© AFPTF1News : La revue Golias a publié sur son site internet une lettre datant de 2001, dans laquelle un cardinal du Vatican félicite un évêque français, Mgr Pierre Pican, de ne pas avoir dénoncé à la police un prêtre auteur d'abus sexuels. Ce prêtre a depuis été condamné à 18 ans de prison. Cela vous surprend-il ? Le célibat des prêtres, contesté par une part de l'opinion catholique, est remis en question par deux évêques en Belgique, où l'Eglise est ébranlée par un scandale de pédophilie sans précédent. Après les témoignages d'abus et les cas de suicides révélés par une commission sur les affaires de pédophilie dans l'Eglise belge, le primat de Belgique promet "une disponibilité maximale pour les victimes", et de "tirer les leçons" des erreurs passées. Margaret Kennedy, fondatrice d'une association d'aide aux victimes d'abus sexuels commis par des prêtres, interpelle le Vatican et compte remettre à Benoît XVI, qui sera au Royaume-Uni dans quelques jours, un recueil de témoignages. L'Eglise catholique de Belgique, secouée par des scandales de pédophilie, publie une partie des 475 témoignages de victimes de prêtres recueillis par une commission ad hoc. Elle révèle que treize de ces victimes se sont suicidées - un geste directement lié au traumatisme subi. Procédures accélérées, durée augmentée de 10 ans pour la prescription et assimilation des abus sexuels sur des handicapés mentaux à la pédophilie : le Vatican durcit les règles contre la pédophilie.
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Le Vatican durcit les règles contre la pédophilie

Jacky Cordonnier, historien des religions : Non, cette révélation vient juste s'ajouter à toutes les autres. Ce qui est encore moins surprenant, c'est que Mgr Pican qui, dans cette lettre reçoit le soutien d'un cardinal, a montré au début du mois d'avril qu'en plus il n'éprouvait aucun remords. Il a déclaré que si c'était à refaire il le referait, il ne dirait rien. C'est quand même difficile à entendre. L'Eglise continue d'accumuler les erreurs de communication.
TF1News : On a le sentiment d'une absence totale de contrôle de la communication sur cette question de la pédophilie au Vatican.
J.C. : Le grand paradoxe de cette affaire, c'est que l'on a un pape, Benoît XVI, qui est certainement celui qui a fait le plus pour la lutte contre la pédophilie au sein de l'Eglise catholique, et en même temps il est celui qui accumule le plus de tuiles. Cela tient à la fois à sa personnalité, qui est à l'opposé de celle de Jean-Paul II, et au fait qu'il n'a pas de porte-parole. Je m'explique. Alors que Jean-Paul II était un grand communicant, Benoît XVI est ce qu'on appelle une "intelligence froide" : un homme brillant, qui est dans la prière et le travail. La communication, il ne sait pas faire. Et à 83 ans, il ne va pas changer.
L'autre grande différence, c'est que Jean-Paul II avait un porte-parole, ce qui unifiait le discours, et il tenait sa Curie. Benoît XVI, lui, n'a pas de porte-parole officiel. Le père Fédérico Lombardi est juste responsable de la salle de presse mais c'est un jésuite, et contrairement à ce que disent certains médias, il n'est pas le porte-parole du Vatican. Lui-même s'en défend. Autre point, Benoît XVI ne tient pas sa Curie. Son entourage est en-dessous de tout, on ne pourrait pas faire pire. C'est lamentable et intolérable ! Le tort de Benoît XVI est peut-être de laisser faire. Et en même temps il n'était pas près à ce feu médiatique. Je dis d'ailleurs souvent que Ratzinger est "le pape de la peur". Il a été élu parce que tout le monde pensait qu'il était le plus connu, que c'était un proche collaborateur de Jean-Paul II et qu'avec lui il n'y aurait pas de soucis. Quel piège ! C'est tout le contraire ! On n'a jamais eu un tel bazar.
TF1News : Dans ce "bazar", le cardinal Tarcisio Bertone, numéro deux du Vatican, a fait un lien il y a quelques jours entre pédophilie et homosexualité, suscitant une nouvelle vague d'indignations.
J.C. : Les propos de ce cardinal sont inadmissibles. Il n'existe aucune enquête scientifique sur une éventuelle relation entre la pédophilie et l'homosexualité. Il a dit cela parce qu'un prélat du Vatican, je dis bien un seul prélat, a remarqué que sur les divers actes de pédophilie attribués à des prêtres, deux tiers sont des agressions contre des garçons. De là, ce prélat en a déduit que c'était plutôt lié à des pratiques d'homosexualité. C'est ce qu'a repris Tarcisio Bertone et quand il dit que cela repose sur des travaux scientifiques c'est faux et c'est grave.
TF1News : On a l'impression que ces problèmes de pédophilie ne touchent que la religion catholique, est-ce lié au célibat des prêtres ?
J.C. : D'abord, il faut bien voir que toutes les institutions où des individus sont en contact avec des enfants, qu'elles soient religieuses ou pas, connaissent ce type de problème, même si cela ne concerne qu'une infime minorité de personnes. Il n'y a encore pas si longtemps, quand on avait des doutes sur un instituteur, on ne le renvoyait pas, on le déplaçait. L'Eglise faisait exactement pareil. Il ne faut pas oublier que dans les années 60-70, on ne parlait pas de pédophilie, l'approche était différente.
Ensuite, c'est vrai que l'on n'entend pas parler de pédophilie dans les autres religions, que ce soit l'islam, le protestantisme, etc... Il ne faut pas oublier que l'Eglise catholique est la plus connue et la plus médiatisée. Les pays les plus "touchés" par la pédophilie sont des pays occidentaux où la force médiatique est bien plus importante qu'elle ne peut l'être dans d'autres pays qui pratiquent d'autres religions, comme dans le Golfe persique, en Afghanistan ou en Afrique.
Enfin, concernant le célibat des prêtres, je pense qu'il ne faut pas faire d'amalgame. Il y a peut-être un déficit d'affection chez ces prêtres, qui ont peut-être aussi été mal préparés lors des séminaires. Mais l'homme reste un homme, prêtre ou pas, et mieux vaut ne pas faire d'amalgame entre célibat et pédophilie. La pédophilie est une maladie, une perversion sexuelle. Il n'est d'ailleurs pas normal que l'Eglise ait érigée le célibat comme quelque chose d'intangible depuis le 12e siècle. Mais c'est un autre débat, il faut le distinguer.
TF1News : Pensez-vous que ces scandales auront un impact sur les fidèles ?
J.C. : La situation actuelle est choquante et il n'y a pas, pour l'instant, de la part de l'Eglise de réponses claires et nettes que les fidèles sont en droit d'attendre. Ce qui est attaqué aujourd'hui, c'est surtout l'attitude de l'Eglise qui a couvert pendant des décennies des actes odieux. L'Eglise reste une structure humaine et elle est faillible. Les fidèles, eux, ne croient pas en l'Eglise mais en Dieu. D'ailleurs, ces dernières années les séminaires se remplissent de nouveau. Il y a de vraies nouvelles vocations. Il serait dommage que l'acte de foi en lui-même soit oublié, mis de côté, à cause de quelque pervers sexuels qui restent, heureusement, une très très petite minorité.
TF1News : Que devrait faire le Vatican aujourd'hui pour sortir de la crise ?
J.C. : Il devrait condamner de manière très claire la pédophilie partout dans le monde. Au cours des prochains mois, les langues vont continuer à se délier et les affaires de pédophilie continuer d'émerger. Il faudra les régler au fur et à mesure, dans la pondération. Il faut que la justice des hommes, et non celle de Dieu, passe. Et tant que l'Eglise jouera le jeu de la transparence et de l'ouverture, elle n'aura qu'à y gagner.
* Dernière publication : De Zoroastre à Jésus, naissance du monothéisme biblique ( Chronique sociale 2003, Siloé La Source 2009 )
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