Les dégâts de la tempête Klaus sur la forêt dans la commune de Saint-Avit, près de Mont-de-Marsan (25 janvier 2009) © Jacques Lefebvre-BilliezIl y a un an tout juste, le 24 janvier 2009, la tempête Klaus frappait le sud-ouest de la France, et tout particulièrement le département des Landes. Outre les dégâts impressionnants aux voies de communication, lignes électriques et bâtiments, et des milliers d'habitants privés d'électricité et de moyens de communiquer pendant des jours, la forêt, la plus grande d'Europe, était dévastée. Et les sylviculteurs tâchaient de faire un premier bilan de leurs pertes : cinq années de production par terre. Or, ils avaient déjà mis un genou au sol lors de la grande tempête de décembre 1999. Face à l'urgence, le 13 février, Michel Barnier, ministre de l'Agriculture de l'époque, venait sur place annoncer un plan en faveur de la filière bois sinistrée. Un plan que l'Etat chiffrait alors à un milliard d'euros, mais les sylviculteurs dénonçaient déjà des chiffres biaisés, puisque sur le milliard annoncé, la plus grande partie devait en fait provenir, non de l'Etat, mais des banques par le biais de prêts bonifiés à hauteur de 50 à 80%, et des collectivités locales elles-mêmes déjà assommées par la catastrophe.
Voilà pourquoi, depuis un an, les sylviculteurs sont KO debout devant des paysages de désolation qu'il leur faudra des décennies pour effacer. Selon Christian Pinaudeau, secrétaire général du syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest, "pas un centime ou presque n'est arrivé dans la poche des exploitants". Et il dénonce : "On s'est foutu de nous. Sur les 600 millions d'euros de prêts bonifiés annoncés par le gouvernement, seulement 80 ont été débloqués et maintenant il est trop tard".
L'existence de la plus grande forêt d'Europe en jeu
Les professionnels de la filière bois estiment que 37 millions de m3 de bois, pour l'essentiel du pin maritime, sont tombés à terre, et que 200.000 hectares de forêts ont été touchés, dont les trois quarts à plus de 60%. Face à l'ampleur du désastre, Christian Pinaudeau fustige une aide mal gérée, par le biais d'un "système non sécurisé dépendant de la volonté des banques". Car les banques rechignent à prêter à des exploitants agricoles qui ne donnent pas de garanties suffisantes de solidité financière. Ce qui est tout sauf évident quand leur production est détruite.
Pour le syndicat des sylviculteurs, 134 millions d'euros de subventions ont été affectés au transport au bénéfice des acheteurs de bois pour qui cette crise est "une aubaine", selon le secrétaire général du syndicat, alors que les cours se sont effondrés parfois de plus de 80%. "L'enlèvement des châblis est loin d'être terminé : 40% sont effectués et pour certains propriétaires, on commence à peine", précise Pierre Lesgourgues, directeur du Centre régional de la propriété forestière (CRPF). "En stockage, on va atteindre les 4 millions de tonnes dont seulement 2,5 millions est du bois d'oeuvre. Le reste est du bois bleu, du bois de trituration", dit-il.
Dans le plan Barnier, 415 millions d'euros de subventions ont été affectés au nettoyage et au reboisement des parcelles mais le financement s'étalera sur huit ans. "Les propriétaires doivent faire l'avance", déplore Christian Pinaudeau qui réclame désormais 1000 euros supplémentaires par hectare. "Les 2750 euros à l'hectare prévus vont servir à payer les entreprises de travaux : il ne restera rien ou presque dans la poche des sylviculteurs", ajoute-t-il. Pierre Lesgourgues souligne que "les propriétaires n'ont pas trouvé la valorisation des bois qu'ils attendaient", et sans l'assurance forêt promise depuis la tempête de 1999, toujours en suspens, ils pourraient baisser les bras. "Si nous ne sommes pas entendus, nous ne resterons pas les bras croisés", prévient Christian Pinaudeau, qui prévoit déjà des actions spectaculaires et des recours. Le risque de voir la forêt se réduire et rester en l'état serait pour lui "une catastrophe économique et écologique". C'est l'existence même de la forêt qui est en jeu d'autant que nombre de sylviculteurs envisagent de se tourner vers d'autres productions et se disent prêts à demander la levée de l'obligation de reboisement s'ils ne sont pas entendus.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




