Permis : comment les entreprises sauvent les points de leurs salariés

Par , le 05 novembre 2009 à 06h00 , mis à jour le 05 novembre 2009 à 10h23

Des entreprises ont pris l'habitude de payer elles-mêmes les PV de leurs salariés pour leur éviter la perte de points. Une pratique qui pourrait peut-être changer suite à un récent arrêt de la Cour de cassation

Image d'archives/TF1Image d'archives © TF1

Gérard a pour habitude d'utiliser des voitures de fonction. Mais également de rouler trop vite et, donc, d'être régulièrement "flashé". Un jour, la société qui lui avait prêté un véhicule a reçu une amende pour "excès de vitesse" et l'a prié de la régler directement par internet au Trésor public avec sa Carte bleue. Sur le coup, Gérard a rechigné. Mais la société l'a prévenu : si vous réglez, vous n'aurez qu'une amende à payer, car elle est au nom de la Société. Si vous ne réglez pas, nous transmettrons vos nom et adresse au centre de traitement des PV de Rennes qui vous renverra l'amende et pourra, en plus, procéder à un retrait de points sur votre permis. Gérard a vite compris l'astuce. Depuis, à chaque fois qu'il se fait flasher avec une voiture de fonction, il se dépêche de payer l'amende au nom de la société. Et, sur son permis, il possède toujours ses douze points, comme un conducteur très respectueux du code de la route...
 
"C'est effectivement une pratique courante, confie sous couvert d'anonymat à TF1 News le responsable de la comptabilité d'une grande entreprise française. Notre société a pour habitude de régler directement les amendes des salariés bénéficiant d'une voiture de fonction. Par contre, on leur demande de nous rembourser. On sait que l'on profite d'une faille mais cela arrange un peu tout le monde car un salarié qui n'a plus de permis, cela peut aussi poser d'autres problèmes pour l'accomplissement de son travail".
 
Rappel à l'ordre de la Cour de cassation

 
"Cette faille s'explique facilement, note maître Michel Benezra, spécialisé dans la défense des automobilistes (http://www.benezra.fr/). Lorsqu'une infraction au code de la route de type 'vitesse' est constatée par un radar automatique, certaines juridictions de proximité ont pris pour habitude, par facilité ou parce que la photo ne permet pas de reconnaître le conducteur, de condamner directement les sociétés détentrices des véhicules au lieu de condamner le représentant légal de celle-ci, c'est-à-dire le dirigeant de l'entreprise ou son gérant, comme le prévoit pourtant la loi". Un raccourci qui jusque là ne dérangeait personne : la société propriétaire du véhicule puisque l'amende était de toute façon payée par son salarié, le Trésor public puisqu'il encaissait l'argent et le salarié auteur du délit puisqu'il gardait intact son capital points sur son permis.  
 
Sauf que la Cour de cassation, dans un arrêt rendu le 30 septembre dernier, vient de sonner le rappel à l'ordre en rappelant l'interprétation stricte de l'article L 121-2 du code pénal : "lorsque le certificat d'immatriculation d'un véhicule verbalisé pour excès de vitesse est établi au nom d'une personne morale, seul le représentant légal de celle-ci peut être redevable pécuniairement de l'amende encourue et en aucun cas la société elle-même".
 
Divergences d'interprétation
 
"En clair, cela signifie que c'est le patron de l'entreprise ou son gérant qui devra payer l'amende, avec ses deniers personnels, commente pour TF1 News Me Benezra. Cette situation pourrait les pousser à dénoncer leurs salariés, déplore-t-il. En les dénonçant, "ils feront désormais courir le risque à leurs employés, non seulement d'une condamnation à une amende, mais surtout d'une perte de points automatique".
 
Une interprétation que ne partage pas du  tout Jean-Baptiste Iosca, autre spécialiste du droit automobile. "Il faut se garder d'aller bâtir des châteaux en Espagne à partir d'un arrêt de Cassation, explique-t-il. La cour n'a fait que rappeler un principe de droit. Point. Il n'y aura aucune conséquence. Les sociétés, via leurs représentants légaux continueront à payer les amendes, soit avec l'argent des frais généraux soit en demandant à leurs salariés de le faire. Ils n'auront pas plus qu'hier à débourser personnellement leur argent. Cette pratique qui permet d'éviter de perdre des points existe, c'est vrai, mais au même titre que d'autres techniques existent pour contourner le système, comme de faire immatriculer sa voiture de sport au nom de sa petite nièce de 6 mois qui, forcément, n'a pas de permis".
 
Dénoncer la véritable identité du conducteur pourrait pourtant "avoir du bon pour lutter contre certains abus", avoue à demi-mot le comptable d'une société interrogé par TF1 News. "Je connais d'ailleurs une autre grande entreprise qui, devant l'inflation des prunes, a récemment fait un courrier à l'intention de tous ses salariés pour les avertir que désormais leurs coordonnées seront systématiquement transmises en cas d'infraction. Ce n'est pas idiot. Ça responsabilise. Chez nous, c'est sûr qu'il y en a un certain nombre qui devraient rouler en vélo depuis bien longtemps".
 

"Il faut que cesse la complicité tacite"

Chantale Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière :
"Je tiens d'abord à préciser que ce genre de délinquance est une spécificité française dont on n'a pas à s'enorgueillir. Notre association dénonce depuis maintenant trois ans tous ces contournements de la loi. Nous avons demandé à la Chancellerie et à l'Intérieur de réunir un groupe de concertation pour y remédier. La bonne nouvelle est que ce groupe a été constitué il y a 15 jours place Beauvau. Nous espérons obtenir de ce groupe qu'il recense tous les recours ayant eu lieu au cours des cinq dernières années devant les tribunaux administratifs et qu'il liste tous les procédés qui ont permis d'obtenir des annulations de suspension de permis de conduire afin de pouvoir contrer ces dysfonctionnements et faire en sorte que tous ces avocats sans talent aillent gagner leur vie autrement. Car nous ne sommes pas dans un jeu, on joue avec la vie des gens au final.

Il faut aussi que cesse cette complicité tacite entre les patrons et leurs salariés. Nous demandons  que dans les sociétés, et prioritairement celles ayant des camionnettes pour lesquelles les statistiques révèlent un taux d'accident élevé, il y ait obligatoirement un carnet de bord dans le véhicule qui permette de savoir qui a conduit et quand. Ce carnet de bord devra obligatoirement être transmis à la justice si elle le demande. Certaines entreprises sérieuses, soucieuse des règles de sécurité routière le font déjà. Il faut généraliser cette pratique".



 

Par Alexandra Guillet le 05 novembre 2009 à 06:00
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11 Commentaires

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  • catherinelh, le 06/11/2009 à 18h08

    A l'hôpital où je travaille, les chauffeurs toutes catégories confondues (ambulanciers ou simple vaguemestre) est entièrement responsable en cas d'infracton. Points et amendes lui sont remis et cela a beaucoup responsabilisé le personnel.

  • cernunos60, le 06/11/2009 à 07h39

    Belle mentalité! En effet c'est une belle initiative en faveur des salariés , que de protéger des tueurs en puissance. En plus c'est une mesure particulièrement égalitaire.En référence a votre surnom j'espère pour vous que vous n'aurez pas de pépin sur la route. Vous devez faire partie de ces charmantes femmes qui roulent a tombeau ouvert, avec le téléphone rivé sur l'oreille!

  • yannann, le 05/11/2009 à 15h23

    Y'en a marre de se voir sucrer des points... je parle des 1 ou 2 points parce qu'au lieu de 90 j'ai roulé à 103.... en pleine ligne droite, en campagne, pas un chat.... mais une voiture bleue.... et une grosse lumière.... et ma voiture est à mon nom.... pas de chance.... Je constate encore une fois qu'il y a deux poids deux mesures... Mais ça doit être normal.... l'esprit français !

  • gilou663, le 05/11/2009 à 13h48

    Et pour les fonctionnaires, qui est responsable de l'entreprise (ou du ministère) ?

  • ceyen, le 05/11/2009 à 13h38

    Responsabiliser les conducteurs comme c'est écrit dans l'article est , je pense, une bonne chose. Simplement les menacer de dénonciation permettrait de faire réagir les conducteurs et les amènerait à respecter les limitation de vitesse..

  • sk8ergiirl, le 05/11/2009 à 13h25

    Ca dépend de la société. Dans des petites sociétés, c'est des voitures achetées par la société et prêtée aux salariés en cas de besoin !

  • lono579, le 05/11/2009 à 13h14

    Les chauffeurs des personnes politiques (gouvernement et autres) ont ils des PV quand ils dépassent la vitesse autorisée ou autres NON pas de PV donc pas de points en moins Messieurs et Mesdames les Elu (e)s ,montrez d'abord le bon exemple; il faut pas tout mettre les exces de vitesse ( et autres) sur le dos du travail

  • gege2703, le 05/11/2009 à 11h48

    Dans ma boite notre directeur n hesite pas a donner nos noms.et pour moi c est de la delation.on bosse dans une entreprise qui nous demande tjrs le maximum

  • 61clementine, le 05/11/2009 à 11h13

    Il ne faudrait quand même pas blâmer les entreprises qui prennent des "initiatives" en faveur de leurs salariés ... on nous rabat assez les oreilles avec celles qui sont sans cesse accusées de ne rien faire pour leur personnel !

  • franck_lyon, le 05/11/2009 à 08h45

    A henri_bambelle: les voitures de fonction n'appartiennent pas en propre aux sociétés, encore moins aux salariés, mais à des loueurs de voiture ! Impossible donc de confisquer à quelqu'un un bien qui ne lui appartient pas. De toutes façons, il ne faut pas leurrer les gens, seul le fric intéresse. Pour preuve: lorsque nos véhicules de fonction sont flashés, la société de location (propriétaire des véhicules) reçoit les PV, les transmet à notre société, qui elle-même transmet aux conducteurs. Les PV sont toujours accompagnés d'un formulaire demandant la dénonciation du conducteur en infraction, mais les conducteurs n'ont qu'à régler le montant de l'amende, sans retourner le formulaire de dénonciation et ils ne sont jamais inquiétés plus que celà !

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