Sigle du Département des sciences du comportement de la gendarmerie © DRLe 28 janvier dernier, Jacques et Thérèse Prévost, retraités sans histoire, sont retrouvés morts dans leur pavillon de Pont-Sainte-Maxence, dans l'Oise. L'assassin, entré sans effraction, s'est acharné sur les victimes, leur assénant pas moins de 87 coups de couteau. Une barbarie qui a tôt fait d'émouvoir l'opinion publique. Mais l'affaire a aussi projeté sous les spots médiatiques un métier peu connu : celui de profileur. Lors d'une conférence de presse, le procureur de la République de Senlis a, en effet, annoncé qu'il sollicitait l'aide du Département des sciences du comportement (DSC) de la gendarmerie nationale. Objectif : obtenir un profil psychologique du ou des tueur(s), toujours en fuite(s) à ce jour.
Retraités de Pont-Saint-Maxence : le meurtrier présumé écroué
Un des deux jeunes hommes, dont TF1 News avait appris la mise en garde à vue mercredi, a avoué le meurtre d'un couple de retraités en janvier dernier à Pont-Saint-Maxence dans l'Oise.
Publié le 20/05/2010
Retraités tués à Pont-Sainte-Maxence : 2 gardes à vue en cours
<b> Info TF1 News </b> Deux personnes sont entendues depuis mercredi matin par les gendarmes dans l'affaire du meurtre sauvage d'un couple de retraités, le 29 janvier, dans leur maison de Pont-Sainte-Maxence.
Publié le 19/05/2010
Retraités assassinés : les gendarmes lancent un appel à témoins
Les gendarmes chargés de l'enquête sur le meurtre d'un couple de retraités la semaine dernière à leur domicile de Pont-Sainte-Maxence ont lancé mercredi un appel à témoins pour tenter de retrouver le véhicule des victimes.
Publié le 03/02/2010
Mystère autour du double-meurtre de retraités
Pourquoi ce couple de 76 ans a-t-il été poignardé à mort dans son pavillon de Pont-Sainte-Maxence dans l'Oise ? Deux jours après la découverte de leurs corps, la question reste sans réponse.
Publié le 31/01/2010
Retraités tués dans l'Oise: un homicide "d'une grande violence"
La procureure a révélé samedi que le couple retrouvé mort vendredi dans son pavillon de Pont-Sainte-Maxence avait été tué de nombreux coups à l'arme blanche.
Publié le 30/01/2010
Un couple de retraités "sauvagement" assassiné
Les deux octogénaires, retrouvés morts mardi dans leur pavillon de Viry-Châtillon après un incendie, ont bien été victimes d'un crime crapuleux.
Publié le 07/11/2008
Police Justice : Profession "profileur"
Cette semaine, l'équipe de PJ s'est rendue au Fort de Rosny-sous-Bois, en région parisienne, où se trouve les quatre profileurs de la gendarmerie nationale. Focus sur un métier peu connu, à mille lieux des clichés renvoyés par les séries américaines.
Publié le 04/03/2010
Créé en 2003, le DSC est une unité unique en son genre en France. Composé de quatre analystes comportementales et de trois enquêteurs, il n'intervient que sur les crimes les plus complexes pour dresser, à partir des indices laissés sur la scène, les traits de caractère du ou des tueurs et ainsi permettre aux enquêteurs d'orienter leurs investigations. Si aux Etats-Unis ou au Canada, les profileurs sont connus de longue date et servent à alimenter les scénarii de bon nombre de séries télévisées, le DSC made in France cultive la discrétion, installé à l'abri des remparts du fort de Rosny-sous-Bois, en région parisienne.
"Au début, les séries télévisées ont permis de faire connaître notre métier, mais très vite on est tombés dans la caricature, en dégageant des analystes comportementaux une image de médium, à la limite de l'ésotérisme, avec des héros qui ont des flashs sur les scènes de crime. Ces images galvaudées nous ont desservi car notre travail est en réalité très scientifique, même si on reste dans le domaine des sciences humaines", regrette le capitaine Marie-Laure Brunel-Dupin. Bardée de diplômes universitaires en psychologie, criminologie et droit pénal, cette jeune femme de 34 ans est l'une des pionnières du service.

Le capitaine Marie-Laure Brunel-Dupin est l'une des quatre analystes comportementales du DSC de la gendarmerie.
Alors, il a fallu commencer par convaincre les collègues gendarmes, méfiants vis-à-vis de cette discipline récente. Et les rassurer aussi. "La vocation du DSC n'est pas d'arriver sur une scène de crime et de dire 'poussez-vous on va résoudre l'enquête', rappelle le colonel Francis Hubert, patron du Service technique de recherches judiciaires et de documentation, dont dépend le DSC. La vocation, c'est d'orienter les enquêteurs par rapport à la détermination d'un profil psychologique d'auteur. C'est un outil supplémentaire au même titre que la police technique et scientifique, la recherche d'empreintes etc...". "A nous seuls on ne résout rien, confirme le capitaine Brunel-Dupin. Nous ne sommes qu'un rouage de plus dans l'enquête". "Aujourd'hui, les tabous sont tombés, affirme-t-elle. Il faut savoir qu'un enquêteur est prêt à utiliser tous les outils mis à sa disposition pour résoudre son affaire. Et si on est encore là après 2003, c'est que ça fonctionne".
Les "signaux d'alerte"
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| Le colonel Francis Hubert, chef du STRJD |
La particularité du DSC est qu'il ne traite que des affaires les plus complexes et, de fait, les plus sordides : les agressions sexuelles en série, les rapts d'enfants et, surtout, les homicides dès qu'ils sortent de l'ordinaire. Des mutilations, des inscriptions laissées sur le corps, une position humiliante, l'acharnement déployé ou le nombre d'armes utilisées sont autant de "signaux d'alerte comportementaux", qui justifient son intervention. Ce fut le cas, par exemple, lors de la disparition du jeune Antoine, à Issoire, en septembre 2009 ou lors de la mort de Valentin, 11 ans, frappé de 44 coups de couteaux à Lagnieu, dans l'Ain, en juillet 2008. En 2009, le service a été saisi d'une trentaine de dossiers.
A chaque fois qu'il s'agit d'un homicide, comme pour le cas des deux retraités de Pont-Sainte-Maxence, le DSC envoie systématiquement trois personnes sur les lieux du drame : deux analystes, qui pourront ensuite confronter leurs perceptions, et un enquêteur appelé "référent police judiciaire", chargé de récupérer tous les éléments du dossier (rapports d'experts, photos, PV d'auditions etc...). "Quand nous sommes sur place, nous ne disons jamais rien. On regarde, on s'imprègne, on note tous les éléments qui peuvent nous servir", explique Marie-Laure Brunel-Dupin. De retour à Rosny, l'analyse du profil commence. Si l'affaire est un peu ancienne, cela prendra trois semaines. Si elle est urgente, les premiers éléments seront envoyés sous 48 heures au magistrat.
Un protocole scientifique très strict
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| Le capitaine Brunel-Dupin et le lieutenant Daniel Roussette, référent police judiciaire |
S'inspirant de son homologue canadien, le DSC a mis au point avec l'aide de correspondants scientifiques un protocole très rigoureux. L'une des étapes de ce processus consiste à alimenter un tableau reprenant tous les items qui composent une scène de crime sur le plan comportemental. Il y en a 160, classés en six catégories : "agressivité", "opérationnel", "émotionnel", "circonstanciel", "sexuel" et "relationnel". Les questions sont simples, mais d'une précision clinique. Dans la catégorie "opérationnel" on trouve ce type d'interrogations : le criminel est-il venu à pied ou en voiture ? Y a-t-il eu effraction ? L'auteur est-il venu avec une arme ou l'a-t-il trouvée sur place ? " Avec ce type de tableau, on s'empêche toute part de subjectivité et on a une vue complète de tout ce qui a pu se passer ou pas sur une scène de crime. Cela nous permet d'être sûrs de n'avoir rien oublié et de structurer notre analyse intellectuelle", explique le capitaine Brunel-Dupin.
Autre précaution prise pour ne pas influencer le travail des profileuses : leurs collègues référents police judiciaire, installés dans des bureaux vitrés situés juste de l'autre côté du couloir, s'occupent de purger le dossier de toutes les pistes émises par les gendarmes en charge de l'affaire sur le terrain. "Ces hypothèses et la liste des suspects ne leur sont divulguées qu'une fois le profil psychologique spécifique du criminel terminé, explique l'un d'eux, le capitaine Marc Mazert. "On entre alors dans une seconde phase qui consiste à confronter ce profil spécifique au parcours des suspects, afin de fixer un ordre de priorité dans les investigations à mener par les enquêteurs. L'objectif est de leur permettre d'accélérer leur travail".
Un métier qui "n'en jette pas"
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| Le capitaine Marc Mazert, l'un des trois référents police judiciaire du DSC |
Outre les portraits psychologiques de tueurs ou de violeurs échappés dans la nature, le DSC est compétent pour procéder à des analyses comparatives de cas et essayer de déterminer s'il existe ou non une sérialité, notamment en matière de violences sexuelles. Le service peut aussi être amené à prêter main forte lors de certaines auditions de garde à vue lorsque le suspect présente un profil complexe.
"C'est sûr que c'est un métier difficile qu'on exerce par passion et pas par obligation, confie le capitaine Brunel-Dupin, dont le calme et la douceur de voix tranchent avec la violence des scènes qu'elle doit affronter. Mais on est animé par la volonté que les auteurs soient arrêtés et que justice soit faite pour les victimes. C'est ce qui nous permet de tenir". Et à l'heure où les séries comme Esprits criminels ou The Mentalist cartonnent, Marie-Laure et ses trois collègues profileuses restent très discrètes sur leur boulot : très peu de personnes de leur entourage savent vraiment ce qu'elles font. "On n'utilise jamais le mot profileuse, au mieux on dit que l'on est analyste comportementale mais plus généralement on dit juste que l'on est gendarme. Comme ça, ça n'en jette pas du tout, et on est tranquille !", lancent deux d'entre elles, en coeur, dans un éclat de rire.
| Les Cold Cases, l'autre apanage des profileurs |
Chaque année, le DSC est également saisi de quatre à cinq dossiers vieux de 15 ou 20 ans qu'un magistrat a décidé de ressortir pour voir si une approche comportementale ne permettrait pas de mettre en avant certains éléments passés inaperçus à l'époque. "Le regard est forcément nouveau puisque c'est un regard sous l'angle de l'analyse comportementale et non plus de l'analyse d'enquête", explique le capitaine Marc Mazert. Les éléments que nous fournissons aux magistrats constituent des éléments de procédure susceptibles de permettre la réouverture d'une enquête". |
Pour aller plus loin, écoutez l'émission PJ de LCI Radio, consacrée aux experts comportementaux de la gendarmerie.
- PJ : Profession "profileur" - 29 min 37 s
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