Ces crèmes à blanchir sont vendues au noir en France © TF1Blanchir à tout prix quand on a la peau sombre peut conduire à des dégâts de santé irréversibles. Pour la première fois, la Mairie de Paris a lancé mardi une campagne de prévention des dangers du blanchiment des peaux noires. Supports de cette campagne inédite : des affiches dans des quartiers principalement touchés par ce phénomène (XVIIIe, Xe et Xe arrondissements), proclamant "Séduire oui, se détruire non". Elle s'appuie aussi sur une bande dessinée "Beauté d'ébène" et un fascicule pédagogique. Il faut "tirer un signal d'alarme" a déclaré le député-maire PS du XVIIIe arrondissement, Daniel Vaillant.
Selon la Mairie de Paris, environ une femme d'origine africaine sur cinq à Paris utiliseraient des produits éclaircissants à base d'hydroquinone et de dermocorticoïdes aux effets délétères : outre les risques de brûlure, ces produits, souvent vendus sur internet ou détournés de leur usage médical, peuvent provoquer acné, taches, hirsutisme, vergetures, diabète etc...
"Pas de produit miraculeux"
"Il n'y a pas de produit miraculeux qui éclaircit sans risque", rappelle le Dr Antoine Petit, dermatologue à l'hôpital Saint-Louis, soulignant l'universalité de la pratique tant en Afrique de l'ouest, qu'en Afrique centrale, Afrique du sud ou Inde. "Pour éclaircir leur peau certaines femmes sont prêtes à n'importe quoi, même de se baigner à l'eau de Javel", a expliqué pour sa part Yohann Cohen, responsable de l'enseigne MGC à l'origine du développement il y a une vingtaine d'années du concept de "beauté ethnique" en France. "Le problème est ancien : il vient d'Afrique où de nombreux hommes préfèrent les femmes au teint clair", dit-il. Mais selon lui, "la jeune génération est moins touchée".
L'Union européenne a interdit en 2001 l'utilisation dans les cosmétiques d'hydroquinone, considérée comme probablement cancérigène. Mais sont utilisés d'autres produits à base de cortisone, pouvant favoriser le diabète ou l'hypertension. "Certaines femmes utilisent non seulement des produits à base de cortisone mais aussi de mercure", indique la dermatologue Dominique Penso. "Cela provoque des acnés sévères, de graves lésions pigmentaires".
Stopper le marché noir
Isabelle Mananga, présidente de l'association Label Beauté Noire, a dit vouloir "déghettoïser" les circuits de distribution des cosmétiques ethniques et aider les consommateurs à sortir de l'engrenage des produits éclaircissants de mauvaise qualité. "La demande est effectivement très forte et la campagne contre ces produits n'y fera rien", estime Hassan, sceptique, responsable de l'enseigne "Day Light".
"Les produits à base de cortisone ou d'hydroquinone ont déjà été interdits", estime Natacha Bakambana, responsable d'un salon de beauté spécialisé dans la vente de crèmes "éclaircissantes". "La campagne de la Mairie de Paris est une excellente idée. Mais il faut aussi prévoir des saisies des produits illicites vendus sous le manteau dans de nombreux marchés", ajoute-t-elle. "C'est comme pour la drogue, le marché noir existe. Et on peut aussi en trouver sur internet", dit-elle. Une récente opération de police dans le quartier Château-Rouge a permis la saisie de plus de 100.000 pots de crèmes et lotions blanchissantes.
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