Faut-il rouvrir les maisons closes ?

Par , le 18 mars 2010 à 17h09 , mis à jour le 18 mars 2010 à 17h49

Débat - Un sondage révèle que 59% des Français seraient favorables à la réouverture des maisons closes. La députée UMP Chantal Brunel est pour, afin de mieux protéger les prostituées. Le président de l'association Mouvement du nid, Bernard Lemettre, s'y oppose farouchement, au nom du respect de la dignité des femmes.

TF1/LCI : Prostituées sur la voie publiqueProstituées sur la voie publique © TF1/LCI

A la question "faut-il rouvrir les maisons closes ?", les Français répondent "OUI" à 59%, révèle un sondage réalisé par l'institut CSA pour Le Parisien. Les hommes sont très largement favorables à cette réouverture (70%), les femmes un peu moins (49%), mais la principale nouveauté de ce sondage c'est que les opposants sont de moins en moins nombreux. Ils sont 10% contre 26% il y a sept ans. Les maisons closes ont fermé leurs portes en France en 1946.

La question de leur réouverture a été soulevée récemment par la députée UMP Chantal Brunel. Auteur d'un livre, Pour en finir avec la violence faite aux femmes*, elle fait également partie d'un groupe de travail sur la prostitution mis en place par le ministère de l'Intérieur et dont la première réunion se tiendra le 25 mars prochain. L'association Mouvement du nid, qui aide depuis plusieurs décennies les prostituées à s'en sortir s'oppose farouchement à ces maisons closes. Voici leurs argumentaires.

"Il faut sortir de la clandestinité"

POUR Chantal Brunel, député UMP de Seine-et-Marne. La prostitution est un sujet que l'on n'aborde pas car il est sensible et difficile. Et comme la classe politique est essentiellement masculine et qu'un homme ne peut pas évoquer ce sujet, on a un vrai problème. Lorsque le délit de racolage passif a été créé en 2003, je l'ai voté en pensant que c'était une bonne idée. Mais sept ans plus tard, je me rends compte qu'on n'a fait qu'éloigner la prostitution du cœur des villes vers les forêts et Internet. Et il semblerait que beaucoup de prostituées, poussées à la clandestinité, soient à la merci de réseaux mafieux et soient traitées très difficilement. Il est plus facile de faire de la destruction d'êtres humains dans ces conditions. Qui plus est, la clandestinité ne permet pas aux associations de s'en occuper. Aujourd'hui, nous avons des maisons de dressage, avec des femmes en position de semi-esclavage. On ne peut pas les laisser comme cela.
Plus que de maisons closes, je suis pour la création de maisons ouvertes destinées aux  femmes qui ont fait de la prostitution leur métier, qui paient leurs impôts et qui sont indépendantes, c'est-à-dire des femmes qui peuvent en sortir quand elles veulent. Elles pourraient se regrouper à plusieurs, en colocation par exemple. Cela permettrait d'offrir notamment de meilleures conditions de suivi médical ou financier. Ce qu'il faut se dire, c'est que la prostitution a toujours existé et elle existe toujours. Ce n'est pas la peine de le nier ou de dire qu'on va la supprimer. Alors autant l'encadrer et ainsi la protéger des réseaux mafieux et des réseaux de traite d'humains qui ne s'épanouissent que dans la clandestinité. Je ne sais pas quelles sont les solutions, je ne suis pas une spécialiste, mais il faut plancher sur cette question et c'est ce que nous allons faire avec le groupe de travail créé au ministère de l'Intérieur.


Les maisons closes : "du proxénétisme organisé et blanchi"

CONTRE Bernard Lemettre, président du Mouvement du nidC. e sondage montre que les gens réagissent plus au niveau du confort de la prostitution que sur ce qu'est vraiment la prostitution. Que ce soit dans le bois de Boulogne ou sur le velours d'une maison close, il n'ya pas de meilleur lieux que d'autres. C'est toujours le même métier et c'est toujours de l'exploitation humaine pour de l'argent. Une maison close c'est d'abord et avant tout une entreprise criminelle. C'est le même système que l'esclavage ! Chantal Brunel ne propose rien de moins qu'un proxénétisme bien organisé et blanchi. Cette députée en veut-elle tellement aux femmes pour vouloir les enfermer? Elle veut les protéger, mais de quoi ? La prostitution, c'est de la soumission, de la domination et de l'exploitation. Et je ne crois pas que des prostituées puissent exercer ce métier volontairement et sans contrainte. Depuis 1975 en France, j'ai écouté et accompagné des centaines d'ex-prostituées. Quand elles sont dedans il y a un discours de justification, quand elles en sortent, il y a le discours réel : la souffrance et le mépris.
L'association s'occupe aussi de prostituées qui étaient dans des bordels en Belgique. On ne sait pas tout, mais généralement elles y travaillent de 14h jusqu'à 3-4 h du matin, dans une espèce de semi-obscurité et dans l'alcool. Voter une loi qui autoriserait cela en France, serait inacceptable. La France a ratifié en 1949 le texte suivant : "la prostitution et le mal qui l'accompagne, à savoir l'exploitation de la personne humaine en vue de la prostitution, est incompatible avec la dignité et la valeur de la personne humaine et met en danger l'individu, la famille et la communauté". Pourquoi le gouvernement actuel ne le reprend pas ? De même, ce sont aujourd'hui les femmes qui paient les conséquences à travers le racolage passif, à savoir jusqu'à 3500 euros d'amende et deux moins de prison ferme. Pourquoi n'applique-t-on pas cette loi aussi aux clients ? Car qui finance les mafias ? Qui finance les proxénètes ? C'est l'argent de ces clients. Il ne sert à rien d'interdire la prostitution. Il faut l'abolir par l'éducation, mais cela prendra des dizaines d'années, car elle fait partie de la culture.

 
*Pour en finir avec la violence faite aux femmes, éditions le Cherche-Midi, 17 euros.


 
Par Alexandra Guillet le 18 mars 2010 à 17:09
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123 Commentaires

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  • toussinette, le 26/03/2010 à 02h10

    Tout à fait d'accord. Je suis une femme et je suis pour les maisons closes, j'ai laissé un commentaire mais je pense que l'on ne publiera pas. Je suis une ex parépatéticienne, dommage, j'ai plein de choses à dire surtout aux femmes qui ne comprennent pourquoi leurs maris fréquentent "ces femmes"

  • toussinette, le 26/03/2010 à 02h07

    Je suis pour la réouverture de ces maisons. Je suis une ex parépatéticienne : au début par obligation (la première année, ensuite "pour mon compte") Je pense que cela éviterait pas mal de viols. la nature humaine fait qu'il y a des phantasles à assouvir (féminin ou masculin) s'il y a des personnes acceptant de les satisfaire pourquoi allez chercher contre leur volontés les personnes non consentantes ? Contrairement à ce que pense certaines personnes, nous sommes aussi assez psychologues dans ce métier (vous pouvez sourire, les personnes qui ont pratiqué ce métier me comprendront) Il faudrait ce que cela soit réglementer : des impôts à payer : pas de problèmes. Considérer ce "travail" , car c'est un travail, comme n'importe lequel job. Je vois dans tous les commentaires que des "naïfs",. Ont-ils une seule essayer de parler avec des personnes pratiquant "le plus vieux métier du monde". j'ai arrêter en 1983, il est vrai qu'on n'oublie jamais, mais aujourd'hui les personnes que je côtoie (bien qu'il ne connaisse pas mon ancien métier) me demande conseil car j'ai une approche de la vie certainement différente des personnes soi disant "dans la légalité". J'ai connu des chirurgiens, des magistrats, des peoples, et des personnes avec des problèmes de couple (n'osant pas demander à leur conjoint ce que l'on me demander, et pourtant si simple, ah si les humains pouvait se parler) et ce n'était pas que pour le sexe, souvent c'était pour des conversations vraies, un moment où ils n'ont pas à faire "bonne figure pour la société", être un être humain tout simplement et pouvoir ce confier à une personne qui n'attend rien d'eux (ok à part les quelques euros pour le temps passé, normal c'est la vie : plus personne ne fait plus rien gratuitement, dommage). Oh puis zut, réfléchissez avant de porter des jugements et le monde ne peut que s'en porter mieux.

  • zaza13101965, le 23/03/2010 à 09h09

    Il faudrait peut etre demander aux principales interessées non?? je ne pense pas que dans les personnes ecrivant les commentaires ici, beaucoup - enfin je ne sais pas - frequentent les prostituées! comme il s agit de leurs conditions de travail, c'est à elles de dire ce qu elles prefereraient.car si une de temps en temps effectivement à choisi cette voie, combien sont contraintes et forcées???

  • ludovic77100, le 22/03/2010 à 09h30

    Moi je suis consterné de voir que ce sont ceux ( celles ) qui connaissent le moins le monde la prostitution qui en on le regard le extrémiste et plus dénué de sens ...

  • anne342, le 22/03/2010 à 08h24

    Je suis consternée de voir comment le "OUI" l'emporte dans les commentaires publiés ???? Suis allée sur les avis il y a deux jours et du ménage a été fait - merci de publier car je suis outrée de voir comment nos propos sont utilisés en France

  • ludovic77100, le 21/03/2010 à 17h24

    Mais que croyez vous ? Elle n'était pas seule, elle m'a parler de la misère et de l'asservissement de certaines mais aussi du choix de beaucoup ! Et les associations je les est plus que côtoyer, je fais partis de deux associations d'aide et de soutiens donc je sais de quoi je parle ...

  • lucien31, le 21/03/2010 à 14h38

    Je vais en decevoir certains, je n'ai jamais à 55 ans était voir une prostituée. Mais j'ai eu l'occasion de discuter avec deux , et en plus deux jolies femmes. Sachez qu'elles préfèrent satisfaire les hommes et parfois se font plaisir plutôt que de travailler caissière pour une paye dérisoire. Elle gagne pas mal d'argent , elle sont imposables et paient leurs impôts. Bravo à elles , beaucoup ne le feraient pas, et en plus elles donnent du plaisir à des hommes qui sont demandeurs et parfois des handicapés qui ne euvent avoir une vie sexuelle normale. Maintenant, OUI, pour les maisons closes, cela fera rentrer de l'argent dans les caisses de l'Etat et surtout je l'ai déjà dit offriera la sécurité , les protègera des proxénètes et l'hygiène et un toit à certaines femmes qui font cela sur le bord des routes au risque de leur vie. Ainsi la prostitution sera mieux contrôlée en France. respect

  • ilesmarquises, le 21/03/2010 à 11h37

    C'est sûr, on a bien compris que votre tante était prostituée, vous le répétez à chaque post ! Mais pour une personne qui s'en est sortie sans séquelles (et encore çà reste à prouver), il y en a combien qui sont détruites psychologiquement ? Beaucoup de témoignages vont dans ce sens, bien que, pour certaines, elle pratiquaient "de leur plein gré". Vous devriez plutôt vous informer auprès des associations qui les côtoient tous les jours au lieu de vous limiter à l'avis d'une seule personne !

  • ludovic77100, le 21/03/2010 à 09h09

    Donc si ou vous écoute, aucune femme ne se prostitue de son plein gré, aucune femme na fait de porno de son plein gré, aucune femme ne pose a demi nu de son plain gré, bref les hommes sont responsables de tout les maux de la femme qui elles ne sont que que des anges ? Si on suit l'étroitesse de votre raisonnement mesdames, on peut même supposer que dans tout acte malveillant d'une femme, ou simplement un acte "immorale" il y a un homme qui tire les ficelles ? Pour information ma compagne et ma tante ( qui fut une prostitué mais qui n'en est pas moins une bonne mère de famille ) sont plié en deux a lire vos commentaires ( et je ne les oblige en rien je vous assure elle sont pleinement libre de leurs actes et de leurs pensées )

  • paradisieme, le 21/03/2010 à 04h13

    Malgré vos bonnes idées, la prostitution n'est pas prête de s'éteindre. Le mot "maisons closes" devrait déjà changer peut-être en "maisons ouvertes"ou autre. au moins, si celles-ci étaient réouvertes, elles devraient l'être avec un suivi médical, assistance sociale car combien de filles en arrivent là à cause de la drogue pour payer leurs doses. Le gros problème est qu'elles sont sous l'emprise de proxénètes qui verraient d'un mauvais ?il l'ouverture de ces maisons. Quant à ces maisons, il ne faudrait pas qu'elles soient tenu par des mères "maquerelles" qui demandent une rentabilité comme le font les proxénètes. C'est un sujet vieux comme le monde et avant de prendre des mesures, peut-être faudrait-il demander l'avis des intéressées sous couvert d'anonymat bien sur. Cela me fait penser un peu à ces SDF qui refusent les hébergements et préfèrent rester dans la rue avec leurs raisons bien à eux, même s'il nous est parfois difficile de comprendre leur choix.

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