"Mettre un patient sous castration chimique ne résout rien"

Par , le 02 octobre 2009 à 06h00 , mis à jour le 03 novembre 2009 à 15h47

Dossier : Délinquants sexuels: quel suivi ?

Interview - Pierre Collart, docteur en psychologie, travaille dans une unité spécialisée dans le traitement des délinquants sexuels à Charleroi en Belgique, pays où la castration chimique est pratiquée.

[Expiré] couloir hopital santé © sxc.hu

LCI.fr : Vous travaillez dans une équipe de santé spécialisée dans le traitement des délinquants sexuels à l'hôpital Van Gogh de Charleroi en Belgique. Depuis quand la castration chimique est-elle pratiquée en Belgique ?

Plus d'infos

Pierre Collart, docteur en psychologie : La question du traitement des délinquants sexuels s'est clairement posée à la suite de l'affaire Dutroux. Depuis 1998, il existe en Belgique un accord de coopération entre le ministère fédéral de la Justice et les régions. Dans ce cadre, notre unité hospitalière a été chargée de la mise en place des traitements et du suivi des auteurs d'infractions sexuelles. L'essentiel de nos patients fait l'objet d'une injonction de soins par la Justice à la suite d'une condamnation.

LCI.fr : Comment fonctionne la castration chimique ?

Pierre Collart : Il y a plusieurs types de molécules qui servent à la castration chimique. Les plus utilisées aujourd'hui sont les analogues de la GnRH, des substances qui agissent au niveau central du système nerveux et qui ont comme effet de supprimer la production de testostérone. Pour que la castration soit efficace, le patient doit recevoir  une injection tous les trois mois. Ça, c'est pour l'aspect technique.

"La castration
chimique ne sert à rien
pour la grande majorité des délinquants
sexuels"

Pierre Collart

Mais il est important de savoir que la très grande majorité des délinquants sexuels que nous suivons n'ont pas besoin de ce traitement. La castration chimique n'a d'intérêt ou d'utilité que chez les patients qui ont des problèmes de compulsion. Il s'agit de personnes qui vont se faire dépasser par des pulsions. Pulsions qui vont les conduire à, par exemple, toucher le premier enfant qui passe. En 12 ans, sur environ 1000 patients qui sont venus dans notre unité de santé, à peine quelques dizaines d'entre eux ont été placés sous castration chimique.

LCI.fr : Pouvez-vous contraindre un délinquant sexuel à la castration chimique ?

P.C. : Il est hors de question de faire un traitement de castration chimique sans l'accord du patient. Je peux comprendre qu'au niveau sécuritaire ou politique, cela peut être un discours rassurant de dire que l'on va faire la castration chimique de tous les délinquants sexuels. Mais au niveau clinique, cela n'a pas d'intérêt. Comme je vous l'ai dit, cela ne sert à rien dans un grand nombre de cas.

Le délinquant sexuel c'est Monsieur et Madame tout le monde. Les modalités de passage à l'acte sont très différentes. Ainsi, le père incestueux n'a rien à voir avec le prédateur sexuel qui va attraper une victime dans la rue. On ne les traite pas de la même façon. Ce qu'il y a de très commun par exemple, c'est d'avoir un patient déprimé et qui va commettre des agressions sexuelles dans le cadre de cette dépression. On va donc s'attaquer avant tout à la déprime de la personne, à l'aide d'anti-dépresseurs.

LCI.fr : La castration chimique n'est donc qu'un outil parmi d'autres dans la prise en charge globale du patient ?

P.C. : Exactement. Mettre un patient sous castration chimique ne résout rien. Il faut une prise en charge globale, et notamment psychologique, du patient. Ce qui est bien avec la castration chimique, c'est qu'elle permet faire tomber la pression chez un individu qui a des pulsions. On va lui permettre ainsi de respirer un peu. Une fois qu'il est plus accessible à la réflexion, on peut commencer le suivi psychologique. C'est très important de comprendre cela, car on ne peut pas placer un patient à vie sous castration chimique. Dans notre service, on a d'ailleurs eu un cas de récidive d'un patient alors qu'il était sous castration chimique. Nous avons, a contrario, d'innombrables cas de patients qui n'ont pas été sous castration chimique et qui n'ont jamais récidivé.

"Si le patient
souhaite continuer,
on continue.
S'il souhaite
arrêter, il arrête"
Pierre Collart
LCI.fr : Combien de temps doit durer le suivi d'un délinquant sexuel pour estimer qu'il est guéri ?

P.C. : C'est très variable selon les patients. Les obligations judiciaires de traitement courent généralement sur cinq ans. Libre à l'équipe soignante de mettre un terme anticipé à ce suivi si elle estime qu'il n'est plus nécessaire. Lorsque l'on arrive au terme de ces 5 ans, l'obligation judiciaire tombe. Une discussion s'engage alors entre le patient et le médecin. Si le patient souhaite continuer, on continue. S'il souhaite arrêter, il arrête. Dans les cas où l'on a une inquiétude sur l'état de guérison du patient, on le signale dans un rapport que l'on remet à la Justice et on le signale aussi au patient. On lui explique pourquoi nous avons des doutes. On voit ensuite comment continuer un peu avec lui. Généralement le contact au long terme fonctionne assez bien.

LCI.fr : Le taux de récidive chez les patients que vous avez suivi est-il important ?

P.C. : En Belgique on tourne autour de 12,5% de taux de récidive de façon générale. C'est un chiffre légèrement inférieur à ce que l'on constate dans les autres pays.

LCI.fr : Depuis le mois de septembre, la Sécurité sociale belge rembourse la castration chimique, c'était quelque chose d'important?

P.C. : C'est fondamental, car c'est le patient qui paie son traitement. Et le coût peut en dissuader certains. A l'heure actuelle, il coûte environ une centaine d'euros par mois.

Par Alexandra Guillet le 02 octobre 2009 à 06:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

32 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Gwen, le 07/10/2009 à 20h49

    J'ai une question, Aprés cette castration , les homme peuvent -il toujour avoir un rapport? et "bandé" ?? p.s: desoler du therme ! merci d eme repondre

  • Atoll, le 03/10/2009 à 15h59

    Mettez vous un seul instant dans la peau d une famille a qui cela arrive apres on discute il y a en marre d entendre tout ces medecins et politics qui discutent pour ne rien changer

  • Jules, le 03/10/2009 à 08h25

    Comme le cerveau est responsable pourquoi ne pas réutiliser la bonne vieille lobotomie! Là on serait sûr qu'il n'y aurait plus la moindre envie! Evidemment les naïfs et utopiques défenseurs de ces pauvres agresseurs monteraient au créneau en disant que c'est inhumain. Donnons enfin la parole aux familles des victimes et voyons ce qu'elles en pensent.

  • Antonio, le 03/10/2009 à 07h09

    Cessons de proposer des solution vaseuses qui ne marchent pas. A force de tergiverser, on n'en finit plus de compter les victimes. Il faudrait penser un peu à elles car elles n'ont rien demandé. Il est urgent que le gouvernement cesse de réfléchir et décide de couper court (si j'ose dire) à ces palabres sans fin.

  • Marie, le 03/10/2009 à 06h41

    Biensur, ce n'est pas du préventif! C'est pour éviter récidive...... Mais comment éviter de telles actes?

  • George, le 03/10/2009 à 05h13

    Les Solutions ne peuvent être que radicales : ou la castration rérlle ou la perpétuité réelle. Je crois d'ailleurs qu'un assassin saurait très bien faire son choix lui même. Tout le reste n'est que discours malhonnête vis à vis du public et des victimrs potentielles. Est une évolution favorable de la société et d l'humanité que de jouer ainsi avec la vie des innocents?

  • Eric, le 03/10/2009 à 00h39

    Je souhaite etre castre par salvacyl

  • DrCouic, le 03/10/2009 à 00h04

    Une SEULE Solution, la VRAIE Castration.... ça marche pour les chiens...

  • Pascal33, le 02/10/2009 à 18h40

    A defaut de la peine capital pkoi ne pas appliquer une peine perpetuelle definitive pour ces monstres sanguinaires!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

  • Phil, le 02/10/2009 à 18h24

    Compte tenu qu'il y a une très forte proportion d'hommes (hors détenus pour qui "on" ferme les yeux et on milite, qui n'ont pas accès à la sexualité par refus du conjoint, isolement, absence de maison closes ou recours à des prostituées prohibé et à coût prohibitif, il serait peut être opportun que tout un chacun masculin ait le choix et la possibilité de recourir à la "castration chimique", sans pour autant être atteint du cancer de la prostate, par le biais d'un remboursement par la sécurité sociale; ce serait le "pendant" du remboursement de la P.M.A. pour les femmes.

Lire tous les commentaires

      logAudience