Affiche de la campagne d'appel aux dons de l'OIP (janvier 2010) © DRL'affiche que les Parisiens ont pu découvrir ces derniers jours dans le métro joue la sobriété apparente : derrière des barreaux, un homme, à moitié dissimulé par le bord de l'image, fixe le passant. Le slogan qui l'accompagne est nettement plus accrocheur : "Si ça peut vous aider à donner, dites-vous que cet homme est un chien". Derrière cette affiche, l'Observatoire international des prisons (OIP), qui milite pour le respect des droits des détenus. "Délibérément provocatrice, l’assimilation du prisonnier à un animal se veut bien évidemment réactive à la rhétorique sécuritaire qui, stigmatisant certains auteurs d’infractions par l’usage de termes comme "monstres" ou "prédateurs", sous-tend qu’ils perdent leur qualité d’être humain", explique l'OIP.
C'est la première fois que l'organisation lance une telle campagne publique d'appel aux dons. Outre la fameuse affiche diffusée dans le métro, la campagne se déroule à travers des publications dans la presse nationale. Avec un espoir : "contredire l’idée selon laquelle nos concitoyens seraient totalement indifférents au sort réservé, en leur nom, aux personnes détenues". Pour l'OIP, c'est un peu un acte de foi : la seule fois, en 1996, où l'OIP avait appelé à soutenir son action à travers une simple page de communication dans le quotidien Ouest-France, "on s'était pris une veste", se souvient Patrick Marest, son délégué national. Non seulement les dons n'avaient pas afflué, mais l'OIP avait dû affronter lettres d'injure et coups de téléphone anonymes.
Choquer, mais pas gratuitement
Cette fois, la campagne de l'OIP veut choquer mais "pas gratuitement": "A la prison de Vars (Isère), les cellules du quartier disciplinaire font 4,5 m2. Une cage de chenil, c'est 5 m2", affirme la présidente de l'organisation, Florence Aubenas. Du coup, les réactions sont nombreuses : "Certains font des dons en disant : c'est bien, pour une fois, on ne fait pas pleurer, d'autres poussent des cris, mais je suis surprise du niveau : il n'y a pas de torrent de protestations sur le mode : de toute façon, ils sont au trou, autant qu'ils en bavent. On a des discours cohérents argumentés", analyse-t-elle. Tout en reconnaissant : "Les conditions de détention, c'est un sujet qui offre un espace de communication assez étroit. On est toujours pris entre deux discours : celui dans lequel tout le monde est d'accord pour dire que la France est lanterne rouge de l'Europe et celui qui présente les détenus comme des types assis en charentaises devant la télé dans une cellule 4 étoiles".
La France a, en effet, régulièrement été montrée du doigt par les instances européennes pour la situation "alarmante" de ses prisons. "Une honte pour la République", selon les mots mêmes de Nicolas Sarkozy en juin 2009. La ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie a annoncé cette semaine une nouvelle hausse du nombre de détenus ayant mis fin à leurs jours (115 en 2009). Elle a qualifié ces chiffres de "dramatiques". Mais ces superlatifs impressionnent peu l'opinion publique, regrette Véronique Vasseur, ancien médecin chef de la Santé dont le livre témoignage avait créé l'événement, il y a dix ans.
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