Euthanasie : le gouvernement refuse le débat aux socialistes

Par , le 19 novembre 2009 à 15h37 , mis à jour le 19 novembre 2009 à 17h30

Dossier : Euthanasie: le débat

Les députés socialistes ont quitté jeudi l'hémicycle lors du débat sur leur proposition de loi pour "finir sa vie dans la dignité", Roselyne Bachelot ayant demandé au nom du gouvernement la réserve du vote des articles et du texte.

euthanasie L'Alliance pour les Droits pour la vie mortL'Alliance pour les Droits pour la vie se couche devant l'Assemblée pour dire non à l'euthanasie. © Matthieu Dupont/TF1 News

Le débat sur l'euthanasie aura fait long feu. Très mécontents, les députés socialistes ont quitté l'hémicycle jeudi lors de la discussion sur leur proposition de loi pour "finir sa vie dans la dignité". La raison ? Hostile à ce texte, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot a demandé au nom du gouvernement la réserve du vote des articles et du texte. En colère, le chef de file des députés PS Jean-Marc Ayrault a évoqué une "humiliation". "Une fois de plus le gouvernement méprise l'opposition", s'est-il exclamé. L'Assemblée se prononcera mardi prochain par un vote solennel sur l'ensemble de ce texte qui avait été rejeté la semaine dernière par la commission des Affaires sociales.

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Plus d'infos

 
La question de l'euthanasie ressurgit régulièrement dans l'actualité française  au travers de faits divers tragiques. Ce fut le cas en 2003, avec l'affaire Vincent Humbert, ce jeune tétraplégique qui avait demandé au président de la République "le droit de mourir". Ce fut encore le cas en 2008 avec la médiatisation des souffrances de Chantal Sébire, atteinte d'une tumeur incurable. Cette fois-ci, c'est hors de tout contexte émotionnel que les députés socialistes avaient choisi de remettre le délicat sujet sur le devant de la scène en présentant jeudi à l'Assemblée une proposition de loi sur la fin de vie. Une proposition pour légaliser l'euthanasie.

"Laisser mourir" ou "faire mourir"

Actuellement, la loi Leonetti de 2005 interdit "l'acharnement thérapeutique", prône le recours aux soins palliatifs et prévoit le droit pour le patient de refuser un traitement et pour les médecins de "laisser mourir". Mais de légalisation de l'euthanasie, il n'est pas question, même pour les malades incurables réclamant la mort.

Seuls la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas l'ont légalisée dans un cadre rigoureux. Le rapporteur du nouveau texte, Manuel Valls, considère que le texte actuel sur la fin de vie est "une avancée appréciable" mais une "démarche inaboutie". La proposition des socialistes demande que "l'on accède à la demande des personnes dont les souffrances sont telles qu'elles souhaitent une aide active de la part du personnel soignant pour mettre fin à leur vie". En clair, il souhaite par ce texte passer de l'euthanasie passive à l'euthanasie active.

"L'euthanasie n'est pas la seule solution"
 
Pour Jean-Luc Roméro, président de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), et engagé dans ce combat depuis des années, cette proposition répond "au seul souci de liberté pour chacun". "Il faut mettre fin à l'hypocrisie", martèle le dessinateur Piem, également militant de longue date. "Sans une loi accomplie, nous savons que des euthanasies clandestines sont pratiquées", et ce "sans consultation préalable du patient", et que "ceux qui réclament une délivrance (...) sont maintenus dans des souffrances inacceptables", explique Jean-Luc Roméro.
 

euthanasie L'Alliance pour les Droits pour la vie mort
L'Alliance pour les Droits pour la vie se couche devant l'Assemblée pour dire non à l'euthanasie. © Crédit Photo : Matthieu Dupont/TF1 News
 
L'association pour les Droits de la vie dénonce, elle, cette initiative parlementaire. "La peur de l'acharnement thérapeutique pousse certaines personnes à croire que l'euthanasie est la seule solution, explique Tugdual Derville, délégué général. D'ailleurs, selon un récent sondage, plus de 86% des Français se disent favorables à sa légalisation (1). "Pourtant, une troisième voie existe, insiste Tugdual Derville, c'est l'accompagnement des personnes dans la dignité, par le développement notamment des soins palliatifs". Selon cette association qui a manifesté jeudi devant l'Assemblée, "faire une exception à l'interdit du meurtre revient à ouvrir une porte qui peur avoir des conséquences incalculables". Un sentiment partagé par Jean Leonetti, auteur de la loi du même nom.

Noëlle Chatelet : "Le droit de mourir comme on le souhaite est un droit fondamental"

Noëlle Chatelet"Je suis pour que la loi progresse. Mes parents Robert et Mireille sont les co-fondateurs de l'ADMD et c'est tout naturellement qu'à la mort de ma mère, j'ai pris sa place pour poursuivre son combat. Ma mère, avec une bravoure et une sérénité exemplaire, a mis fin à sa vie comme elle nous l'avait annoncé il y a des années.

Malgré la souffrance, je me suis rendue compte qu'elle avait raison. Cette auto-délivrance, elle l'a faite pour elle et ses enfants sur lesquels elle ne voulait pas peser. Son départ, c'est son dernier cadeau de mère. Lors de la sortie de mon livre "La Dernière leçon" (2) et bien après, j'ai reçu des centaines de lettre de remerciement. En leur répondant, je me suis rendue compte que les Français, les gens, la société étaient bien plus prêts à une loi permissive que ne le montrent les dirigeants.

Ma mère me disait "mon combat a été celui de l'IVG, le vôtre est celui de IVV, Interruption Volontaire de Vie ou de Vieillesse. Je pense qu'on doit gagner avec 1000 précautions. Dans la patrie des Droits de l'Homme, nous devrions être à la pointe de tout cela car le droit de mourir comme on le souhaite est un droit fondamental. Ma mère a pris elle-même des cachets, elle voulait rester dans son pays. Il faut que les législateurs prennent conscience du décalage entre la perception et celle des milliers de gens qui voudraient partir d'une manière belle, élégante et sereine et qui ne le peuvent pas. Montaigne disait "Apprendre à vivre, c'est apprendre à mourir". Personne ne nous apprend à mourir."

(1) Sondage BVA pour l'ADMD réalisé en mai dernier.
 
(2) Dans "La Dernière leçon", Noëlle Chatelet raconte la mort choisie et annoncée de sa mère. Mireille Jospin a choisi de quitter la vie "dans la sérénité" le 6 décembre 2002.
Par Amélie Gautier le 19 novembre 2009 à 15:37
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19 Commentaires

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  • isshoni, le 22/12/2009 à 13h20

    à jtv31, Monsieur, si vous dites "qu'on" a les moyens de soulager les douleurs, comment se fait-il que tant de gens en fin de vie souffrent autant???; si vous avez la réponse, merci de la communiquer.

  • legaulois560, le 20/11/2009 à 10h26

    Aciery arrêtez de mettre la démocratie à toutes les sauces.Changez de registre car vous même et bien d'autres de la gauche n'êtes que des nostalgiques du bolchévisme du totalitarisme et ardents défenseurs de la pensée unique!.

  • laurem-b34, le 20/11/2009 à 09h43

    On parle ici du DROIT DES MALADES; Et dire " qu'un mourant est vivant jusqu'au bout" Mr de la Palice serait bien d'accord avec vous !!!!! Allez voir les malades dans les hopitaux,vous comprendrez mieux;

  • procrastine, le 19/11/2009 à 23h59

    Est-ce le droit de mourir dignement qui est réclamé ou le droit de ne pas avoir à supporter l'insupportable c'est à dire de voir partir en toute impuissance ceux qu'on aime parce qu'atteints de maladies incurables, ou simplement vieux, trop vieux...absents à eux même. Ne pas vouloir souffrir est une chose, vouloir mourir en est une autre. Quant au "dignement", qu'est ce qu'une mort digne? Parce que nous ne maitrisons pas plus la mort que nous ne maitrisons la vie , parce qu'un mourant est avant tout un vivant jusqu'au bout , lisez ou relisez "la mort intime" de Marie de Hennezel.

  • laurem-b34, le 19/11/2009 à 22h27

    De toute façon a chaque fois qu'il y a Bachelot , il y a une bourde ,ou un conflit ; vivement 2012; Démocratie vous dites ??? c'est quoi ce truc ???

  • didierbretagne, le 19/11/2009 à 21h54

    Voilà ce que j'écrivais : didierbretagne, le 19 Novembre 2009 à 13h03 La proposition de loi proposée par les socialistes a très peu de chance d'aboutir ce que les socialistes qui la présentent savent bien. Il n'ignorent pas non plus qu'une majorité de Français souhaiteraient voir légaliser (dans un cadre très rigoureux) l'euthanasie. Il serait fort regrettable que ce problème douloureux soit abordé à des fins électorales. Il en ressortira peut-être la nécessité de faire revenir ce sujet sous l'angle pénal ce qui libérerait beaucoup de choses mais reste aléatoire sans une loi. Malheureusement il semble bien que la politique ait pris le pas sur cette douloureuse question.

  • alexstreew, le 19/11/2009 à 21h23

    Il y a l'absence de souffrance, par les soins palliatifs, mais il y a aussi la dignité. Ma grand-mère est décédée en septembre dernier, après un an passé sur un lit d'hôpital, attendant la fin qui ne venait pas. Elle ne souffrait plus, certes, mais où est la vie là-dedans ? Attendre sur un lit en espérant que la nuit qui vient soit la dernière, est-ce une fin digne ? Ces personnes, très âgées, qui souhaitent s'en aller devraient en avoir le droit (et ce n'est qu'un exemple de cas). On aspire tous à quelque chose, et quand la vie ne permet plus d'aspirer à quoi que ce soit, alors elle devient un choix. Et on doit donc pouvoir l'arrêter.

  • gac87, le 19/11/2009 à 21h15

    Sur ce coup là, Madame Bachelot a largement tort : refuser un tel débat qui dépasse les notions de droite ou de gauche est une bêtise. Pour ce qui est de discréditer le PS, pas besoin du gouvernement, le PS se débrouille très bien tout seul

  • chachacon, le 19/11/2009 à 21h11

    Bonsoir, aciery, le sujet n'est pas le PS ou l'UMP je pense que vous aussi vous n'avez jamais été mis devant le fait accompli réfléchissez au lieu de dire n'importe quoi vous ne pouvez pas parler de politique lorsqu'il s'agit d'un être humain

  • chachacon, le 19/11/2009 à 21h10

    C'est un sujet très personnel et je ne vois pas ce que le démocratie est dans ce cas une nouvelle fois bafouée SAFFAIS je pense que vous n'avez jamais été mis devant le fait de donner un ordre à un médecin pour qu'il arrête la machine lorsqu'une personne proche est devant vous.

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