Mobilisation générale à Gouvieux pour que les enfants restent dans leur famille d'acceuil © DRUn maire qui n'hésite pas à mettre sa voiture en travers de la route et à brandir son écharpe tricolore, ce n'est pas commun. Et quand c'est pour empêcher les services sociaux de venir récupérer des enfants placés dans une famille d'accueil vivant sur sa commune, ça l'est encore moins. Et il n'est pas seul : des dizaines de parents d'élèves se relaient, nuit et jour, pour sécuriser les trajets de ces mêmes enfants entre leur maison et l'école. Depuis une vingtaine de jours, une extraordinaire mobilisation s'est mise en place à Gouvieux, une commune de près de 10 000 habitants, située dans l'Oise.
Tout commence le 6 novembre. Ce jour là, en exécution d'une ordonnance prise par un juge pour enfants, les services de l'Aide sociale à l'enfance du conseil général se présentent au domicile d'une famille d'accueil pour récupérer Sophie*, 10 ans, et son frère Nicolas*, 6 ans, placés là depuis cinq ans, afin de les conduire dans un foyer à Compiègne. Motif : la famille d'accueil "outrepasse son rôle". Devant la mobilisation du maire et de plusieurs de ses administrés, les services sociaux rebroussent chemin. Et dans la crainte qu'ils ne reviennent, une véritable petite armée de l'ombre se met en place.
A sa tête, Nora Fehrat, présidente de l'association des parents d'élèves de l'école du Centre, où sont scolarisés les enfants. Sa fille est dans la même classe que la petite Sophie. Dans sa poche, une liste d'une centaine de portables de parents prêts à faire barrage 24h sur 24. "Comment peut-on reprocher à une famille d'accueil d'outrepasser son rôle en donnant trop d'amour ?", s'interroge-t-elle. On a appris qu'ils avaient demandé le recours à la force publique, mais où est l'urgence, au bout de cinq ans ?" Une situation d'autant plus incompréhensible, selon elle, que le conseil général, en juin dernier, a renouvelé pour cinq ans les agréments de cette famille d'accueil et en ont même délivré un autre pour accueillir un troisième enfant.
"Ces enfants sont mis en dangers !"
Du côté du conseil général, pour des raisons radicalement opposées, on estime la situation tout aussi "scandaleuse" et "surréaliste". "Cette décision n'a pas été prise parce que la famille d'accueil prodiguait 'trop' d'amour. C'est une décision mûrement réfléchie, appuyée sur des faits précis et des expertises dont on ne peut vous révéler le contenu en vertu du secret professionnel. Et c'est une décision, je le rappelle, qui a été validée par un juge qui, contrairement aux habitants de Gouvieux, a eu accès à tous les éléments du dossier", martèle Bérénice Delpal, directrice générale adjointe en charge de la Solidarité.
Le conseil général reproche en particulier le comportement de l'assistante familiale qui héberge les enfants. "Ce qui est incompréhensible, c'est son revirement, alors qu'elle avait elle-même participé à la préparation au transfert de ces enfants vers une maison d'enfants. C'est inacceptable et non professionnel, poursuit Bérénice Delpal. "Elle n'est pas une mère adoptive, mais une employée du conseil général, formée et payée pour aider des enfants à reconstruire des liens familiaux avec leur famille naturelle et non pour y faire obstacle en les empêchant d'aller voir leur mère, par exemple". Et d'ajouter avec fermeté qu''il est urgent de retirer ces enfants". "Volontairement ou non, ils sont mis en danger par leur famille d'accueil. Ils sont otages d'une situation et c'est très grave".
Une analyse que ne partage pas Patrice Marchand, le maire. Il demande à ce que des experts indépendants reprennent le dossier. Dans sa croisade, il a lui-même recueilli les témoignages écrits de "35 gens de la vraie vie" : médecin de famille, voisins, enseignants, associations sportives... "C'est tellement clair ! Le garçon est en CP, la fille en CM2, ils n'ont aucun retard, tout le monde salue les progrès gigantesques faits par ces enfants en cinq ans. Avant d'être placés, ils ont vécu l'horreur, alors, évidement que maintenant qu'ils reçoivent de l'amour, ils sont attachés à leur tonton et à leur tata !".
Procédure d'appel non suspensive
Il y a quelques jours, un avocat a été désigné pour défendre les enfants. Il a fait appel de l'ordonnance du juge. "J'ai vu ces enfants, ils ont trouvé une stabilité dans leur famille d'accueil, ils sont contents d'y être et épanouis, explique Me Arnaud Godreuil. Sophie a clairement émis le souhait de rester chez son tonton et sa tata, et aussi et surtout, de ne pas être séparée de son frère car, comme ils n'ont pas le même âge, c'est ce qui pourrait arriver. Ils sont prêts à voir leur mère biologique, mais à Gouvieux, et pas ailleurs. Je ne suis que le porte-parole de ces enfants mais j'ai l'impression, que dans ce dossier, on a oublié l'essentiel : demander leur avis".
Egalement contacté par TF1 News, l'avocat de la famille d'accueil n'a pas souhaité, tout comme sa cliente, faire de déclaration. "C'est trop tôt. Une procédure est engagée. La lumière doit être faite sur les motivations de cette décision de réorientation pour savoir si elle est conforme à l'intérêt des enfants, qui est le seul qui prime", a simplement déclaré Me Grégory Gance.
Après le coup de force du 6 novembre, le maire dit vouloir "jouer l'apaisement". Il a rencontré par deux fois le président du conseil général pour lui demander d'attendre la fin de la procédure d'appel. Pour l'instant, les forces de l'ordre ne sont pas intervenues, mais la vigilance reste de mise car selon lui, "le conseil général a fait plusieurs tentatives mesquines pour tenter de récupérer les enfants". L'appel de la décision du juge n'étant pas suspensif, les Godviciens ont décidé de rester mobilisés "tout le temps qu'il faudra". Le maire prévient qu'il ne "mollira pas". Il entend bien obtenir gain de cause pour ces enfants, comme il y a 8 ans, dans une affaire similaire, pour un autre petit garçon qui, depuis, selon ses dires, mène une vie d'adolescent épanoui dans sa ville.
*les prénoms ont été modifiés
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