"Etrangers et voyageurs sur la terre"

Par , le 01 août 2010 à 17h15 , mis à jour le 11 septembre 2011 à 17h28

Dossier : Immigration

Ici, un bouquet de fleurs ; là-bas, des coups de fusil ; partout, le manque de place pour les accueillir. Chronique de la vie d'un groupe de Gitans, en pleine polémique sur le durcissement annoncé de la législation sur les Roms.

Trilport,Seine-et-Marne: enfants gitans devant un chapiteau orné d'un drapeau français (31/07/2010)Trilport,Seine-et-Marne: enfants gitans devant un chapiteau orné d'un drapeau français (31/07/2010) © Marie Lefebvre-Billiez

Ils sont français, "depuis le Moyen Age" aiment-ils à rappeler, et fiers de leur carte d'électeur. Ils ont hissé un drapeau tricolore au sommet d'un chapiteau. Installés sur un terrain au beau milieu des champs, au bout d'un mauvais chemin de terre, avec leurs deux cent quarante caravanes, ils attendent les policiers qui vont venir les expulser. "Gens du voyage", selon la terminologie administrative, ils sont gitans, nomades et font partie de cette communauté dont Luc Chatel affirmait mercredi qu'elle n'est nullement en danger d'être "stigmatisée", peu avant les annonces présidentielles sur les Roms.

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Lorsqu'ils sont arrivés dimanche dernier sur ce terrain entre Trilport et Fublaines, deux communes voisines de Seine-et-Marne, ils ont été accueillis par des coups de feu. Il était six heures du soir. Les caravanes venaient de faire halte et les enfants étaient au bord de la route. A ce moment, "un riverain qui était devant un portail a sorti un fusil, et a tiré en l'air", témoigne le pasteur Meyer, qui joue le rôle de porte-parole de cette communauté de Gitans évangéliques. "Il s'est mis à tirer, devant les femmes et les enfants ! La police nous a dit : on s'occupera de lui plus tard". Un incident qui arrache ce commentaire désabusé au pasteur : "Si c'était quelqu'un de chez nous qui avait tiré, ils se seraient occupés de nous tout de suite".

Une nuée d'enfants qui réclament des photos

Leur groupe compte cent vingt familles et participe en ce moment à une convention de Vie et lumière, la mission évangélique tsigane de France, dans le secteur de Marne-la-Vallée. A la fois nomades et fiers de leur foi, ils illustrent ce mot de l'apôtre Paul dans sa lettre aux Hébreux : "étrangers et voyageurs sur la terre". Pour l'heure, ils se sont installés sur des terres agricoles en jachère où ils ont tenté de négocier un stationnement d'une quinzaine de jours. Un campement illicite à la base, transformé en campement autorisé après discussion avec la mairie, qui est monnaie courante chez les Gitans - comme l'explique le président de l'association familiale des gens du voyage d'Ile-de-France, "si on demande au maire dès le départ, il n'y a jamais de terrain disponible". Le visiteur qui affronte les ornières et la poussière pour atteindre leur campement est accueilli par une nuée d'enfants : tous veulent être pris en photo. "Ils m'ont offert leurs bonbons, et leurs parents m'ont invitée à dîner", raconte Marie, venue rendre visite aux Gitans. "C'est un événement, pour eux, qu'un sédentaire s'intéresse à eux."

La dernière fois qu'un de ces sédentaires était venu partager leur repas, c'était aux Chapelles-Bourbon, quelques jours plus tôt et quelques kilomètres plus au sud. L'invité n'était autre que le maire, Yves Bréard. "J'étais partisan de jouer le jeu, de travailler en bonne intelligence", raconte l'élu de cette commune de 373 habitants. "Nous avons eu des prises de contact régulières. Ils m'ont invité une fois à dîner. J'ai assisté à deux prédications du pasteur Meyer". Bilan : "tout s'est bien passé". Il y a même eu un bouquet de fleurs pour l'épouse du pasteur. A Fublaines au contraire, c'est un concert de plaintes de la part des riverains dénonçant le bruit (bien que le campement soit au milieu des champs), les bouches d'incendie cassées (les nomades assurant qu'elles ont été endommagées par les riverains eux-mêmes pour empêcher tout accès à l'eau potable) ; quant aux Gitans, sous le coup d'une menace d'expulsion, et refroidis par leur premier contact à coups de fusil, ils envisagent avec soulagement la perspective de repartir devant ces marques d'hostilité.

"Si le préfet avait été sur place..."

Qu'est-il arrivé entre les Chapelles-Bourbon et Fublaines ? Yves Bréard ne croit pas à une influence directe de l'actualité. Il souligne plutôt le manque d'infrastructures, de moyens d'accueil, d'implication de la part de la préfecture. C'est la troisième fois que des Gitans viennent s'installer à Fublaines. Les questions liées à l'accueil des caravanes sont généralement confiées à un médiateur. Mais dans le cas des grands rassemblements religieux comme celui qui se tient en ce moment en Seine-et-Marne, tout manque. "Quand deux cent quarante caravanes débarquent quelque part, ce n'est pas au médiateur de se rendre sur place, c'est au préfet", estime l'élu. "Si le préfet avait été sur place, avec la police, il n'y aurait pas eu de coup de feu". Un commentaire qui rejoint celui des nomades qui dénoncent régulièrement le manque de structures pour les accueillir, bien qu'elles soient prévues par la loi.

Il y a pourtant bien une influence de l'actualité, mais elle est plus insidieuse, et peut-être plus perceptible chez les Gitans eux-mêmes, visiblement soucieux de se démarquer d'un nom trop souvent entendu dernièrement : "nous, on n'est pas des Roms", annoncent certains au visiteur - avant de se faire reprendre par le pasteur Meyer. Quand Nicolas Sarkozy affiche son intention de détruire les campements illégaux de gens du voyage, il affirme viser spécifiquement des communautés venues récemment de Roumanie ou de Bulgarie - des Roms. Une annonce censée répondre au déchaînement de violence qu'a vécu la commune de Saint-Aignan, dans le Loir-et-Cher, lorsqu'une gendarmerie a été attaquée et le centre-ville saccagé après la mort d'un conducteur à un barrage des gendarmes. Ce conducteur était un Rom. Mais un Rom issu d'une famille sédentarisée depuis deux générations. Et ces Roms sédentaires, vivant depuis longtemps sur le sol français, sont nombreux : rien à voir, dans leur cas, avec la Roumanie...

"Un jeu du chat et de la souris"

Comme l'a souligné Pierre Hérisson, sénateur UMP de Haute-Savoie et président de la commission nationale consultative des gens du voyage, dans le cas de Saint-Aignan, "ce n'est pas un problème lié aux gens du voyage". Qu'importe : les Roms venus de Roumanie, déjà victimes de ségrégations maintes fois dénoncées dans leur pays d'origine, en paieront les conséquences. Et à travers eux, toute une communauté de "gens du voyage", qu'ils soient Roms, Manouches ou Yéniches, qu'on les appelle Gitans ou Tsiganes - autant de nomades que le terme de "campements illégaux" met nécessairement dans l'embarras dans la mesure où ils n'obtiennent souvent qu'après coup l'autorisation de stationner, et chez lesquels la rhétorique présidentielle soulève méfiance et confusion.

Mais beaucoup aussi voient ces remous politiques d'assez loin. Leurs objectifs sont d'un autre ordre : trouver leur prochain lieu de campement ("on a repéré deux ou trois endroits possibles", note le pasteur Meyer, prévoyant déjà "un jeu du chat et de la souris" avec la police qui ne va pas manquer de les suivre), et préparer la grande convention évangélique de Chaumont, en Haute-Marne : ce sont alors, non pas deux-cents, mais huit mille caravanes qui se retrouveront, dans la deuxième partie d'août, pour ce grand rassemblement.

Par Franck Lefebvre-Billiez le 01 août 2010 à 17:15
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6 Commentaires

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  • romeskira1, le 01/08/2010 à 23h41

    Si il était possible d'arrêter de généraliser..... Tous les tsiganes ne sont pas voleurs, pilleurs, incultes, irrespectueux. Même si certains le sont, voire un certain nombre même, et comme tous les autres français, immigrés ou humains de passages, tous doivent prendre leurs responsabilités vis à vis de leurs actes. Ceux qui pensent être au dessus-du simple respect de soi et des autres doivent être rappelés à l'ordre, ré-éduqués (car à la base il s'agit souvent de manque d'éducation) quand c'est possible ou sanctionnés ... Un pont d'entraide entre toutes les personnes respectueuses serait agréable et chez les tsiganes il y en a aussi. je vous l'assure. un effort d'intégration chez les uns, un effort de compréhension pour les autres vis à vis d'une culture qui n'est pas faite que de rapines et de duperies Angélique fille de Louis le Tsigane venu de roumanie. Je devrais plutôt dire fuir, car mon père à fui les Causescu à 14 ans, et de camps en camps, de rejet en rejet est arrivé en France. Paix à son âme, il est mort aujourd'hui. Mais il a toujours valorisé et transmis chez ses enfants les valeurs de travail courage et respect. Nous sommes 3 : ma s?ur Clara secrétaire de direction mon frère Sébastien : ingénieur informatique et moi Web designer PS : mon père ne savait pas lire ni écrire mais il aimait les gens et l'humanité et a toujours respecté l'endroit qui l'accueillait tout en étant ce qu'il faisait de lui un vrai tsigane

  • gda39, le 01/08/2010 à 22h00

    Le gros problème aujourd'hui avec les journalistes, qui sont sensés "RELATER" les évènements, c'est que pour "faire du papier", aujourd'hui, ils veulent "FAIRE" l'évènement. A partir de là tout est bon ....

  • 4lola, le 01/08/2010 à 21h16

    Il faut arrêter de stigmatiser une origine ou une profession. Vous avez des bandits chez les patrons de grands groupes financiers, les avocats, les notaires, les médecins (dont j'ai vu un reportage travaillant pour une compagnie d'assurances font le nécessaire pour ne pas prendre à leur charge le rapatriement d'un voyageur), les syndicalistes, les politiques, les garagistes, les ouvriers, etc... Il y a des brebis galleuses partout... Nos propres origines nous ne les connaissons pas et si ces gens ne vivaient pas dans leur caravane, où les logerions nous ? Les berbères ne sont-ils pas nomades ? Je connais des "manouches" sédentarisés et qui vivent comme vous et moi, payent leurs impôts, sont commerçants et honnêtes. Par contre les gens de toutes origines qui tuent policiers ou de pauvres lambdas comme nous doivent être expulsés et ne pas encombrer nos prisons de plus en plus luxueuses, l'argent économisé serait le bienvenu afin de soigner les handicapés et les personnes âgées.

  • antirobert21, le 01/08/2010 à 21h04

    Digne des Misérables. Mais ça me fera moins pleurer que le nouveau Misérable des années 2000 : le travailleur pauvre qui n'a que le droit de galérer, pour qui personne ne pleure ni ne bouge.

  • moicontribuable, le 01/08/2010 à 20h12

    Oui, personne dans les maisons; c'est plus calme que les magasins d'electromenager.

  • gaston78, le 01/08/2010 à 19h21

    OK pour les photos, mais c'est pas gratuit ..............

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