Rahmatullah, réfugié afghan de 30 ans © Amélie GAUTIERPassage Dubail, dans le 10e arrondissement de Paris, mardi matin. Groggy par le froid, une cinquantaine d'Afghans se massent à l'entrée d'un petit local dans l'attente d'un thé pour se réchauffer. Ces hommes jeunes aux mines usées ont bien souvent passé la nuit sous un des ponts qui entourent la gare de l'Est. Comme la veille, comme demain. Ils ont tout quitté pour rejoindre l'Europe avec l'espoir de jours meilleurs.
Une vingtaine de personnes ont manifesté mardi soir à Roissy contre l'expulsion d'une dizaine d'Afghans qui aurait eu lieu par un charter vers Kaboul.
Publié le 15/12/2009

Selon la Cimade, ces réfugiés étaient en rétention dans le centre de Coquelles. Mardi matin, une source policière indiquait qu'un avion partirait de France vers Kaboul, dans la soirée.
Publié le 15/12/2009

Le président américain a annoncé mardi que ce déploiement se ferait dès 2010 et assure qu'"après 18 mois, les troupes commenceront rentrer à la maison". Nicolas Sarkozy salue un "discours courageux".
Publié le 02/12/2009

Le président américain a réuni lundi soir ses principaux ministres, des généraux et des diplomates pour réfléchir à une décision stratégique : envoyer ou non des renforts en Afghanistan.
Publié le 24/11/2009

Plus d'infos Entouré de ses compagnons d'infortune, Zafar, jeune homme de 25 ans s'improvise porte-parole et raconte dans un anglais balbutiant : la guerre, l'absence de travail, la menace des talibans, celle des Américains. "
On ne peut pas s'en sortir, assure-t-il.
Il n'y a pas de travail". Dans son pays, martèle-t-il,
les Afghans non talibans sont considérés comme pro-Américains". Plusieurs de ses amis ont rejoint les Fous d'Allah, "
parce que eux au moins, ils nous payent". Autour de lui, certains traduisent aux non-anglophones. Les têtes acquiescent, les regards percent d'interrogation. "
On veut juste une vie confortable, résume Zafar.
On n'est ni terroristes, ni alcooliques et encore moins des paresseux. Les Européens jouent avec nos vies. C'est pas un thé qu'on veut, ce sont nos droits." Rahmatullah: "Pourquoi serais-je venu ici dormir sous un pont ?" |
Rahmatullah a des yeux verts translucides. Un peu en retrait du groupe, cet homme de 30 ans avec l'air d'en avoir 15 de plus, observe ses compagnons de galère de son regard de chat. Sans crier gare, il s'avance en silence et tend ses papiers. Une demande d'asile politique déposée le 15 octobre. Il veut qu'on note tout. Son nom, sa situation, sa vie. On lui a expliqué qu'il devait attendre durant six mois la réponse. Six mois à dormir sous un pont par un froid glacial. C'est la deuxième fois que Rahmatullah demande le statut de réfugié. La première fois, c'était en Angleterre où il avait passé cinq ans avant de se voir refuser le précieux sésame. Il avait dû repartir dans son pays.
Là-bas, il vivait à Lôgar, une province de l'est où il était boucher. Pour financer le voyage vers l'Europe, il avait tout vendu : sa terre, les bijoux de sa femme. A son retour de Londres, sa famille avait disparu. De ce qu'il leur est arrivé, Rahmatullah ne sait rien. Seul, sans ressource, il se retrouve menacé de mort par les talibans. Pour eux, c'est devenu un traître. Un deuxième échec en Europe n'est pas possible. Rahmatullah n'a plus rien. Il mise tout sur cette feuille blanche qu'il garde précieusement. "Si je n'avais pas de problème en Afghanistan, pourquoi serais-je venu ici dormir sous un pont", demande-t-il.
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Ahmad : "En Angleterre, tout est possible"
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En 1996, quand les talibans sont entrés dans Kaboul, Ahmad, gamin à l'époque, est parti vivre au Pakistan avec son père. Un jour, les GI's sont arrivés, les deux hommes sont rentrés. "On pensait que tout allait changer", se souvient le jeune homme de 16 ans en souriant. Sa famille avait une ferme à Wardak, une province du centre de l'Afghanistan. Quand son père meurt d'un cancer, son oncle lui conseille de rejoindre les talibans. "J'avais 14 ans et je ne voulais pas être tué par les Américains", explique Ahmad. Son cousin lui donne de l'argent pour qu'il parte en Europe. Quand il évoque sa vie passée, l'adolescent touche sans cesse l'anneau qu'il porte : une bague argentée ornée d'une grosse pierre rouge. C'est aujourd'hui le seul bien qu'il possède. Ahmad commence par travailler en Iran pour se faire de l'argent. Après, direction la Turquie.
D'une traite Ahmad évoque son périple sans jamais détacher le regard de son anneau : les journées à marcher dans la montagne sans nourriture, les regards haineux des habitants, ce bateau pneumatique avec 30 personnes dessus quand l'embarcation n'en supporte que 10... Deux de ses amis meurent noyés. Ahmad évoque ce drame comme on évoquerait un retard de train. Il lève le nez comme pour respirer et s'engouffre de nouveau dans le tunnel de son odyssée. Une fois, il manque de mourir étouffé après avoir passé 25 heures dans un container sur un bateau entre la Grèce et l'Italie. L'Italie, il pensait rester là-bas. Mais quand il voit ses compatriotes dormir sous les ponts, il décide de pousser plus loin. Il est arrivé en France il y a quinze jours. Ici aussi, on dort sous les ponts. Alors, quand il le pourra, il tentera l'Angleterre. Là-bas, il se dit persuadé que "tout y est possible". Ahmad sourit tout le temps
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