Les voisins n'en reviennent pas. "C'est choquant, avec des enfants, ils vont aller où ?", interroge Eduardo, qui vit sur le même palier que la famille expulsée. La voisine du 2e, une septuagénaire, pour qui les enfants faisaient parfois des courses, lâche : "Des gens honnêtes, vraiment, c'est incroyable". Le 20 octobre dernier, quand Mondher Ben Jannet a monté les escaliers proprets d'un immeuble ancien, dans le Xe arrondissement de Paris, avec sa femme et son plus jeune fils, il n'a pas reconnu son étage.
Début ce soir de la trêve hivernale : un répit pour les démunis
A partir de 21 heures, les locataires en grande difficulté auront un sursis de quelques mois : les expulsions locatives cessent jusqu'au 15 mars.
Publié le 31/10/2011
Trêve hivernale : quatre mois de répit pour les plus fragiles
Depuis samedi soir, les expulsions locatives sont temporairement interdites. Une trêve trop courte pour les locataires démunis, alors que la crise du logement s'aggrave, et que la tendance générale est à la hausse des expulsions.
Publié le 30/10/2010
Logement : début de la trêve hivernale
La trêve hivernale des expulsions locatives débutait samedi soir. Une trêve qui ne concerne pas forcément les familles les plus pauvres...
Publié le 30/10/2010
"Ils avaient posé une porte blindée. On s'est regardés, on s'est dit : ça y est, c'est la fin. Toutes nos affaires étaient à l'intérieur, nos papiers, le dossier médical du petit, ma femme avait préparé le dîner", raconte ce Tunisien arrivé en 1970 en France et fraîchement naturalisé. Derrière cette porte close, dont on a lui a facturé la pose et l'intervention d'huissier pour exactement 556,97 euros, il y a 32 m2, où la famille loge depuis 1993 et s'y est agrandie. "C'est petit mais tout de même, c'est un chez soi. Enfin, c'était", soupire Mondher Ben Jannet.
Versions contradictoires
La propriétaire leur avait donné congé en avril 2008 parce qu'elle voulait vendre, mais eux ne voulaient pas partir : avec la hausse des loyers dans le privé, ils comptaient sur l'avancée de leur dossier HLM ou Dalo pour être relogés. Selon la préfecture de police, qui a exécuté l'expulsion, la propriétaire a désormais décidé d'y loger sa fille devenue étudiante. Aussi, avec sa femme et quatre enfants dont deux handicapés à 80%, Mondher Ben Jannet s'est retrouvé à l'hôtel, sans recours.
Dans la panique du premier soir, Mohamed, 17 ans, atteint du syndrome Pierre Robin, a fui. Il est allé dormir gare Saint-Lazare, tout seul avant que la brigade des mineurs ne le trouve et le ramène à ses parents. Son petit frère Yassine, 6 ans, atteint par un lymphome de Burkitt, a été placé chez un copain. Les aînés de 19 et 22 ans se sont débrouillés, les parents ont somnolé dans les escaliers. Alerté par un membre de la famille qui connaissait l'association, le Dal est intervenu auprès de la mairie le lendemain et a obtenu des services sociaux un hôtel pour héberger la famille : 1015 euros par semaine pour deux chambres. Le loyer mensuel de l'appartement était de 600 euros.
A la mairie du Xe, l'édile socialiste Rémi Féraud s'est "engagé à tout faire pour que la famille soit relogée dans un vrai logement dans les meilleurs délais". "Eu égard à la situation des enfants, un hébergement a été trouvé et un processus de relogement est en cours", indique la préfecture de police, "durant lequel les parents devront effectuer les démarches nécessaires". Une mention nécessaire pour la préfecture, qui affirme que les parents ne sont pas "complètement de bonne foi" et n'ont pas "accompli avec diligence toutes les démarches nécessaires au relogement". Ils auraient cessé de payer le loyer en novembre 2009 pour une dette cumulée de 8000 euros. Et selon la préfecture, au moment de l'expulsion, "ni la famille ni les enfants ne vivaient dans les lieux ces derniers mois".
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