Image d'archives © TF1Vincent Fristot, parent d'élève, avait déposé un recours au Conseil d'Etat contre le fichier "Base élèves", qui conserve certaines données personnelles des enfants à l'école. Lundi, l'instance s'est prononcée, invalidant plusieurs dispositions prévues dans les fichiers. Il raccourcit aussi la durée de conservation des données.
Bonnet d'âne pour les fichiers "élèves" de l'Education
Si le Conseil d'Etat n'a pas remis en cause l'existence de ces fichiers, il a jugé leur fonctionnement, en l'état, non-conforme à la loi. Une demi-victoire pour les parents d'élèves qui contestent ces fichiers.
Publié le 19/07/2010
TF1 News : le Conseil d'Etat a invalidé, sur plusieurs points, les traitements de données "Base Elèves 1" et " Base nationale des identifiants des élèves" utilisés par l'Education nationale. Etes-vous satisfait de cette décision?
Vincent Fristot : J'en suis satisfait, d'abord parce que le Conseil d'Etat condamne lourdement le ministère de l'Education nationale. Dans la " Base nationale des identifiants des élèves", l'institution a relevé des illégalités concernant la conservation des données sur les élèves, fixée à l'heure actuelle à 35 ans. En se fondant sur la loi "informatique et libertés", il exige un raccourcissement de cette durée. En outre, les parents remplissaient jusqu'à maintenant des fiches de renseignement sans savoir qu'elles seraient utilisées à l'échelle nationale. C'est désormais terminé. Nous avons aussi réussi à faire retirer de "Base élèves 1" la mention au type de classe fréquentée, qui donnait des indices sur l'état de santé des enfants qui ne fréquentaient pas les classes classiques. Enfin, le Conseil d'Etat a condamné le rapprochement opéré, sans consultation de la Cnil, entre les fichiers des écoles et ceux des mairies.
TF1 News : Quels sont les point sur lesquels vous n'avez pas obtenu satisfaction ?
Vincent Fristot : Je suis surpris que le Conseil d'Etat condamne et permette en même temps au ministère de régulariser des données obtenues de façon irrégulière. Si elles sont irrégulières, elles doivent être tout simplement effacées. Globalement, il reste encore trop de données qui relèvent de l'intimité des familles dans ces fichiers, comme l'identité de la personne qui vient chercher l'enfant à l'école, par exemple.
TF1 News : Que préconisez-vous comme alternative à ces fichiers, notamment pour garder une trace des parcours scolaires ?
Vincent Fristot : Certaines données personnelles des élèves doivent être conservées mais elles ne doivent pas sortir des écoles. Les enseignants ne sont pas des agents de collecte de données. Il faut revenir au système initial, où le seul livret scolaire est remis aux parents. Les données ne doivent circuler que quand l'élève change d'établissement, et de façon cryptée. On ne sait pas ce qui peut se passer dans dix ans, dans quinze ans : peut-être que des employeurs seront amenés à vouloir consulter ces fichiers pour connaître le parcours scolaire de leurs candidats à l'embauche. Il faut faire en sorte que ça n'arrive pas.
| "L'action pénale des parents d'élèves a certainement influencé le Conseil d'Etat" |
Le 16 juillet, le procureur de Paris a classé sans suite les 2.103 plaintes déposées par des parents d'élèves contre "Base élèves". Les plaignants invoquaient la violation des règles de la Commission nationale informatique et libertés (Cnil) et du code pénal, notamment "l'obligation de préserver la sécurité et l'intégrité des données", la "durée de conservation des données" ou encore "l'obligation d'information incombant au responsable du traitement" (le ministère à l'égard des parents ndlr). Le procureur a jugé que l'infraction n'était pas caractérisée et a fait valoir, pour justifier l'absence de poursuites, que le ministère faisait des efforts pour se conformer à la législation. Il a néanmoins adressé un rappel à la loi au service juridique du ministère de l'Education nationale. L'avocat des parents d'élèves, Jean-Jacques Gandini, se réjouit de la décision du Conseil d'Etat, qui exige notamment de raccourcir la durée de conservation des données. Mais "si on régularise, on reconnaît que la plainte était fondée", estime l'avocat. "Le Parquet a compris, vu le nombre de plaignants, qu'il ne s'agissait pas de problèmes ponctuels, et que le préjudice était bien réel. L'action pénale a certainement influencé le Conseil d'Etat." Maître Gandini envisage de saisir un juge d'instruction, vraisemblablement à la rentrée, pour obtenir la reconnaissance du dommage et une réparation symbolique. |
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