Xynthia : malgré la fronde, "la zone noire ne bougera pas"

Par D.H. (avec agences), le 09 avril 2010 à 21h28 , mis à jour le 10 avril 2010 à 14h28

Dossier : Xynthia, une tempête sur la France

Alors que le maire de Charron affirme qu'il ne signera pas les arrêtés d'interdiction d'accéder aux maisons vouées à la destruction et que des sinistrés s'apprêtent à saisir la justice, le préfet de Vendée assure dans le JDD que l'Etat ne changera pas d'avis.

Des airs de bras de fer... Après la tristesse, la colère et l'incompréhension ont pris le pas. Visiblement, l'annonce d'une "indemnisation à 100%" des propriétaires des maisons promises à la démolition parce que situées dans les zones "noires" touchées par la tempête Xynthia  (lire notre article) n'a pas suffit à calmer les esprits. Individuellement ou réunis en collectifs les riverains concernés se préparent à attaquer l'Etat en justice pour garder leur toit. En outre, le maire de Charron, commune de Charente-Maritime parmi les plus touchées par la tempête, a annoncé vendredi qu'il ne signerait pas les arrêtés d'interdiction d'accéder et d'habiter quelque 180 maisons vouées à la destruction dans sa municipalité.
  • Après Xynthia, remous autour de zones noires baladeuses

    Un rapport révélé par Figaro modifie le tracé des zones décrétées inhabitables après le passage de la tempête et revoit à la baisse le nombre de maisons à exproprier. Certaines ont pourtant déjà été rachetées par l'Etat. Philippe de Villiers monte au créneau.

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  • Xynthia: plainte contre X pour "homicide involontaire"

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    Près de 500 personnes, élus locaux, habitants et membres des collectifs de sinistrés ont défilé sur l'île de Ré pour protester contre des "décisions prises dans l'urgence et la précipitation".

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    Pour le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo en visite jeudi à La Rochelle, les zones noires délimitées après la tempête Xynthia, sont de "zones de solidarité" et "pas de destruction massive".

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    Le président du conseil général de Charente-Maritime, Dominique Bussereau, également ministre, renonce à sa proposition d'une hausse exceptionnelle de la fiscalité départementale. Il répète qu'il "y a des choses qui peuvent changer" au sujet des zones noires.

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  • Xynthia: le gouvernement promet "100% d'indemnisation"

    Le secrétaire d'Etat au Logement Benoist Apparu a assuré vendredi que les sinistrés de la tempête Xynthia situés en "zone noires" seront indemnisés "totalement".

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Réponse des autorités : dans une interview au Journal du dimanche, à paraître samedi, le préfet de Vendée, Jean-Jacques Brot, assure pourtant que l'Etat ne reviendra pas sur la "zone noire". "Cette cartographie ne bougera pas", dit-il, soulignant que l'Etat n'a pas pris une telle décision "pour le plaisir capricieux de démolir ou de déplacer des gens, mais pour la sécurité des personnes."

Un zonage "arbitraire" ? 

"Il y a quelque chose de violent sans aucune procédure de concertation. Les préfets ont laissé faire et aujourd'hui ils interviennent dans l'urgence et dans l'émotion", affirme Bruno Kern, spécialiste en droit public et ancien chargé de la mission urbanisme auprès du médiateur de la République. En Charente-Maritime comme en Vendée, les sinistrés ne comprennent pas "l'arbitraire" de la cartographie.

Plus de 300 habitants de Charron, la commune la plus durement touchée de Charente-Maritime où quelque 180 maisons devraient être détruites, ont laissé éclater leur colère jeudi soir devant le préfet. Thierry Demaegdt, président de l'association "Reconstruire Charron", estime qu'en dehors de certaines "rues évidentes" d'autres avaient selon lui été classés "arbitrairement en zone noire". Il a annoncé des recours contre cette décision "unilatérale, totalitaire et inadmissible" et s'apprête à envoyer une pétition d'un millier de noms au président Nicolas Sarkozy. "J'ai devant moi des gens qui n'ont pas eu d'eau dans leur maison, une dame qui n'a même pas déclaré de sinistre", dit-il à l'AFP.

Le maire de Charron conteste la liste des destructions

En Vendée, une cinquantaine d'habitants de La Faute et de L'Aiguillon ont  déjà contacté un avocat spécialisé en droit public pour entamer une action collective. Leur conseil, Me Yves-Noël Gentil envisage de contester le bien fondé du zonage qui n'a pas été effectué "de façon pertinente et approfondie", selon lui. "Attaquer l'Etat en responsabilité me paraît la meilleure des choses pour les sinistrés. Il n'y avait pas une urgence telle pour que l'Etat prenne une décision unilatérale", déclare l'avocat parisien Bruno Kern.

Le maire de Charron Jean-François Faget juge d'ailleurs des "recours  possibles" sur une "mauvaise définition de la zone noire". Me Kern explique que ce n'est pas le principe du zonage qui est contestable mais la façon dont il a été mis en oeuvre, "sans concertation avec les sinistrés et les élus". Une procédure qui met à mal "la décentralisation du pouvoir", souligne-t-il, déplorant également qu'il n'y ait pas eu "de véritables études des services de l'Etat sur les risques et les moyens d'y remédier". Il se propose de racheter à l'amiable les maisons concernées et, à défaut, d'engager des procédures d'expropriation à l'égard des propriétaires, qui pour beaucoup contestent la cartographie des zones en question. Les "zones noires", qui présentent "un danger de mort avéré", devront ainsi retourner à l'état naturel. Le maire ne conteste pas que des habitations doivent être détruites mais "il n'est pas question pour moi d'appliquer des décisions qui ont été prises sans concertation et de demander à des gens dont la maison n'a pas été inondée de devoir quitter les lieux".

L'entretien des digues également en question

A Aytré (Charente-Maritime), Marie-Olivia Rocca, présidente de l'Association de défense des intérêt des victimes de Xynthia, remarque, amère, qu'elle n'a vu passer aucun expert de l'Etat avant la publication des cartes. Me Kern ne cache pas que contester la décision de l'Etat, c'est s'engager  dans une procédure longue et difficile "notamment pour des questions d'expertises". Mais cela reste envisageable surtout pour des maisons situées "à  la marge des zones noires", dit-il, ajoutant que ces éventuels recours ne doivent pas dissuader pour autant les demandes d'indemnisation.

Les sinistrés pourraient aussi saisir la justice de la question de l'entretien des digues et des ouvrages de protection, un sujet "compliqué" pour  établir les responsabilités, selon Me Kern. A Charron, un projet de reconstruction des 6 km de digues, lancé depuis huit à neuf ans, n'attendait plus que le déclenchement d'une enquête publique, indique Patrick Blanchard, président du syndicat intercommunal d'aménagement hydraulique du Curé, en charge du dossier.

Xynthia : plainte d'un particulier contre une municipalité en Vendée

Un habitant de l'Aiguillon-sur-mer (Vendée) a déposé plainte contre le maire et la municipalité de sa commune pour "mise en danger des habitants et des habitations" à la suite de Xynthia, a-t-il fait savoir samedi à l'AFP. "J'ai déposé plainte mardi à la gendarmerie de Saint-Michel-en-l'Herm (Vendée) contre le maire, les adjoints et les conseillers pour mise en danger des habitants et des habitations", a déclaré James Gaillard, précisant avoir adressé copie de sa plainte à la préfecture de Vendée et au président de la République. "Je pense à tous ceux qui ne sont plus là (...) Si on avait anticipé, il n'y aurait pas eu tous ces malheurs. On ne peut pas dire que ça n'arrive qu'aux autres", a-t-il dit. Monsieur Gaillard et son épouse ont acquis en 2006 une maison sur le port de l'Aiguillon. "Nous avons eu 1,50 m d'eau dans la maison. Mais on a pu se réfugier à l'étage et c'est ce qui nous a peut-être sauvé", a-t-il estimé. L'existence de cette maison n'est pas remise en cause puisqu'elle "n'est pas concernée par les zone noires" décrétées inhabitables par l'Etat et rendues publiques ces derniers jours.

Par D.H. (avec agences) le 09 avril 2010 à 21:28
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9 Commentaires

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  • pascalrv22ix, le 11/04/2010 à 12h13

    Toute ces décisions sont lamentable et arbitraire .mais quelqu'un peu me dire qu'elle vva etre la situation dans l'ile de ré car la majorité de l'ile et inondable ?mais la pas de bruit a ce sujet ..... trop de parisien haut placer la bas ......................

  • jemexprime, le 11/04/2010 à 08h58

    Et invendable !!! bien d'accord avec vous ten75 ;

  • robert.13, le 10/04/2010 à 17h51

    D'accord sur le traumatisme mais entre la mort (il y a eu 57 morts) et le traumatisme, mieux vaut ce dernier.

  • bastiat2, le 10/04/2010 à 15h14

    1. Les collectivités n'ont pas entretenu les digues 2. Les services de l'Etat et locaux, avertis de la tempête ajoutée à la marée, n'ont pas évacué les gens, ce qui auraient évité tous ces drames humains 3. L'Etat, fait preuve de sa grande intelligence en décidant de rayer de la carte les maisons les plus loin du littoral. Les maisons en bord de mer appartiendraient-elles à des notables? A des parisiens au bras long? 4. Le Préfet, droit dans ses bottes, répète: je ne bougerai pas d'un pouce Concluez vous-même et souvenez-vous que vous payez des impôts pour ces brillants "services".

  • ten75, le 10/04/2010 à 13h34

    De toutes façons , quelle compagnie d' assurances va continuer de couvrir ces logements, comment l'edf va garantir la distribution par des compteurs inondables , comment les services publics vont ils couvrir le risque alors sans assurance , sans electricité , sans eau potable de toute façons cela deviendra inhabitable

  • stelmaria0, le 10/04/2010 à 10h19

    Les maisons ont de grandes valeurs sentimentales,de dedomager les gens ca n'attenuera pas leurs chagrins du a ce deracinement.Ce sera un choc psychologique pour beaucoup de personnes

  • louischom, le 10/04/2010 à 09h55

    Evidemment, les "services de l'Etat" n'ont pas travaillé plus que d'habitude et la cartographie des zones à risques est établie depuis des générations, mais la population augmente et le "danger s'éloigne au fur et à mesure du passage du temps". La Hollande a contourné le problème et a construit des maisons sur pilotis qui ne risquent pas de "tuer leurs occupants" car, même à l'abri d'une digue, un jour ou l'autre elle a un problème et peut inonder les zones abritées.

  • robert.13, le 09/04/2010 à 23h50

    Les fameuses zones à haut risque ou inondables, étaient connues depuis longtemps mais les élus locaux ont préféré accorder les permis et encaisser les taxes d'équipement plutôt que de refuser les permis et mécontenter leurs électeurs de l'époque, les sinistrés d'aujourd'hui. Ceci explique la vitesse de travail des organismes chargés du dossier, cela désigne aussi les vrais coupables, pas l'État mais les élus locaux qui ont en charge la décision d'accorder ou pas un permis de construire.

  • 1potiron, le 09/04/2010 à 22h19

    On avait jamais vu la DDE travailler aussi rapidement ! Le dossier est-il consultable sur internet ?

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