© TF1-LCIAu lendemain d'une visite en Seine-Saint-Denis où il a répété son intention de faire preuve d'une "fermeté absolue" dans la lutte contre le trafic de drogue dans les cités et de rétablir l'ordre dans les halls d'immeuble, Nicolas Sarkozy recevra ce midi à l'Elysée l'ensemble des syndicats de police à déjeuner. Interrogés par TF1 News, la plupart des syndicats disaient ignorer les "motifs" exacts de cette invitation inédite...
"Cette rencontre est en tout cas porteuse d'espoir car elle arrive au bon moment", estime Yannick Danio, délégué national du syndicat Unité SGP Police FO, majoritaire chez les gardiens de la paix et les gradés. "Les policiers sont fatigués. En période de crise, et sur fond de chômage, ils sont particulièrement exposés. Il y a un stress social important et une des façons de le diminuer serait de renforcer les effectifs, c'est ce que nous dirons au chef de l'Etat".
"Ce qui est sûr, c'est que les collègues sont de plus en plus violentés, agressés. Ils attendent donc des réponses et des missions claires de la part de l'Etat", estime pour sa part Jean-Claude Delage, secrétaire national du syndicat Alliance. "Nicolas Sarkozy a fixé un cap qui est de rétablir la sécurité pour les honnêtes gens qui vivent dans des quartiers sensibles. Pour l'atteindre, nous demandons au gouvernement de commencer par remettre les policiers au cœur de leur métier : la police judiciaire, le renseignement, la sécurité publique, le contact avec la population".
| "Trop de magistrats pensent encore qu'il ne faut pas mettre les voyous en prison" |
Un sentiment partagé par le syndicat Synergie Officiers : "Escorte de détenus, surveillance des centres de rétention administrative, surveillance des détenus hospitalisés, etc… trop de policiers sont mobilisés sur des tâches annexes", selon Patrice Ribeiro, secrétaire général adjoint. Une étude publiée cette semaine par les criminologues Alain Bauer et Christophe Soulez montre que ces missions ont mobilisé, à elles seules, 3237 agents à temps plein en 2008, auxquels il faudrait ajouter plus d'un millier de "plantes vertes" devant les ambassades et autres bâtiments officiels.
Autre point de crispation chez les policiers : le suivi judiciaire. "Le discours de Sarkozy est clair et cohérent. Tout le problème, c'est la mise en musique, commente Patrice Ribeiro. On peut bien entrer dans tous les halls d'immeuble que l'on veut et faire le ménage, si derrière la Justice ne reconnaît pas l'infraction pénale et ne passe pas, cela ne sert à rien. Or, le 93 est le temple du laxisme judiciaire depuis 30 ans ! Encore récemment, trois policiers se sont fait agresser à Montreuil lors d'un simple contrôle. L'un d'entre eux a reçu 60 jours d'ITT, et pour autant, les agresseurs ont été relâchés au bout de cinq jours et paradent aujourd'hui dans leur cité. Quel exemple !" "Trop de magistrats pensent encore qu'il ne faut pas mettre les voyous en prison", regrette également Jean-Claude Delage.
"La sécurité est devenue un tel enjeu politique que l'on ne parle que de cela et tout le reste est passé sous silence, insiste pour sa part Yannick Danio. Le reste, ce sont tous les problèmes économiques et sociaux à régler dans les quartiers sensibles. Ce n'est pas en envoyant la police que l'on va les régler. Une belle opération comme celle menée à Tremblay-en-France, c'est très bien, mais après on fait quoi ? D'autres dealers vont prendre leur place, et c'est tout. Il faut tout régler conjointement les problèmes".
| Sur le terrain, on nous demande de ne pas trop rentrer dans les cités pour ne pas créer d'émeutes" |
Interrogés sur la situation particulière de la Seine-Saint-Denis dont Nicolas Sarkozy a fait un symbole pour la lutte contre la criminalité, tous les syndicats s'accordent à la juger "explosive". "Quand on décide de taper fort dans un quartier et de faire tomber les trafics, on sait que cela a un coût. On sait en l'occurrence que cela peut entraîner des violences urbaines", note Jean-Claude Delage."L'ambiance n'est clairement pas bonne sur le terrain et dans les rangs de la police qui se fait accuser tous les jours d'une nouvelle bavure. Il ne faudrait pas grand-chose pour que ça reparte comme en 2005", estime Patrice Ribeiro.
"Tous les indicateurs sont réunis, confirme Yannick Danio. Utiliser une main de fer dans le 93 risque d'engendrer des affrontements. Déjà, sur le terrain, on nous demande dans ce département et, dans le 91, de ne pas trop rentrer dans les cités pour ne pas créer d'émeutes, mais plutôt de faire des contrôles à proximité". Un discours de terrain à l'opposé de celui du chef de l'Etat.
Les sujets de discussion ne manqueront pas ce midi. Tous saluent l'initiative du président de la République : "Cela montre bien que la sécurité et les policiers, c'est une question qui lui tient aux trippes", note Jean-Claude Delage. Vendredi, ce sera au tour des gendarmes de venir déjeuner avec Nicolas Sarkozy.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




