Pour ou contre les "salles de shoot" ?

Par , le 24 septembre 2010 à 05h00 , mis à jour le 24 septembre 2010 à 14h27

Débat - L'ouverture de salles pour toxicomanes continue de faire débat. Alors qu'une association d'élus de tous bords demande leur expérimentation dans un rapport remis vendredi, un pro et un anti "salles de shoot" défendent leur position pour TF1 News.

toxicomanes salles de shoot drogue droguésFrançois Fillon estime que les "salles de shoot" ne sont "ni utiles, ni souhaitables" en France © TF1

Ce sont des lieux où les toxicomanes viennent s'injecter leur drogue sous l'œil d'une équipe médicalisée. Destinés aux drogués les plus précarisés, ces "centres d'injection supervisée" ou "salles de shoot" existent dans plus de quarante-cinq villes de huit pays, dont l'Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg, l'Espagne, la Norvège et la Suisse. Pas en France. Dans l'Hexagone, elles suscitent le débat. Certains veulent les expérimenter; d'autre pas. Fin août Matignon avait tranché, François Fillon estimant que ces lieux n'étaient "ni utiles, ni souhaitables".

  • Le Conseil de Paris vote pour l'ouverture d'une salle de shoot

    Le Conseil de Paris a voté mardi en faveur de l'ouverture d'"au moins" un centre de consommation de drogue dans la capitale, souhaitée par le maire PS, Bertrand Delanoë, et rejetée par l'UMP dans la droite ligne de la politique du gouvernement sur le sujet.

    Publié le 19/10/2010 Le Conseil de Paris vote pour l'ouverture d'une salle de shoot
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Dans un rapport remis vendredi, des élus locaux de droite, de gauche et centristes demandent que l'Etat adopte les mesures juridiques permettant l'ouverture, "au moins à titre expérimental". Un pro et un anti "salles de shoot" défendent leur position pour TF1 News.

POUR : Pierre Chappard, coordinateur du collectif du 19 mai (2)
"Livrés à eux-mêmes, ils ne peuvent pas s'en sortir"

"Elles sont 'utiles et souhaitables' à plusieurs niveaux. D'abord, elles permettent de réduire les pratiques à risques chez les toxicomanes : overdoses, transmission du VIH, des hépatites et autres infections qu'on peut attraper quand on se fait des shoots dans la rue. Les usagers concernés par ces salles ne sont pas ceux qui ont un chez-soi ; ce sont les autres. Ceux qui consomment dans des caves, des parkings, des cages d'escalier se prennent la violence de plein fouet. Très précarisés, ils sont exclus de tout dispositif de santé.
 
Les salles de consommation, c'est une main qu'on leur tend pour avoir accès au système de soins. Ces salles leur permettraient de consommer de manière digne et hygiénique. C'est une première marche car en les amenant directement au sevrage, c'est la rechute garantie. Attention, ce ne sont pas des lieux qui poussent à la consommation de drogue comme on peut l'entendre, c'est prouvé.
 
Il y a effectivement une salle où l'usage peut aller consommer sous la supervision d'un professionnel mais ce n'est qu'une petite partie de ce qu'offrent ces centres. Tous là pour aider le toxicomane à s'en sortir notamment via le biais de rencontre avec des professionnels, psychiatres, psychologues, assistante sociale, infirmier... C'est parce qu'on va entourer la consommation de chaleur humaine, de professionnalisme et de dignité, qu'on va les aider petit à petit à relever la tête de l'eau. Livrés à eux-mêmes, dans la rue et sa violence, ils ne peuvent pas s'en sortir.
 
Ces lieux ne sont pas des no man's land de la drogue comme on voudrait le faire croire. Effectivement, les toxicomanes ont le droit de consommer à l'intérieur de la salle mais le deal est fortement réprimé à l'extérieur comme à l'intérieur. Actuellement à Paris, il y a des quartiers qui sont envahis par la consommation de drogue.
 
Pourquoi est-ce si difficile à installer en France alors que ces salles ont montré leur efficacité à l'étranger ? Je pense qu'il y a dans notre pays des politiques, très conservateurs sur le sujet, qui restent sur une position idéologique qui passe avant la position pragmatique et humaniste. On est bien sûr tous d'accord qu'il ne faut absolument pas banaliser l'usage de la drogue et ces salles ne le font pas. Mais la question est de savoir comment on lutte efficacement et humainement contre les drogues. Les opposants oublient cela."
 
(2) Ce collectif regroupe ASUD, Act Up, Anitea, SOS Hépatites, Safe, Gaïa et le collectif salledeconsommation.fr.


CONTRE : Philippe Goujon : maire UMP du XVe arrondissement de Paris
"Nous obtenons déjà de bons résultats"

"Ces salles ne sont 'ni utiles ni souhaitables' parce qu'en France, il existe déjà un dispositif assez complet de prise en charge des toxicos-dépendants : 200 structures de soin dédiées aux usagers de drogues, des centres d'accompagnement, de prévention à l'addictologie, dont un centre à Paris entièrement dédié au crack... Mis en place par les gouvernements de gauche comme de droite depuis une vingtaine d'années, ce dispositif connait des résultats très probants. Le nombre de toxicomanes contaminés par le virus du sida a été divisé par 4 en 15 ans ; le nombre d'overdoses mortelles divisé par 5 ; c'est le taux le plus bas d'Europe. La seule différence avec les "salles de shoot" : les toxicomanes ne peuvent pas y apporter leur héroïne. Je souligne par ailleurs qu'il y a moins de 80 "centres d'injection supervisée" dans le monde. Si c'était la solution miracle, tous les pays y auraient évidemment recours.
 
En France, notre politique est fondée sur l'interdiction, le sevrage et la réduction des risques, comme le recommande d'ailleurs les Nations unies. Nous obtenons ces bons résultats sans pour autant briser le tabou de l'interdit de la drogue. Ces salles, c'est une brèche ouverte dans la politique française d'interdiction de sevrage et de réduction des risques. On peut par ailleurs considérer qu'en rendant l'usage de la drogue plus confortable, on aboutit à retarder l'accès au traitement de la dépendance, et même encourager la consommation, voire initier de nouveaux usagers...
 
Autoriser des salles d'injection dans notre pays, c'est changer de système ! Comment l'Etat peut-il en même temps interdire l'usage de stupéfiant et permettre aux toxicomanes de se droguer sous son contrôle, même médical ? Il y a là une incohérence totale ! Pour la surmonter, il faudrait dépénaliser les drogues, comme le préconisent ceux qui soutiennent l'ouverture de ces salles d'injection ; mais aussi pourquoi ne pas fournir l'héroïne dans les salles de shoot pour que celle-ci soit de qualité supérieure et soit moins risquée, etc... C'est inconcevable ! Le message que nous devons diffuser, c'est celui de l'interdit, c'est celui du sevrage. Notre vocation en tant de pouvoir public est de sortir les jeunes de la drogue et non pas les aider à se droguer proprement. C'est fondamentalement différent.
 
Les villes qui ont ouvert des salles d'injection avaient des endroits qui étaient des scènes ouvertes de la drogue. Des centaines de toxicos se droguaient dans des jardins ou places publics sous les yeux de tout le monde. Les édiles ont fait en sorte que ces toxicomanes se shootent cachés. Nous n'avons pas de tels endroits en France. Autre argument : des salles de shoot nécessitent un consensus des forces politiques mais aussi chez les différentes institutions comme la police et la justice. Le procureur de la République de Paris a rappelé que l'ouverture de tels centres pourrait être assimilée à de la complicité pour usage de stupéfiants. Les médecins sont également divisés sur le sujet."

  • 1. Élus, Santé Publique & Territoires (ESPT)
Par Amélie Gautier le 24 septembre 2010 à 05:00
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24 Commentaires

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  • infirmier3point, le 19/04/2011 à 05h30

    Aux ignorants qui écrivent sans savoir: La salle de shoot n'a pas vocation à fournir de la drogue.

  • gonzotrip, le 23/11/2010 à 11h39

    POUR la politique de l'autruche ne sert à rien

  • eliane41, le 27/09/2010 à 11h30

    Tout à fait d'accord avec vous

  • jemexprime, le 26/09/2010 à 07h58

    Bien d'accord , la drogue est illicite et on ferme les yeux sur les revendeurs qui ne sont pas loin des salles de shoot !!!!

  • ganinia, le 25/09/2010 à 07h53

    C'est totalement ce que je pense. On va prélever encore sur nos impôts des sommes pour payer ces salles alors que consommer de la drogue est illicite. On ferait mieux de l'utiliser pour faire de la prévention choc

  • 1mouchka, le 25/09/2010 à 01h05

    Si le projet devait être accepté, comment ensuite parler aux enfants... leur expliquer que la drogue c'est poison. Il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures.

  • mcg35, le 24/09/2010 à 15h53

    La drogue est-elle ILLICITE? Donc tout ce qui conduit à une intansfication de sa consommation, à commencer par les "salles de shoot", est ILLICITE ... Cela me paraît cohérent.

  • davidlondres0, le 24/09/2010 à 15h07

    HIppies???? Vous savez de quelle drogue on parle la?? ... revoyez vos classiques

  • liliane46, le 24/09/2010 à 13h43

    Totalement CONTRE ! on ne nous fera jamais croire que ces gens installés bien confortablement sour l'oeil complaisant de médecins et d'infirmières (probablement payés avec nos impôts) qui les conseilleront sur la la meilleure méthode pour se piquer sans casse, auraient ensuite des raisons de s'arrêter ! Bien au contraire, pourquoi s'arrêter alors que cela deviendra un vrai moment de détente dans un cadre confortable ? C'est nous prendre pour des abrutis.

  • marie.k6, le 24/09/2010 à 13h38

    C'est vraiment du grand n importe quoi, on nous interdit de fumer une cigarette dans un bar tabac et des jeunes vont pouvoir se shooter tranquillement, et le jeune que l'on arrête avec une barette de chite sur lui, on lui fait quoi ???????? revenez sur terre la france devient un payes d'interdiction et completement contradictoire au lieu de fumer un pétard, on ira se prendre une dose dans VOS salles merci pour tout MADAME BACHELOT

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