Sonia Imloul, spécialiste des banlieues, sur le plateau de LCI (20 novembre 2009) © TF1/LCITF1 News : Combien d'enfants vivent dans des familles polygames en France ? Sonia Imloul était l'invitée de LCI, vendredi, à l'occasion de la publication de son rapport sur les familles polygames en France.
Plus d'infosFamilles polygames : un rapport dénonce la situation des enfants

Sonia Imloul, spécialiste des banlieues, auteur d'un rapport sur la polygamie pour le compte de l'Institut Montaigne : On manque de données, mais une étude de l'Ined en 1992 avait estimé autour de 8 000 le nombre de familles polygames en France. En 2006, un rapport de la Commission nationale consultative des Droits de l'Homme parlait de 16 à 20 000 familles. D'après les informations que j'ai pu recueillir, notamment auprès de la police, on en recenserait aujourd'hui entre 40 000 et 50 000. Si vous comptez une dizaine d'enfants par famille polygame, cela porte à au moins 400 000 le nombre d'enfants concernés par cette situation en France. La polygamie reste un phénomène minoritaire, mais les enfants qui vivent dans ce contexte sont en danger.
TF1 News : Pour quelles raisons ?
S.I. : Quand vous avez des tas d'enfants qui cohabitent avec deux mamans dans un F2-F3, c'est évident que dès le départ on ne leur donne pas les mêmes chances de réussite. Ces enfants souffrent de troubles psychologiques et d'échec scolaire précoces. tout est compliqué en permanence : pour faire ses devoirs, pour dormir, pour prendre sa douche. Les enfants n'ont aucun accompagnement personnalisé de la part de leurs parents. Il existe aussi beaucoup de violences intrafamiliales au sein de ces structures familiales, notamment entre les épouses. Ce climat est destructeur. Ces enfants sont en danger parce que pour respirer, ils vont dans la rue. Et on sait bien que dans certains quartiers, quand on traîne dans la rue il n'arrive rien de bon.
TF1 News : Sentez-vous les politiques sensibles à ce problème ?
S.I. : Avant 1993, la polygamie était tolérée. Depuis, une loi a interdit le regroupement familial pour les étrangers polygames. Du coup, on fait comme si c'était réglé. Mais il n'y a pas eu de volonté forte d'enrayer le phénomène. Pour l'instant, il n'y a que des associations qui s'en occupent. Généralement, le problème est que ces femmes sont sans-papiers, elles n'ont pas d'existence. Certaines vivent séquestrées, sans compter le barrage de la langue et le fait qu'elles n'ont pas d'argent car c'est le mari qui touche les allocations familiales. Cela pose des problèmes évidents pour organiser une éventuelle "décohabitation".
TF1 News : Vous demandez la création d'une enquête parlementaire...
S.I. : A partir du moment où on est capable de créer une commission d'enquête pour 367 femmes qui portent la burqa, je pense que l'on peut trouver les moyens de s'intéresser au sort de ces d'enfants. Le sujet ne doit plus rester tabou. N'oublions pas que ces enfants sont nés sur le territoire français. Il faudrait se donner les moyens de mieux cerner le phénomène, en commençant par le quantifier plus précisément. La priorité est de sortir ces femmes et ces enfants de ces situations, en leur assurant un suivi renforcé. Il faut aussi que les préfectures, la CAF et la Sécurité sociale s'impliquent car ce sont les trois administrations les plus directement concernées par cette problématique.
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