Catastrophe de Malpasset : "Notre chaos a commencé après l'apocalypse"

Par , le 02 décembre 2009 à 04h00 , mis à jour le 02 décembre 2009 à 13h55

Témoignage - 50 ans après la rupture du barrage du Var, qui a fait 423 morts le 2 décembre 1959, la douleur reste à vif parmi les habitants de Fréjus. Simone, 12 ans à l'époque, raconte cette "rupture totale" dans sa vie. Plus d'un millier de personnes ont assisté mercredi aux premières cérémonies du drame.

[Expiré] [Expiré] barrage catastophe de Malpasset drame © AFP

"Une énorme explosion puis les hurlements de locomotives lancées à pleine vitesse, qui approchent dans un grondement abominable..." 2 décembre 1959, 21h13, le barrage de Malpasset, en amont de Fréjus, dans le département du Var, se rompt. 50 millions de mètres cube d'eau déferlent en une vague boueuse de 40 mètres de haut, dans la vallée du Reyran, balayant tout jusqu'à la mer. En à peine une heure, 423 personnes perdent la vie, 2000 familles sont sinistrées, des champs entiers de cultures dévastés. Du barrage, il ne reste rien. C'est la plus grande catastrophe civile de l'histoire de France du XXe siècle.
 
50 ans après cette tragédie qui marqua le monde entier, Simone Mercier, née Infantilino, se souvient. Cette institutrice à la retraite avait 12 ans à l'époque. Son "modeste foyer" se trouve alors à 8 km du barrage. Ce soir là, elle participe à la veillée avec sa mère et sa tante. A l'étage, ses frères de 11 et 15 ans ; son père, son oncle et ses deux cousines, arrivés il y a six mois d'Italie. L'atmosphère est paisible autour du coin du feu. "Soudain, on a entendu une énorme explosion puis les hurlements de locomotives lancées à pleine vitesse, qui approchent dans un grondement abominable..." 21h15. Le mur de la maison s'écroule, un torrent se déverse. Trou noir. "Je me suis évanouie. Je me suis réveillée dans la boue. Nue. Accrochée à un arbre. Il faisait nuit. Je voyais des scintillements. Je pensais que c'était la fin du monde", témoigne-t-elle auprès de TF1 News.
 
"Je passais mes journées à regarder défiler les cadavres"
 

Lentement, la voix empreinte de douleur, Simone Mercier raconte son apocalypse. "Mes frères étaient à côté de moi. Sains et saufs. Il faisait tellement froid. On s'est blottis les uns contre les autres". Les trois enfants sont les seuls rescapés de la famille. Alertés par leurs cris, c'est un abbé qui viendra les secourir. Les envelopper dans une couverture. Les transporter à l'hôpital. Souffrant d'une plaie à la jambe, Simone Mercier y restera trois semaines. "J'avais le nez collé à la vitre. Il y avait installé une chapelle ardente. Je passais mes journées à regarder un défilé de cadavres. Marrons, déformés, monstrueux." Elle ne sait pas qu'elle est devenue orpheline, comme quelques 80 autres enfants.
 
Pour les vacances de Noël, Simone et ses frères sont invités tous les trois à la cour impériale d'Iran. "Je n'ai pas aimé, raconte-t-elle aujourd'hui. Notre chaos a commencé après l'apocalypse. C'est après qu'on réalise ce qui s'est passé. C'était une rupture totale, la rupture du barrage et la rupture dans nos vies". Si l'élan de solidarité nationale et internationale a connu une ampleur phénoménale, au sein de la ville, les rescapés ne surmontent pas ensemble le cataclysme. Isolement, dépression... "J'étais dans ma bulle et je n'arrivais pas en sortir", confie Simone Mercier. Après l'hôpital et les vacances en Iran, l'adolescente sera envoyée, seule, en pension à Cannes. 50 ans après, elle arrive tout juste à évoquer cette "énorme explosion" et cette vague boueuse qui envahit sa vie.

Aucune infraction, aucun vice dans la conception de l'ouvrage

Ce barrage-voûte avait coûté près de 5 milliards de francs (de l'époque). Si l'opinion publique traumatisée met en cause la minceur du mur de retenue et des tirs de mine pour la construction d'une autoroute proche, la justice tire un trait sur la catastrophe: "Aucune infraction aux règles de l'art ni aucun vice dans la conception de l'ouvrage et la façon dont furent exécutés les travaux", n'ont été commis à Malpasset, tranche la justice en 1967.

 

Par Amélie Gautier le 02 décembre 2009 à 04:00
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17 Commentaires

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  • 12234455, le 02/12/2009 à 16h54

    Je me souviens très bien de ce drame, j'avais à peine 11 ans et j'habitait en région parisienne. Au delà des polémiques que cette catastrophe suscite je me la rappelle très bien. C'était un soir pendant la piste aux étoiles à la télévision. Le lendemain matin nous sommes réveillés pendus aux informations et au collège tout le monde ne parlait que de cela. Toute la France était mobilisée pour venir en aide aux victimes du drame du ''Malpassset. A Pâques nous sommes partis avec mes parents en t'rain à Nice et je crois que nous avons été un des premiers trains à passer depuis le drame. Là j'ai vu de la fenêtreet j'ai encore le souvenir d'un un paysage apocalyptique avec une immense mer de boue et la fin d'un wagon qui en emmergeait. 50 ans après je m'en souviens encore.

  • nez-creux, le 02/12/2009 à 16h17

    Déja il n'y a rien de marrant et de plus les techniques n'étaient pas les mêmes que maintenant ,50 ANS....

  • roy2222, le 02/12/2009 à 13h17

    Elle est bien bonne celle là, les ouvrages romains qui restent sont ceux qui ont tenu ! Combien d'ouvrages romains ont disparu à cause du feu, des inondations, des éruptions volcaniques, des tremblements de terre ? Et puis faut voir dans quel état ils sont ces fameux ouvrages. Une ruine même quand on ne s'en occupe pas reste une ruine.

  • annreg, le 02/12/2009 à 13h11

    Allez voir les ruines de ce barrage et profitez pour voir les vestiges de l'acqueduc romain qui amenait l'eau de Mons a Frejus 40 kms conçu au 1 ou 2 siècle tout ça sans ordinateur

  • laurem-b34, le 02/12/2009 à 12h28

    Ce n'est pas la peine de chercher a savoir le pourquoi du comment; Cette catastrophe,comme celle de la mine de Courrieres, comme tant d'autres ,ce sont des gens qui restent pour toujours des accidentés de la vie; Pensons plutot aux victimes;Et a leur famille;Et a ce qu'on a fait ou pas pour eux ensuite;

  • roy2222, le 02/12/2009 à 12h08

    Oui le barrage était en beton armé et oui c'est une faille qui a cédé mais voilà, mettait vous un peu à la place des ingénieurs de l'époque. Ils n'avaient pas les même outils d'analyse et de mesure (imaginez la tête des ordinateur de l'époque ! Votre PC est plus puissant que le plus gros calculateur de l'époque). Depuis cette catastrophe, on a inventé de nouveaux concepts, on a compris pourquoi la faille a cédé et à l'époque personne n'aurait pu prévoir. N'oubliez pas que la construction de barrage est une excellence française, nous sommes parmi les meilleurs au monde sinon les meilleurs. L'homme qui est à l'origine du barrage de malpasset est une grande figure de cette excellence, il est mort quelque mois après la rupture du barrage d'un cancer et il est mort sur son premier échec (il est mort avant les conclusions de l'enquête).

  • ed731, le 02/12/2009 à 10h39

    Vous dites que c'est "la plus grande catastrophe civile de l'histoire de France du XXe siècle". Vous oubliez la mine de Courrières en 1906, où l'accident fit officiellement 1099 morts.

  • danielediaz, le 02/12/2009 à 10h39

    Les aqueducs et autres ouvrages romains sont encore debout, des bâtiments construits il y 2 siècles n'ont pas bougé, les pyramides Mayas et Egyptiennes etc....sont debout, et au milieu du XXème siècle on a tout oublié des techniques de construction? La plupart des ouvrages construits de nos jours ne dureront pas dans le temps: malfaçon, économie de matériaux ou corruption, et il faut pouvoir reconstruire dans trente ou quarante ans pour garantir l'activité économique, la croissance.

  • yann-87, le 02/12/2009 à 10h08

    Suite à lecture de cet article, ce qui fait peur c'est la future gestion de barrages EDF par des sociétés encore plus privées (changement de gestionnaire prévisible lors des renouvellements de concession) puisque l'entretien est du ressort du gestionnaire...

  • kilian0611, le 02/12/2009 à 10h07

    J'ai été voir il y a quelques temps les ruines de ce qu'il reste de ce barrage et de penser a ce qui c'est passé ca vous prend les tripes

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