Jean-Louis Courjault, ses mots pour le dire

Par , le 29 septembre 2010 à 11h08 , mis à jour le 29 septembre 2010 à 11h21

Chronique - Dans "Je ne pouvais pas l'abandonner" en librairie jeudi, le mari de Véronique Courjault, condamnée à huit ans de prison en 2009 pour triple infanticide, donne sa version de l'affaire. Le lecteur, lui, pénètre dans les coulisses d'un fait-divers.

Jean-Louis Courjault bébés congelés"Je ne pouvais pas l'abandonner" de Jean-Louis Courjault est publié aux éditions Michel Lafon. © DR

Un matin de novembre 2006, une jolie métisse sonne à la porte des Courjault, en Indre-et-Loire. Elle est représentante d'une marque de surgelés. Une mauvaise blague ? Même pas. Après avoir réalisé que la jeune femme ignore chez qui elle se trouve, Jean-Louis Courjault, le père des "bébés congelés", signe un contrat avec l'entreprise qui livre à domicile. Cette anecdote est racontée dans le livre qu'il publie jeudi : Je ne pouvais pas l'abandonner.

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Car cette histoire aux relents d'humour noir va faire office de déclic sur le mari de Véronique Courjault, condamnée en 2009 à 8 ans de prison pour trois infanticides. Ce matin de novembre 2006, il comprend qu'il doit "continuer à vivre malgré les circonstances". Pour sa famille, et notamment les deux garçons du couple, jeunes ados. Les circonstances, tout le monde, les connaît. De la découverte, à l'été 2006, de deux cadavres de nouveau-nés dans le congélateur de l'appartement familial à Séoul, à la libération anticipée de sa femme en mai dernier, l'"histoire des bébés congelés" défraye la chronique. Et de mettre en lumière un phénomène jusqu'alors peu connu du grand public : le déni de grossesse.
 
"Véro me rend heureux malgré ce tsunami de malheur"
 
Mis hors de cause après avoir été mis en examen pour "complicité d'assassinat", Jean-Louis Courjault s'interroge longuement sur sa propre responsabilité. Et pendant longtemps. Il le fait de nouveau à travers ses pages, plongée dans le cauchemar que sa famille a subi. Dans ce livre-confession, cet ingénieur de 43 ans raconte sa version de l'affaire ; le lecteur, lui, pénètre dans les coulisses d'un fait-divers. Ce livre, il l'a écrit pour "éclairer" le public, "dépeindre la détresse" d'un mari désemparé, apporter du réconfort aux victimes du déni de grossesse, "dire comment j'ai fait, plutôt que m'écrouler".
 
Deux choses frappent. Il y a d'abord cet amour déclaré et répété maintes fois à celle qu'il appelle "Véro". Cette femme présentée dans la presse comme un monstre, une infanticide en série et dont il partage la vie depuis près de 20 ans ; "Véro" cette "jolie brune aux yeux clairs", "généreuse, accueillante, toujours partante", "Véro" qui rit de blagues idiotes mais qui regarde pour la vingtième fois Autant en emporte le vent en pleurant comme une Madeleine ; "Véro" qui le "rend heureux malgré ce tsunami de malheur" ; "Véro" qu'il a choisi de soutenir sans jamais ni la condamner, ni envisager de la quitter, malgré le mensonge.
 
Quel est donc ce benêt ahuri ?
 
Je ne pouvais pas l'abandonner sonne aussi comme la quête de rédemption d'un homme au mauvais rôle. Père des bébés congelés, mari de la mère infanticide, l'image est lourde à porter. "Quel est donc ce benêt qui n'a même pas été fichu de deviner quoi que ce soit ?", se demande le citoyen lors de la découverte du drame. Jean-Louis Courjault le reconnaît, il aurait sans doute pensé la même chose. Il a fait ce choix de comprendre. Comprendre plutôt que condamner. Reconstruire plutôt que détruire. A tout prix. Véronique Courjault tenue au silence par la justice, était réticente à l'idée d'un livre.
 
Dans ses pages Jean-Louis Courjault dit être agacé d'être dévisagé dans la rue tandis que son épouse aux cheveux coupés courts, passe neuf fois sur dix, inaperçue. Paradoxalement, il est cette semaine dans toute la presse, posant en couverture de son livre. Certains experts parlent d'un "besoin narcissique" de reconnaissance. C'est le cas de Sophie Marinopoulos, spécialiste du déni de grossesse interviewée dans le Journal du Dimanche. "Je m'interroge sur ce besoin narcissique de reconnaissance au détriment de Madame (...). Il se montre beaucoup, parle beaucoup ; elle reste dans l'ombre et le silence". A cette psychanalyste perplexe, Jean-Louis Courjault répond dans Libération un "Après ce livre, je trace la route, on tourne la page".

Par Amélie Gautier le 29 septembre 2010 à 11:08
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4 Commentaires

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  • nyakalena, le 01/10/2010 à 01h42

    Espérons de tout c?ur pour cette femme que l'aide psychologique et l'amour de cet homme, ô combien courageux, l'aideront à remonter la pente, et à sortir de cet enfer... Certes il s'est passé des choses affreuses, et les antécédents n'excusent pas tout, mais la souffrance de cette femme est inimaginable, et on ne peut se mettre à sa place et affirmer que l'on y aurait agit différemment. Je pense que si son époux a réussi à passer outre, à comprendre, à l'aimer malgré tout, l'opinion publique finira par accepter et admettre qu'il n'y avait pas que trois victimes dans cette sombre histoire. Le titre de ce livre m'a ému profondément, ainsi que tout l'amour que cet homme exprime à sa femme. Tenez-bon et sortez de là!

  • leloup98, le 30/09/2010 à 08h22

    Je ne comprendrais jamais, mais je ne juge pas ! comment vont-ils faire le deuil maintenant ?

  • clementine1218, le 29/09/2010 à 12h47

    Cette homme est d'une intelligence rare ! Ce n'est pas facile d'affronter plutôt que de ce sauver . Moi aussi je suis admirative et lui souhaite tout le bonheur du monde suite logique après une grande tragédie.

  • joluna3, le 29/09/2010 à 11h58

    Et bien moi je suis béate et admirative devant l'amour inconditionnel de cet homme pour sa femme, j'espère qu'elle se rend compte de la chance qu'elle a d'avoir un tel époux ! j'en rêve moi. Et je ne suivrais par tout ces inconnus qui la et les jugent car je trouve que c'est tellement compliqué un tel vécu. Maintenant je leur souhaite de vivre le mieux possible, le plus anonymement possible pour eux et surtout leurs 2 fils pour qui ça a vraiment être un enfer surtout que cela est arrivé au moment de leur adolescence, période déjà tellement dure à traverser très souvent. Ne lisez pas tous les commentaires tellement méchant ..... que l'on peur lire en ce moment.

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