Toute une ville mobilisée pour garder deux enfants

Par , le 26 novembre 2009 à 13h20 , mis à jour le 26 novembre 2009 à 13h24

Maire, parents d'élèves et voisins sont mobilisés depuis 15 jours à Gouvieux, dans l'Oise, pour empêcher les services sociaux de récupérer deux enfants placés en famille d'accueil afin de les transférer dans en foyer.

Mobilisation générale à Gouvieux pour que les enfants restent dans leur famille d'acceuilMobilisation générale à Gouvieux pour que les enfants restent dans leur famille d'acceuil © DR

Un maire qui n'hésite pas à mettre sa voiture en travers de la route et à brandir son écharpe tricolore, ce n'est pas commun. Et quand c'est pour empêcher les services sociaux de venir récupérer des enfants placés dans une famille d'accueil vivant sur sa commune, ça l'est encore moins. Et il n'est pas seul : des dizaines de parents d'élèves se relaient, nuit et jour, pour sécuriser les trajets de ces mêmes enfants entre leur maison et l'école. Depuis une vingtaine de jours, une extraordinaire mobilisation s'est mise en place à Gouvieux, une commune de près de 10 000 habitants, située dans l'Oise.

Tout commence le 6 novembre. Ce jour là, en exécution d'une ordonnance prise par un juge pour enfants, les services de l'Aide sociale à l'enfance du conseil général se présentent au domicile d'une famille d'accueil pour récupérer Sophie*, 10 ans, et son frère Nicolas*, 6 ans, placés là depuis cinq ans, afin de les conduire dans un foyer à Compiègne. Motif : la famille d'accueil "outrepasse son rôle". Devant la mobilisation du maire et de plusieurs de ses administrés, les services sociaux rebroussent chemin. Et dans la crainte qu'ils ne reviennent, une véritable petite armée de l'ombre se met en place.

A sa tête, Nora Fehrat, présidente de l'association des parents d'élèves de l'école du Centre, où sont scolarisés les enfants. Sa fille est dans la même classe que la petite Sophie. Dans sa poche, une liste d'une centaine de portables de parents prêts à faire barrage 24h sur 24. "Comment peut-on reprocher à une famille d'accueil d'outrepasser son rôle en donnant trop d'amour ?", s'interroge-t-elle. On a appris qu'ils avaient demandé le recours à la force publique, mais où est l'urgence, au bout de cinq ans ?" Une situation d'autant plus incompréhensible, selon elle, que le conseil général, en juin dernier, a renouvelé pour cinq ans les agréments de cette famille d'accueil et en ont même délivré un autre pour accueillir un troisième enfant.

"Ces enfants sont mis en dangers !"

Du côté du conseil général, pour des raisons radicalement opposées, on estime la situation tout aussi "scandaleuse" et "surréaliste". "Cette décision n'a pas été prise parce que la famille d'accueil prodiguait 'trop' d'amour. C'est une décision mûrement réfléchie, appuyée sur des faits précis et des expertises dont on ne peut vous révéler le contenu en vertu du secret professionnel. Et c'est une décision, je le rappelle, qui a été validée par un juge qui, contrairement aux habitants de Gouvieux, a eu accès à tous les éléments du dossier", martèle Bérénice Delpal, directrice générale adjointe en charge de la Solidarité. 
 
Le conseil général reproche en particulier le comportement de l'assistante familiale qui héberge les enfants. "Ce qui est incompréhensible, c'est son revirement, alors qu'elle avait elle-même participé à la préparation au transfert de ces enfants vers une maison d'enfants. C'est inacceptable et non professionnel, poursuit Bérénice Delpal. "Elle n'est pas une mère adoptive, mais une employée du conseil général, formée et payée pour aider des enfants à reconstruire des liens familiaux avec leur famille naturelle et non pour y faire obstacle en les empêchant d'aller voir leur mère, par exemple". Et d'ajouter avec fermeté qu''il est urgent de retirer ces enfants". "Volontairement ou non, ils sont mis en danger par leur famille d'accueil. Ils sont otages d'une situation et c'est très grave".
 
Une analyse que ne partage pas Patrice Marchand, le maire. Il demande à ce que des experts indépendants reprennent le dossier. Dans sa croisade, il a lui-même recueilli les témoignages écrits de "35 gens de la vraie vie" : médecin de famille, voisins, enseignants, associations sportives... "C'est tellement clair ! Le garçon est en CP, la fille en CM2, ils n'ont aucun retard, tout le monde salue les progrès gigantesques faits par ces enfants en cinq ans. Avant d'être placés, ils ont vécu l'horreur, alors, évidement que maintenant qu'ils reçoivent de l'amour, ils sont attachés à leur tonton et à leur tata !".
 
Procédure d'appel non suspensive
 
Il y a quelques jours, un avocat a été désigné pour défendre les enfants. Il a fait appel de l'ordonnance du juge. "J'ai vu ces enfants, ils ont trouvé une stabilité dans leur famille d'accueil, ils sont contents d'y être et épanouis, explique Me Arnaud Godreuil. Sophie a clairement émis le souhait de rester chez son tonton et sa tata, et aussi et surtout, de ne pas être séparée de son frère car, comme ils n'ont pas le même âge, c'est ce qui pourrait arriver. Ils sont prêts à voir leur mère biologique, mais à Gouvieux, et pas ailleurs. Je ne suis que le porte-parole de ces enfants mais j'ai l'impression, que dans ce dossier, on a oublié l'essentiel : demander leur avis".

Egalement contacté par TF1 News, l'avocat de la famille d'accueil n'a pas souhaité, tout comme sa cliente, faire de déclaration. "C'est trop tôt. Une procédure est engagée. La lumière doit être faite sur les motivations de cette décision de réorientation pour savoir si elle est conforme à l'intérêt des enfants, qui est le seul qui prime", a simplement déclaré Me Grégory Gance.

Après le coup de force du 6 novembre, le maire dit vouloir "jouer l'apaisement". Il a rencontré par deux fois le président du conseil général pour lui demander d'attendre la fin de la procédure d'appel. Pour l'instant, les forces de l'ordre ne sont pas intervenues, mais la vigilance reste de mise car selon lui, "le conseil général a fait plusieurs tentatives mesquines pour tenter de récupérer les enfants". L'appel de la décision du juge n'étant pas suspensif, les Godviciens ont décidé de rester mobilisés "tout le temps qu'il faudra". Le maire prévient qu'il ne "mollira pas". Il entend bien obtenir gain de cause pour ces enfants, comme il y a 8 ans, dans une affaire similaire, pour un autre petit garçon qui, depuis, selon ses dires, mène une vie d'adolescent épanoui dans sa ville.  
 
*les prénoms ont été modifiés

Par Alexandra Guillet le 26 novembre 2009 à 13:20
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14 Commentaires

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  • odilerenee, le 27/11/2009 à 09h50

    Bonjour,j'ai connu ce problème,23 ans famille d'accueille a boran sur oise,11 enfants élevés,avec des bonnes études,et les 2 derniers(frères)7 ans a la maison,1er en classe primaire,retiré la veille de noel,"tout le monde m'a soutenu,signatures, lettre s des enseignants,village,je n'ai pas osé appeler les médis,on m'a retiré pour 3 mois mon agrément ,pour me le rendre pour 5 ans,"heureusement les enfants nous ont toujours ecrits meme sans timbre sur l'enveloppe,et app teleph.en cachette,aujourd'hui c'est nous qu'ils appellent,ecrivent,et nous parle de leurs amis a boran/"""souvent cela se passe quand les équipes ont peur que les enfants fassent pas la part des choses,pour eux on fait un travaille,et non donner de l'amour,,comment reconstruire un enfant qui a eu une cassure ,hélas cela n'a pas changer,surtout sur ce depart..ou je lis beaucoup de cas similaire

  • lavie844, le 27/11/2009 à 06h46

    C est vraiment du n importe quoi trop d amour ne tue pas surtout pour des enfants placès bravo a tous ses habitants de mener ce combat pour ses enfants

  • michel64320, le 26/11/2009 à 19h48

    Ils craignent peut être pour leur développement intellectuel

  • madylna, le 26/11/2009 à 17h47

    Cela n'as rien à voir avec le sujet évoqué ici...

  • cfrjl71, le 26/11/2009 à 15h51

    Je suis actuellement en cour de licensiment je gardais deux enfants depuis 5 ans il mon etait retire en juin dernier le motif etait qu ils ne trouvez pas leur place dans notre famille il sont partie sans meme pouvoir nous dire enrevoir je trouve ca horrible comment voulez vous que c est enfants est une vie stable avec se que leur font subir les service sociaux

  • margaux1942, le 26/11/2009 à 15h31

    Mes félicitations à la ville qui a su se mobiliser sur ce problème !!! L'essentiel, c'est l'intérêt des enfants !!!

  • valivranje, le 26/11/2009 à 15h31

    Malheureusement ne faut-il pas en arriver à ça pour faire respecter ce qui semble juste, franchement il y a vraiment des décisions de la part des juges ou l'on n'y comprend rien. La chance pour ses enfants de s'en sortir car donner de l'amour à des enfants est-ce un crime? Ils faudraient quelques fois revoir la copie des juges ou alors nous expliqués...

  • margaux1942, le 26/11/2009 à 15h29

    Tout à fait d'accord avec vous !!! Un enfant n'est pas un objet qu'on déplace aun nom de règlements qui auraient besoin d'être dépoussiérés !!! Qu'on commence par demander leur avis aux enfants concernés au lieu de se fier à des rapports de fonctionnaires qui, très souvent, n'en ont rien à faire de l'avis des principaux intéressés !!!

  • franck575, le 26/11/2009 à 15h27

    Je dirais meme que si ces gens formidables qui ont le courage de ce mobiliser pour préserver la vie de ces 2 enfants ont besoin d'un soutien national, je suis près et je pense de nombreuse personne aussi a faire plusieurs centaines de kilometres pour les soutenirs dans leur action. Il est grand temps de remettre en question ces services sociaux qui n'ont de sociaux que le nom et pour qui la psychologie des familles et des enfants importe peu !!

  • bobbif, le 26/11/2009 à 14h47

    Ce maire que vous dépeignez sous les traits d'un héros défenseur des enfants est le même qui il y a 3 semaines, au retour des vacances de la Toussaint, a annoncé sa décision unilatérale de fermer toute une école primaire (l'école des Aigles, pour être plus précis). Ceci sans la moindre concertation préalable, le conseil municipal n'ayant même pas été consulté sur cette question. Le motif invoqué est assez léger, puisqu'il s'agirait paraît-il de résoudre une équation budgétaire, alors que la mairie s'aventure régulièrement dans des projets immobiliers hasardeux, avec la contribution de nos deniers. L'objectif serait de fermer cette école, qui est pleine et a de bons résultats, pour aller combler les classes vides d'une autre école située au centre, et qui se dépeuple. Et pour cause: l'école privée tout proche voit ses effectifs exploser! On ferme donc une école pour compenser les faiblesses d'une autre, et ce sans la moindre concertation... Précision: la fermeture est annoncée pour la rentrée de Septembre, le maire jure que rien n'est décidé, mais est trop occupé pour nous recevoir avant janvier ou février, quand tout sera joué quant aux affectations des enseignants... Une tentative a été faite de mettre le sujet à l'ordre du jour du conseil municipal de lundi, l'édile a daigné consacrer 15 minutes aux parents présents, et a conclu sur une menace : "ne m'entraînez pas sur le terrain politique, je suis plus fort que vous". Est-ce que TF1 pourrait réaliser une enquête sur ce déni de démocratie et cet abus de pouvoir?

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