"Moi, Florence Aubenas, femme de ménage"

Par , le 22 février 2010 à 10h53 , mis à jour le 22 février 2010 à 17h27

Chronique - Pendant six mois, la journaliste est devenue une demandeuse d'emploi anonyme. De cette immersion, elle a tiré un livre "Le quai de Ouistreham", un récit diablement efficace sur cette "France d'en bas".

Florence Aubenas © Patrice Normand/Temps-machine

Elle est devenue le "prolongement d'un aspirateur". De février à juillet 2009, Florence Aubenas s'est glissée dans la peau d'un travailleur précaire. Celui qui galère à trouver un emploi. Celui qui survit grâce au système D. Celui qui illustre tant de reportages sur la crise. Cette crise justement, on ne parlait plus que de ça. Et la journaliste avait l'impression de ne plus pouvoir en rendre compte faute de pouvoir la saisir. Alors, elle est partie la "palper", voir les choses à hauteur d'être humain, se plonger dedans corps et âme en cherchant un CDD à Caen anonymement. De cette expérience d'immersion, elle a fait un livre, Le quai de Ouistreham.

A son arrivée dans la cité normande, Florence Aubenas se dégotte une chambre meublée, se bricole un CV avec le bac pour seul bagage et s'invente une histoire : celle d'une femme au foyer de 48 ans plaquée par son homme. Son nom, elle le garde. Et c'est seulement les cheveux teints en blond et attachés, les lunettes sur le nez qu'elle écume les boîtes d'intérim et pousse la porte de Pôle Emploi. Seules deux personnes feront le rapprochement avec l'ex-otage en Irak dont le portrait avait été affiché sur toutes les mairies de France.

Pas de travail mais des heures

L'agence issue de la fusion entre les Assedic et l'ANPE est le passage obligé du chômeur. Il lui faut s'y rendre régulièrement, éplucher les petites annonces, rencontrer son conseiller, mettre son dossier à jour. Florence Aubenas raconte comme personne le "calme soucieux" qui règne dans ce grand hall "où rien n'invite à s'attarder", les courants d'air, les couleurs fadasses, les sempiternelles files d'attente, la lassitude des conseillers, pris en tenaille entre la directive de faire du chiffre et la réalité du marché de l'emploi. La journaliste la connaît, la situation, elle sait que les CDI sont rares, voire inexistants, elle sait qu'on peut se faire virer du jour au lendemain mais n'empêche, elle reste persuadée de décrocher un travail rapidement. D'ailleurs à la conseillère, elle affirme, la bouche en cœur, être "prête à tout". "Comme tout le monde", la décontenance l'employée de Pôle Emploi.

La question

Appréciez-vous la démarche de Florence Aubenas ?

Oui
Non

 

Les horaires anarchiques, les salaires de misère mais aussi l'humiliation, la fatigue... Les "filles", comme s'appellent entre elles les femmes de ménage, sont une population corvéable à merci, vulnérable à l'excès, usée jusqu'à la corde. Pour autant, ce monde transparent ne se plaint jamais. Malgré la dureté des situations décrites, faites d'isolement et d'épuisement, le récit de Florence Aubenas est plein de vie, d'humour même. Les portraits qu'elle brosse de ses compagnons d'infortune sont extrêmement touchants, jamais misérabilistes. Il y a Françoise à la grosse voix rassurante de cow-boy, Philippe le gentil dragueur qui aime se balader à Intermarché, la touchante Marilou... Et la journaliste n'a pas son pareil pour leur donner la parole sans jamais les juger : retranscrire les moments de rigolade, de fraternité et de solidarité. Bref, redonner un peu de visibilité à un monde invisible.

Le quai de Ouistreham, Editions de l'Olivier, 270 pp, 19 euros

Par Amélie Gautier le 22 février 2010 à 10:53
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78 Commentaires

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  • thefinou49, le 24/02/2010 à 14h59

    Ouh ouh les gens, réveillez-vous.... elle a fait exprès, pour relater la vie des smicarts, de se plonger 6 mois dans une autre vie. c'est plutôt une bonne cause non ?

  • tf1new, le 24/02/2010 à 14h36

    ""Le quai de Ouistreham"" drole de" nom" pour se livre !!!

  • patoune13127, le 23/02/2010 à 15h36

    Pour répondre a ilesmarquises je travaille dans une très grosses société de nettoyage de plus je suis déléguées du personnel et je peut assurer qu il n y a pas trop de solutions a part des acquit qu ont a déjà et il sont maigre les gens ne font plus trop le bras de fer avec leur patron car le vie est dure et ont a pas trop le choix alors ont ce contente de garder ca place mais c est vrai qu il faut faire beaucoup d heure pour avoir un salaire convenable car l ont est payer au smic et pour moi ce n est pas assez mais les conventions du nettoyage sont vraiment très dérisoire mais merci a FLORENCE AUBENAS d avoir cite ce métier qui est très dur merci encore

  • klaus73, le 23/02/2010 à 14h04

    Merci dexter-oo7 pour votre remarque saisissante de vérité.

  • ilesmarquises, le 23/02/2010 à 14h04

    En réponse à a.1.2.c.4 (message du 22/02 à 15h26)..... .. Oui, oui, il y a des fonctionnaires qui font des heures supplémentaires..... Et il y en a sûrement plus que vous ne croyez..... La prochaine fois, prenez la peine de vous informer avant de poster un commentaire, çà vous évitera de dire des inepties ! pffffff !!

  • baal_, le 23/02/2010 à 13h06

    Se faire du fric avec un livre, quel courage ... Vite vite, une médaille. Y a justement un reporters de guerre qui devait en avoir une, mais il a aucun mérite à côté d'elle ...

  • anne539, le 23/02/2010 à 13h04

    Bonjour je remercie florence aubenas d'avoir eu le bon sens d'attirer l'attention sur une catégorie méprisée par la société je suis employée d'immeuble, et la fafigue des ménages, je connas il faut le vivre pour le comprendre voilà une excellente contribution au débat sur la pénibilité dans ce genre de boulot, on arrive à 45 ans complètement épuisée...sans compter les problèmes de santé qui ne nous épargnent pas je tiens à préciser que les femmes qui font des ménages sont aussi intelligentes que les autres

  • baal_, le 23/02/2010 à 13h04

    @shadow04 dans une fourmilière il n'y a pas de soins, de sécu, le services (gratuits ou presque), etc ... Il n'y a pas non plus de police, d'armée ni d'héritage. Franchement si la société vous dérange, y a suffisamment de pays où règne l'anarchie pour que vous trouviez votre bonheur. Quant à l'objectivité de ce que vous dites, si les entreprises de nettoyage étaient si rentable, y en aurait à tous les coins de rue. A contrario si les contrats étaient si importants, aucune entreprise n'utiliserait leurs services ...

  • grace75000, le 23/02/2010 à 10h33

    Moi aussi j'ai fait tous types de travails et combien meme je travaillais souvent en CDD et interim je ne me sentais pas malheureuse (plutot valorisée par cette remise en question et cette quete d'apprendre tout le temps des choses nouvelles !!) mais un jour l'age avancant il a fallu faire un choix et pensant faire le bon j'ai passé un concours et suis rentrée dans une grande "administration"...depuis ce jour le ciel m'est tombée sur la tete !!! depuis bientot 2 ans je suis dans un placard (raisons diverses et variées) suite à une restructuration volontaire du service pour évincer mon poste qui ne servait plus à rien !!! Jamais je n'aurai pensé en arrivé là après autant d'années de galère dans le privé !!! deménager sans arret pour y arriver et se retrouver dans cette situation M... Et quand on pense que tant de personnes aimeraient etre fonctionnaire aujourd'hui !!! alors si c'est pour la securite de l'emploi aujourd'hui ce n'est plus vrai car on n'embauche plus vraiment ...quelques concours mais surtout des CDD et vacataires et rester à son poste à quel prix ??? à la limite du fil qui va casser comme tant ont fait chez France Tél ??? J'aimerais tant me reconvertir mais là encore pas évident meme si j'ai trouvé une ecole gratuite ...et prendre une dispo on en peut vivre d'amour et d'eau fraiche...je dois continuer à payer mes charges fixes et quelques factures (sans credit à conso car je fais tjrs tres gaffe à tout cela meme en etant fonctionnaire...on n'a ^pas tous des gros salaires dans la FP ! En attendant quand je travaillais dans le privé il y avait au moins une chose dont je savais pourquoi je me levais le matin et pour laquelle j'allais travailler : faire avancer l'Ets dans laquelle j'etais embauchée et payée à la fin du mois !!!

  • thierry34280, le 23/02/2010 à 08h10

    Pas pour le devenir mais obligation de stage entre 2 mandats par exemple

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