Droits des enfants : "La France s'est fait remonter les bretelles"

Par , le 20 novembre 2009 à 05h34 , mis à jour le 20 novembre 2009 à 15h50

Dossier : Droit des enfants

Jean-Pierre Rosenczveig, président du Tribunal pour Enfants de Bobigny et de l'association DEI-France (Défense des Enfants), revient sur les points noirs en France des droits des enfants.

Jean-Pierre Rosenczveig, président du tribunal pour enfants de Bobigny, 24/10/2006 (AFP / J. Saget)Jean-Pierre Rosenczveig, président du tribunal pour enfants de Bobigny, 24/10/2006 (AFP / J. Saget) © (AFP / J. Saget)

TF1 News : Quel est le bilan de la France en matière de droits des enfants ?

  • Droits des enfants : aux armes, citoyens !

    Alors que l'on célèbre la Convention internationale des droits de l'Enfant, ces droits restent trop souvent bafoués dans le monde, et méconnus en France.

    Publié le 20/11/2009 Droits des enfants : aux armes, citoyens !
  • 200 enfants lancent un SOS pour les fratries séparées

    A l'occasion des 20 ans de la convention internationale des droits de l'enfant, 200 élèves ont lancé un appel en forme de SOS, à Paris, à l'initiative de SOS Villages d'enfants. Découvrez les coulisses de cet évenement.

    Publié le 19/11/2009 200 enfants lancent un SOS pour les fratries séparées
Plus d'infos

 
Jean-Pierre Rosenczveig : Disons que notre pays dispose d'une marge de progression par rapport à d'autres qui ont un niveau social comparable. La France s'est d'ailleurs fait remonter les bretelles lors de l'examen, en mai dernier par le comité des Droits de l'enfant des Nations-unies, de son rapport quadri-annuel. Avec deux millions d'enfants pauvres en France si l'on tient compte des normes européennes, un million si l'on tient compte des normes françaises, la pauvreté des enfants reste une réalité : le gouvernement s'assigne d'ailleurs pour objectif, non de l'éradiquer, mais de la réduire. Le droit à l'éducation n'est, dans les faits, pas garanti pour beaucoup d'enfants, qui sortent du système scolaire sans formation suffisante pour entamer leur vie professionnelle ; 15.000 enfants handicapés sont mal scolarisés. La santé des enfants est un secteur sinistré, qu'il s'agisse de psychiatrie infantile ou de santé scolaire.
 
TF1 News : De quelle manière des affaires comme celle d'Outreau ont-elles influé sur la prise en compte des droits des enfants ?
 
JPR : L'affaire d'Outreau a eu un impact très négatif, dans l'opinion publique notamment, sur la prise en compte de la parole des enfants. Elle a été polluée par une erreur d'analyse majeure : les enfants n'ont pas menti, ils ont dit leur vérité, et ce sont les adultes qui n'ont pas su la décrypter. Les adultes et eux seuls sont responsables de ne pas avoir su appliquer la loi de 1998 sur l'audition des enfants victimes des violences sexuelles. Les policiers n'ont pas à interroger des enfants sur un coin de table sans être spécialisés. Mais relativisons : la situation est bien meilleure qu'il y a 20 ans. Il y a, malgré tout, un droit procédural qui est en train d'émerger et qui garantit les droits des enfants en justice.
 
TF1 News : La politique actuelle en matière d'immigration n'a-t-elle pas tendance à empiéter sur les droits des enfants ?
 
JPR : Le reproche majeur que l'on peut faire à la politique d'immigration est qu'elle considère les enfants étrangers d'abord comme des étrangers, et subsidiairement comme des enfants. Quand ils sont considérés comme inexpulsables, et qu'ils sont destinés à rester durablement dans notre pays, les autorités arrivent généralement à leur proposer des études, une orientation professionnelle. Avant cela, ces enfants se heurtent à des traitements très durs lors de l'accueil aux frontières : on les refoule parfois purement et simplement. Les enfants qui passent de pays en pays, comme ceux qui se retrouvent dans le Pas-de-Calais et veulent aller en Angleterre, sont très mal pris en charge : leur séjour moyen dans le Calaisis est d'un jour et demi. Le temps de prendre une douche et de se restaurer.
 
TF1 News : Comment interpréter le projet du gouvernement de réforme du Défenseur des enfants ?
 
JPR : C'est un pied de nez malencontreux, peut-être maladroit, peut-être voulu, fait au comité d'experts de l'ONU. Il y a trois mois, ce comite saluait l'existence en France d'un Défenseur des enfants et recommandait d'accroître ses compétences. Trois mois après, voilà la réponse du gouvernement français : on supprime le poste et on va le fondre dans un magma des Droits humains. A qui veut-on faire croire que c'est une avancée pour le droit des enfants ? Mais la bataille n'est pas perdue : elle se déroulera en janvier au Sénat. Qu'il soient de droite comme de gauche, il y a des parlementaires hostiles à cette réforme. Peut-être que le gouvernement finira par entendre et accepter le compromis qu'on lui propose : que l'entité "Enfance" soit placée au sein des droits humains, mais avec une personne identifiée pour les droits de l'enfant. Et que cette personne soit nommée en Conseil des ministres comme le défenseur des droits humains, donc avec la même légitimité que lui. C'est là un compromis qui permettrait à chacun de sortir de la crise la tête haute.

Par Franck Lefebvre-Billiez le 20 novembre 2009 à 05:34
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10 Commentaires

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  • mireye11, le 21/11/2009 à 14h39

    Tout-à-fait juste ce que vous dites : on ne parle que de "DROITS" mais jamais de "DEVOIRS"et c'est ainsi que nous "fabriquons" des délinquants à tout-va :quand on apprendra aux gens que pour vivre dans la société nous avons des DEVOIRS avant tout il y aura certainement une qualité de vie meilleure que celle que nous avons actuellement , mais,.nous savons bien que la france est un pays "DE DROITS" !!!!!!!

  • petitouyou, le 20/11/2009 à 23h46

    Au niveau du handicap il ya quand meme beaucoup de lacunes alors avant de faire des classes pour que les ptits anglais qui debarquent en masse en france se sentent comme chez eux (vive l integration dans le pays d accueil!!) on ferais peut etre bien de penser a nos laissés pour comptes... mais est ce que la france a envie d integrer ce genre de personnes ??? la est la question... est ce qu une remontrance va faire changer les choses?

  • ten75, le 20/11/2009 à 18h01

    Cela est tres bien de parler du DROIT des enfants, mais aussi il faudrait parler des devoirs des enfants, et le TRIBUNAL de BOBIGNY, caractérisé par une tres grande mansuétude , envers ces délinquants en herbes , devrait plus souvent en faire état, et la réalité est là , il y de plus en plus de voyous précoces, et comme par hasard ,dans la seine St denis

  • ticoco53, le 20/11/2009 à 14h08

    Pffff et pi quoi encre ... ils sont loin d'êtres malheureux les enfants en France !!!

  • matger, le 20/11/2009 à 12h24

    Il faudrait déjà aller faire un tour dans certaines de nos écoles maternelles pour réaliser combien les enfants ont déjà des droits et le savent .Une simple réprimande et la réaction est :" je vais le dire à mon père".Des droits d'accord,mais aussi des devoirs ,le premier étant celui du respect. Par contre,combien de familles signalées pour cas de maltraitance sont inquiétées ? C'est là qu'il faudrait agir pour les droits des enfants,trop souvent victimes de drames..

  • ramius45, le 20/11/2009 à 11h30

    Il serai parfait comme juge dans le monde des bisounours ou de ouioui Mr Rosenczveig.

  • mcg35, le 20/11/2009 à 11h08

    Les DROITS des enfants, d'accord ... Mais à condition de leur inculquer aussi la notion de DEVOIRS. Car l'un ne va pas sans l'autre.

  • kilian0611, le 20/11/2009 à 09h49

    Quand ont voit ces jeunes populations deja tres violente et qui n'ont peur de rien y a des questions a se poser avant de nous parlez des droits des enfants m.le juge de bobigny vous devriez savoir que dans les cités ces jeunes disent de vous que vous etes le pere noel sitot arrete par la police sitot relaché par vous, la population des banlieues vous remercie la violence augmente et la justice que fait elle ?? elle les relache!!! alors avant de donner de leçons retourner donc a votre tache 1er qui est de comdamnés les délinquants

  • ermeline19, le 20/11/2009 à 08h00

    Assistante sociales..etc...absolument non formées et qui appliquent le même discour à toutes les situations que c'en est effrayant...surtout pour les enfants et les parents qui essayent de les protéger..notre pays est lamentablement à la traine...d'accord avec Heleenca..aussi..mais quelle inertie !!

  • heleenca, le 20/11/2009 à 07h23

    Sujet difficile surtout si l'on reparle d'Outreau, parce qu'il ne faut pas oublier de rappeler que si les règles de l'audition de la parole des enfants n'ont pas été respectées, les assistantes maternelles ? ? ont joué un rôle d'émulsion... Elles se sont données un rôle de commères, elles ont propagé la rumeur, elles s'en sont délectées, elles ont été abominables parce qu'elles étaient incapables du rôle qu'elles se sont données... Cette douloureuse affaire n'aurait jamais du avoir lieu si les assistantes sociales étaient sur le terrain plutôt qu'au chaud dans leur bureau, et si le travail était fait, contrôlé et vérifié par des gens responsables...compétents et dignes....

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