Peut-on choisir sa mort ? Aux députés de trancher

Par , le 19 novembre 2009 à 05h00 , mis à jour le 19 novembre 2009 à 15h03

Dossier : Euthanasie: le débat

Le groupe socialiste défend jeudi dans l'hémicycle une proposition de loi sur "le droit de finir sa vie dans la dignité". Objectif : rouvrir le débat sur l'euthanasie.

euthanasie L'Alliance pour les Droits pour la vie mortL'Alliance pour les Droits pour la vie se couche devant l'Assemblée pour dire non à l'euthanasie. © Matthieu Dupont/TF1 News

La question de l'euthanasie ressurgit régulièrement dans l'actualité française  au travers de faits divers tragiques. Ce fut le cas en 2003, avec l'affaire Vincent Humbert, ce jeune tétraplégique qui avait demandé au président de la République "le droit de mourir". Ce fut encore le cas en 2008 avec la médiatisation des souffrances de Chantal Sébire, atteinte d'une tumeur incurable. Cette fois-ci, c'est hors de tout contexte émotionnel que 120 députés socialistes, parmi lesquels Laurent Fabius, Pierre Moscovici ou encore Emmanuel Valls, ont choisi de remettre le délicat sujet sur le devant de la scène en présentant jeudi à l'Assemblée une proposition de loi sur la fin de vie. Une proposition pour légaliser l'euthanasie.

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Actuellement, la loi Leonetti de 2005 interdit "l'acharnement thérapeutique", prône le recours aux soins palliatifs et prévoit le droit pour le patient de refuser un traitement et pour les médecins de "laisser mourir". Mais de légalisation de l'euthanasie, il n'est pas question, même pour les malades incurables réclamant la mort.

Seuls la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas l'ont légalisée dans un cadre rigoureux. Le rapporteur du nouveau texte, Manuel Valls, considère que le texte actuel sur la fin de vie est "une avancée appréciable" mais une "démarche inaboutie". La proposition des socialistes demande que "l'on accède à la demande des personnes dont les souffrances sont telles qu'elles souhaitent une aide active de la part du personnel soignant pour mettre fin à leur vie". En clair, il souhaite par ce texte passer de l'euthanasie passive à l'euthanasie active.


"L'euthanasie n'est pas la seule solution"
 
Pour Jean-Luc Roméro, président de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), et engagé dans ce combat depuis des années, cette proposition répond "au seul souci de liberté pour chacun". "Il faut mettre fin à l'hypocrisie", martèle le dessinateur Piem, également militant de longue date. "Sans une loi accomplie, nous savons que des euthanasies clandestines sont pratiquées", et ce "sans consultation préalable du patient", et que "ceux qui réclament une délivrance (...) sont maintenus dans des souffrances inacceptables", explique Jean-Luc Roméro.
 

euthanasie L'Alliance pour les Droits pour la vie mort
L'Alliance pour les Droits pour la vie se couche devant l'Assemblée pour dire non à l'euthanasie. © Crédit Photo : Matthieu Dupont/TF1 News
 
L'association pour les Droits de la vie dénonce, elle, cette initiative parlementaire. "La peur de l'acharnement thérapeutique pousse certaines personnes à croire que l'euthanasie est la seule solution, explique Tugdual Derville, délégué général. D'ailleurs, selon un récent sondage, plus de 86% des Français se disent favorables à sa légalisation (1). "Pourtant, une troisième voie existe, insiste Tugdual Derville, c'est l'accompagnement des personnes dans la dignité, par le développement notamment des soins palliatifs". Selon cette association qui a manifesté jeudi devant l'Assemblée, "faire une exception à l'interdit du meurtre revient à ouvrir une porte qui peur avoir des conséquences incalculables". Un sentiment partagé par Jean Leonetti, auteur de la loi du même nom. Ce qu'il ne manquera pas de rappeler, jeudi, devant les parlementaires.

Noëlle Chatelet : "Le droit de mourir comme on le souhaite est un droit fondamental"

Noëlle Chatelet"Je suis pour que la loi progresse. Mes parents Robert et Mireille sont les co-fondateurs de l'ADMD et c'est tout naturellement qu'à la mort de ma mère, j'ai pris sa place pour poursuivre son combat. Ma mère, avec une bravoure et une sérénité exemplaire, a mis fin à sa vie comme elle nous l'avait annoncé il y a des années.

Malgré la souffrance, je me suis rendue compte qu'elle avait raison. Cette auto-délivrance, elle l'a faite pour elle et ses enfants sur lesquels elle ne voulait pas peser. Son départ, c'est son dernier cadeau de mère. Lors de la sortie de mon livre "La Dernière leçon" (2) et bien après, j'ai reçu des centaines de lettre de remerciement. En leur répondant, je me suis rendue compte que les Français, les gens, la société étaient bien plus prêts à une loi permissive que ne le montrent les dirigeants.

Ma mère me disait "mon combat a été celui de l'IVG, le vôtre est celui de IVV, Interruption Volontaire de Vie ou de Vieillesse. Je pense qu'on doit gagner avec 1000 précautions. Dans la patrie des Droits de l'Homme, nous devrions être à la pointe de tout cela car le droit de mourir comme on le souhaite est un droit fondamental. Ma mère a pris elle-même des cachets, elle voulait rester dans son pays. Il faut que les législateurs prennent conscience du décalage entre la perception et celle des milliers de gens qui voudraient partir d'une manière belle, élégante et sereine et qui ne le peuvent pas. Montaigne disait "Apprendre à vivre, c'est apprendre à mourir". Personne ne nous apprend à mourir."

(1) Sondage BVA pour l'ADMD réalisé en mai dernier.
 
(2) Dans "La Dernière leçon", Noëlle Chatelet raconte la mort choisie et annoncée de sa mère. Mireille Jospin a choisi de quitter la vie "dans la sérénité" le 6 décembre 2002.
Par Amélie Gautier le 19 novembre 2009 à 05:00
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27 Commentaires

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  • noemi1508, le 20/11/2009 à 13h51

    Pour moi la solution c'est de développer les moyens pour diminuer la souffrance (physique ET morale) au moment de la mort. Les centres de soins palliatifs devraient être beaucoup plus développés et avoir plus de moyens pour accompagner et aider ceux qui souffrent. Je ne trouve pas que l'euthanasie soit la bonne solution.

  • dadoudet, le 20/11/2009 à 11h01

    Je suis allée sur le site de cette association : Fautpaspousser.com; Les français pourraient être originaux et ouvrir une troisième alternative à l'euthanasie et l'acharnement thérapeutique...celle de l'application de la loi Léonetti votée à l'unanimité (ce qui est rare!!) et la multiplication des soins palliatifs! il faut mettre le paquet pour calmer la douleur ! c'est de ça dont on a peur!

  • legaulois560, le 19/11/2009 à 19h12

    Les députés n'ont rien à trancher ni même rien à dire sur la destinée de chacun de nous et la façon dont nous allons cesser de vivre.Si celà continue,les socialistes dans un prochain débat vont programmer notre trépas et, en allant encore plus loin organiser nos funérailles,! A cours d'idées avant les régionales,il leur fallait absolument un débat à caractère démagogique! c'est leur habitude!.En revanche,si ce débat concerne le renforcement massif des soins palliatifs pour que cessent les souffrances,je suis d'accord!.

  • charlemagne2009, le 19/11/2009 à 15h59

    L'euthanasie passive a toujours existé ne serait que par le principe de non acharnement thérapeutique, pratique éthique et compréhensible. Légaliser l'euthanasie est une porte ouverte à toute sorte de dérive. Ainsi qui va décider, le patient est il en mesure d'avoir un consentement éclairé, sa famille, certes concernée mais rien ne certifie le désintéressement de celle-ci. Quelles pathologies vont être concernées, cancer, dégénérescences évolutives, polyhandicapés, car dans ces deux derniers cas précis, la science impuissante aujourd'hui s'interdirait-elle tout progrès thérapeutique, difficile à concevoir. C'est un sujet sociétal qui mériterait un débat éclairé et national. Enfin, il apparaît pour le moins étrange que ceux qui ont aboli la peine de mort pour les criminels prônent un tel empressement à l'appliquer aux malades. L'amélioration et la multiplication des services de soins palliatifs apparaît quand même plus urgent, mais il est évident que dans ce débat là, les aspects financiers prédominent a voir le manque d'empressement des uns et des autres.

  • lounie59, le 19/11/2009 à 15h57

    Tout à fais d'accord également ... j'ai étée tous les jours voir mon père mourir dans une douleur abominable , je n'est rien connu de plus affreux dans ma vie , durant ces 3 derniers jours il n'avalais même plus une goutte d'eau ... il n'en pouvais plus ... on aurais fais ça à un animal , on aurais été derrière les barreaux pour mauvais traitement !!! et la loi autorise un homme à "agoniser" jusqu'au bout ??? où vas t'on ???

  • papaveri, le 19/11/2009 à 15h34

    Je suis bien d'accord avec vous;il serait regrettable que ce douloureux problème soit abordé à des fins électorales. Moralité, pour éviter que les politiques plombent le débat, le Président de la République pourrait organiser un référendum pour demander à chaque français ce qu'il en pense. En effet c'est uniquement un problème de conscience...et là, nos politiciens de tous bords ne doivent pas savoir comment ça s'écrit...

  • nisette28, le 19/11/2009 à 15h25

    C'est à nous de décider de notre mort et non aux hommes politiques nous sommes des adultes Ils ne sont déja pas foutus de voter des lois utiles

  • anne21100, le 19/11/2009 à 15h00

    Si, une 3ème voie existe. Mais elle nécessite du temps, du personnel formé et naturellement des moyens financiers. Mais notre société est-elle prête à faire cet effort à l'heure où l'on parle de diminuer les moyens des hôpitaux.

  • l.wallonie, le 19/11/2009 à 13h42

    Bien sûr, et dorénavant les morts devront aussi s'appeler "non-vivants", c'est moins triste...

  • gagounette38, le 19/11/2009 à 13h42

    100% d'accord!

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