Au jeu du foulard, les enfants sont perdants

Par , le 12 février 2010 à 10h32 , mis à jour le 12 février 2010 à 10h50

Interview - Comment déceler si son enfant joue à un jeu dangereux ? Tous les enfants sont-ils concernés ? Comment prévenir ? Isabelle Thomas a perdu un enfant, décédé du jeu du foulard en 1999. Elle est vice-présidente de l'association des parents d'enfants accidentés par strangulation.

En 2009, le jeu du foulard, qui consiste à se faire évanouir, a fait une quinzaine de victimes, contre 12 en 2008. jeudi, dans le cadre de la Loppsi 2, les députés ont décidé, à l'unanimité, de modifier le code pénal pour sanctionner la diffusion sur internet d'images incitant les enfants à des jeux dangereux et parfois mortels, comme le jeu du foulard. Isabelle Thomas a perdu un de ses enfants en 1999, décédé du jeu du foulard. A l'époque, personne ne connaissait ce jeu, personne n'en parlait. Les enquêteurs avaient conclu au suicide. Depuis, elle fait de la prévention dans les écoles. Elle est vice-présidente de l'association des parents d'enfants accidentés par strangulation*.

Plus d'infos


TF1 News : on parle toujours du "jeu du foulard", mais il en existe plusieurs variantes ...
Isabelle Thomas :
Le jeu du foulard se décline sous plusieurs formes et donc sous plusieurs noms en fonction de l'âge des enfants : jeu de la tomate, rêve indien, rêve bleu ou encore baiser du dragon. Dans tous les cas, le but des participants est de se faire évanouir, car le manque d'oxygène permet d'arriver à une sensation planante, hallucinatoire. Les enfants veulent faire une expérience sur leur corps, le problème est qu'ils le connaissent mal.
 
TF1 News : Ce jeu dangereux touche des jeunes de quel âge ?
I.T. :
ca va de 4 à 14-15 ans. A la maternelle, c'est plutôt le jeu de la tomate avec des enfants qui vont se regarder entre eux et s'amuser à arrêter de respirer pour voir qui tient le plus longtemps. Quand ils sont un peu plus grands, ils apprennent à tourner sur eux-mêmes rapidement pour se faire ralentir le rythme cardiaque et l'arrivée d'oxygène au cerveau, ce qui provoque une forme d'évanouissement. Autre variante, ils se compressent les carotides entre eux pour arriver à cet évanouissement plus rapide. Même si cela n'entraîne pas systématiquement la mort, ce genre de jeu peut aboutir à des mauvaises chutes et surtout détruit un certain nombre de cellules dans le cerveau qui ne se reproduiront jamais. Et quand on en réchappe on peut avoir des lésions à vie. A ce jeu, les enfants sont perdants. En général à partir de 14-15 ans, les enfants passent à autre chose.
 
-Y-a-t'il un profil type d'enfant attiré par ce genre de jeu?
I.T. :
Pas vraiment. Si on devait décrire un profil, ce serait un enfant très curieux, bien dans sa vie, avec des projets d'avenir et qui a juste envie de tester quelque chose de nouveau avec son corps.
 
-TF1 News :Vous avez décrit des pratiques collectives, dans la cour d'école, mais dans l'actualité de ces derniers mois, il y a eu plusieurs cas d'enfants morts seuls dans leur chambre, pendus au bout d'une écharpe ou d'une ficelle ?
I.T. :
Quand les enfants ne sont pas dans le groupe qui pratique le jeu à l'école, ils essayent de le tester seul chez eux, en pensant qu'ils pourront desserrer le lien eux-mêmes, et ils vont décéder à cause de cela. La plupart du temps, on les retrouve pendus à un lit superposé ou même à une poignée de porte ou de fenêtre, avec les mains autour de leur cou. Parmi les enfants retrouvés seuls, il y a aussi ceux qui sont devenus dépendants à ce jeu, qui aiment planer, au même titre que les drogués.
 
-TF1 News : Et le rôle d'internet dans tout ça ?
I.T. :
Dramatique ! C'est une source d'information énorme et les enfants arrivent à aller sur des sites leur décrivant les techniques pour faire le jeu du foulard.
 
-TF1 News : Que peuvent faire les parents pour prévenir ce genre d'accidents ?
I.T. :
Il faut qu'ils en parlent avec leurs enfants, même si eux n'en parlent pas. Au même titre qu'on leur dit très tôt 'Vous ne mettez pas de sacs sur la tête' ou 'Tu traverses la rue sur le passage clouté pour pas être écrasé', il faut leur dire 'On ne joue pas à s'étrangler'. Et puis, ils doivent apprendre à leurs enfants à savoir dire 'non', qu'ils ne sont pas obligés d'adhérer à tout ce que font leurs copains, surtout quand on touche à l'intégrité du corps humain.
 
-TF1 News : Quels sont les signes qui doivent éventuellement alerter les parents ?
I.T. :
Il peut y avoir différents signes comme des traces rouges autour du cou, des joues rouges aussi parfois, des maux de tête à répétition ou des troubles visuels et bourdonnement passagers, et aussi des défauts de concentration importants.
 
-TF News : Et que doivent faire les chefs d'établissements scolaires ?
I.T.
: Faire passer notre message mais ce n'est pas toujours évident. Malgré tout, depuis septembre 2007, ils ont une consigne en début d'année pour faire une séance de prévention auprès des enfants sur les jeux du foulard et, plus généralement, les jeux dangereux à la cour de récréation. Depuis un an, je trouve que les services publics sont plutôt réceptifs à ce problème.
 
*cette interview a été réalisée en décembre 2009.

Par Alexandra Guillet le 12 février 2010 à 10:32
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

8 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • lina452, le 13/02/2010 à 19h54

    Pas de panique, mais il n'est jamais trop tôt pour en parler. Et en reparler de temps à autre. Ma fille de 6 ans a eu le hoquet, et pour l'arrêter, elle bloquait sa respiration. Rien de méchant ! Mais j'en ai profité pour lui expliquer que certains enfants pouviaient l'inciter à bloquer sa respiration le plus longtemps possible, et que c'est très dangereux. Bon courage !

  • ilesmarquises, le 12/02/2010 à 22h05

    Non mikecostin, désolée, mais le jeu du foulard et "colin-maillard" çà n'a rien à voir. Colin-maillard, c'était un foulard ou une écharpe qu'on mettait sur les yeux et on devait retrouver ses camarades. Rien de bien méchant et ce n'était pas dangereux. Aucun rapport avec le jeu du foulard où les gosses "jouent" à s'étrangler. Cela s'est avéré beaucoup plus dangereux et souvent mortel.

  • sk8ergiirl, le 12/02/2010 à 18h11

    J'ai entendu parler du jeu du foulard en 1999, j'avais 12-13ans. J'en ai entendu parler quand mes parents m'ont posé des questions savoir si on y jouait. Je n'en avais jamais entendu parler avant.

  • mikecostin, le 12/02/2010 à 15h38

    Bonjour mounette575 Je comprends votre angoisse , mais ne cédez pas à la psychose, avec ce froid glacial et neige sur toute la France, les joues rouges et maux de tête beaucoup doivent en avoir, moi le premier et j'ai 54 ans. S'il n'y a aucune petite marque au niveau de son cou et cela se voit, dormez tranquille Mais c'est tout à votre honneur de maman de s'inquiéter du sort de son enfant. courage et pas de panique cordialement Thierry

  • mikecostin, le 12/02/2010 à 14h54

    Bonjour à tous et à LCI Nous avons tous joué étant jeune, ( j'ai 55 ans ) en été à la mer à faire des concours de celui qui resterait en apnée le plus longtemps, mais ce n'était pas violent comme maintenant. Quand au jeu du foulard dans les années 60, nous y avont tous joué , ceux de ma génération, mais cela s'appelait ; " colin-maillard ". Je ne sais pas si c'est la TV, internet ( quand on sait que sur internet on donne le mode d'emploi pour se tuer ou faire des bombes, cela me donne froid dans le dos) ou un mélange des deux qui rend aussi fous ces pauvres gamins; il est vrai que l'avenir n'est pas tout rose pour eux, problème d'emploi , exclusion pour certains etc etc... Enfin c'est toujours très triste de perdre un enfant. Cordialement et amités à tous Thierry

  • 13kinou, le 12/02/2010 à 12h58

    Je crois que la prédiction des Gaulois est justifiée, le ciel leur est tombé sur la tête ! Nos gamins sont fous ! Mais qu'est ce qui leur passe par la tête pour qu'ils en soient arrivés là ? Je crois qu'à trop vouloir les rendre "intelligents", on les a lobotomisés !

  • baal_, le 12/02/2010 à 12h47

    En 1999 on connaissait pas le jeu du foulard mais tous les parents ne l'ont pas attendu pour expliquer à leurs gamins que leur propre santé était largement plus importante que l'estime d'une bande d'imbécile, et que pour faire la différence entre les deux fallait utiliser sa jugeote.

  • mounette575, le 12/02/2010 à 11h35

    Je trouve ça trés flippant... mon fils est rentré de l'école avec les joues rouges et un mal de tête à l'en faire pleurer. Il n'a que 7 ans. Je lui parlerais ce soir...

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      • Le grand quiz de l'info
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        Nous recommandons
        logAudience