il voit ses compatriotes dormir sous les ponts, il décide de pousser plus loin. Il est arrivé en France il y a quinze jours. Ici aussi, on dort sous les ponts. Alors, quand il le pourra, il tentera l'Angleterre. Là-bas, il se dit persuadé que "tout y est possible". Ahmad sourit tout le temps

Par Amélie Gautier le 20 octobre 2009 à 16:08
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40 Commentaires

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  • Pilepoil, le 30/10/2009 à 11h11

    Kitty, les 30 glorieuses : 1945 - 1975 . Bien après les évènements que je cite dans mon commentaire précédent.

  • Kitty, le 29/10/2009 à 14h55

    A Poilpoil. Nous n'étions pas dans les conditions actuelles, c'était le temps de trente glorieuses où il y avait du travail, et SVP ne mêlez pas tout quelles que soient vos sympathies politiques, je pense pas que la famille du notre président a eu besoin des aides sociales Les contribuables ne sont pas des puits sans fond si vous voyez ce que je veux dire

  • Pilepoil, le 29/10/2009 à 13h22

    Réponse à Kitty, Oui, je confirme, les Arméniens ont fui la guerre chez eux (massacrés par les Turcs), les Espagnols ont fui la guerre chez eux (guerre civile, général Franco), les Russes (dits "blancs") ont fui la révolution bolchévique etc, etc. Le plus célèbre de nos immigrés, n'est-il pas le Présient de la République lui-même issu d'un papa Hongrois et d'une Maman Grecque ?

  • Liberte d expression, le 29/10/2009 à 11h00

    Il 'n'y a pas de travail en Afghanistan, mais y en a t-il en France ???? Alors que notre pays est en plein déficit il faudrait ouvrir nos frontières pour des hommes qui ont quitté leur pays au lieu de le défendre ?

  • Kitty, le 29/10/2009 à 10h56

    Dommage que des messages disparaissent, il me semble que la liberté d'expression n'existe plus dans notre pays. Je n'avais du qu'une chose que nous avons trop de chômeurs et de personnes vivant sous le seuil de la pauvreté Mais cela n'a pas plu

  • Kitty, le 29/10/2009 à 10h38

    Pilpoil vous parlez des européens qui sont venus travailler dans notre pays Pas d'hommes qui fuient la guerre sans penser à ceux qu'ils laissent sans défense Nous avons un grand nombres de chômeurs et de personnes qui vivent sous le seuil de la pauvreté. Et si l'on commençait par s'occuper d'eux

  • Pilepoil, le 22/10/2009 à 16h14

    Il y a un milliard de personnes dans le monde qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Vous ne pouvez pas blâmer ces gens de vouloir fuir leur misère, vous feriez pareil. Le courage n'est pas de renvoyer trois Afghans chez eux, le courage serait d'avoir une véritable politique internationale pour enrayer la famine chez eux et faire en sorte qu'ils ne cherchent plus à partir. C'est la seule solution, pour le reste, ce n'est que poudre aux yeux, cela ne règle en rien le problème, ils reviendront toujours. Les soldats Français ou autres sont des soldats, en s'engageant, ils savaient à quoi s'attendre non ? Ils sont formés (parfois mal) pour faire la guerre et obéïr aux ordres, et le fait de déplorer leur mort n'y changera rien. Les Afghans sont des civils, des paysans que les raisons d'Etat dépassent, ils fuient la guerre et la misère, normal. Vous appellez-vous tous Durand ou Dupont ? Personne ici ne descend de réfugiés Arméniens, Italiens, Espagnols, Polonais, Russes...Vous êtes maintenant Français, et vous avez la mémoire courte...

  • Don camillo, le 21/10/2009 à 20h33

    Tout a fait d'accord avec Bil de Calais

  • Stalon, le 21/10/2009 à 17h38

    Merci mr besson, enfin un ministre courageux!

  • Andre, le 21/10/2009 à 17h37

    Pendant que les jeunes afghans viennent se refugier en france pour fuir les talibans, les jeunes soldars francais sont envoyes en afghanistan pour combattre les talibans-c est le monde a l envers....

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