"Jeudi noir" installe un squat à deux pas de l'Elysée

Par Franck LEFEBVRE-BILLIEZ, le 07 janvier 2011 à 07h33 , mis à jour le 07 janvier 2011 à 09h22

Dénonçant les immeubles inutilisés en plein Paris alors que sévit la crise du logement, le collectif a décidé de frapper un grand coup en occupant un immeuble de huit étages appartenant à Axa, avec vue sur la cour de l'Elysée.

Julien Bayou, militant de l'association Jeudi NoirJulien Bayou, militant de l'association Jeudi Noir © www.abacapress.com

L'adresse est prestigieuse : 22, avenue de Matignon. Un grand mur-rideau en verre teinté s'élève sur huit étages, tranchant avec les façades en pierre des bâtiments parisiens avoisinants. Son aspect résolument moderniste date de l'année 1976, lorsqu'il avait été largement transformé pour l'agence de publicité J. Walter Thompson. En plein coeur d'un des quartiers les plus recherchés de Paris, à deux pas de la place Beauvau, siège du ministère de l'Intérieur, et tout près de l'Elysée, dont on aperçoit les toits depuis le dernier étage, cet immeuble de bureaux appartient à l'Ugicomi, filiale à 90% de l'assureur Axa. Et il est vide depuis 2006. Ou plutôt, était vide : car depuis le 27 décembre dernier, une trentaine de membres du collectif Jeudi noir l'occupent de manière discrète.

Plus d'infos

Le collectif s'était déjà illustré par diverses opérations médiatiques en plein Paris, comme l'occupation de l'hôtel particulier de "La Marquise" place des Vosges, ou l'installation d'un éphémère "ministère de la Crise du logement" place de la Bourse. Cette fois encore, le but est le même : dénoncer l'existence d'immeubles entiers vides de tout occupant en plein coeur de Paris, malgré la crise du logement. Ces bâtiments inoccupés et pourtant habitables, le collectif en recense 200 dans la capitale, un sur dix n'étant même pas gardé. Pour cette nouvelle opération, "Jeudi noir" compte sur l'aspect prestigieux du quartier et sur le voisinage plus prestigieux encore, avec l'Elysée en ligne de mire, pour trouver un écho médiatique accru. L'officialisation de l'occupation a lieu ce vendredi, une fois passé le "délai de carence" qui garantit aux squatteurs une reconnaissance de l'occupation de fait de l'immeuble et rend leur expulsion plus difficile. Jusque-là, il a fallu faire profil bas et éviter les patrouilles de police ou les regards des riverains à chaque entrée dans l'immeuble. Désormais, la date effective de la première entrée dans l'immeuble dûment reconnue par huissier, les membres du collectif comptent s'installer de manière un peu plus confortable... et surtout plus voyante.

"Sous le nez de Sarkozy"

"Il n'y a pas de ministère du Logement en France, alors nous allons créer un nouveau QG du mal-logement, ici, sous le nez de Sarkozy", explique dans les colonnes du Parisien Julien Bayou, conseiller régional Europe Ecologie-les Verts doublé d'un militant à multiples casquettes, puisqu'on le retrouve aussi bien chez "Jeudi noir" que dans les rangs de Génération précaire ou d'autres associations. Option envisagée : une grande banderole en travers de la façade pour dénoncer le mal-logement, avec le secret espoir qu'elle soit visible depuis l'Elysée. Mais les militants redoutent que cette proximité n'entraîne aussi une réaction d'autant plus rapide des forces de l'ordre... et une expulsion manu militari.

En attendant, ils s'installent : matelas, sacs de couchage ont été sortis avant l'aube d'une camionnette et répartis dans les plus de 2500 m2 de surface habitable de l'immeuble. Vingt-quatre chambres déjà aménagées, douches et sanitaires à chaque étage : tout le confort pour la trentaine de militants qui occupent les lieux. Parmi eux, des chômeurs et des précaires, régulièrement confrontés à la galère du mal-logement. La moyenne d'âge est plutôt jeune, la trentaine ou moins (on compte un certain nombre d'étudiants), certains sont sur liste d'attente pour obtenir un logement social depuis des années et ne parviennent pas à joindre les deux bouts. Plusieurs ont déjà été expulsés de précédents squats. Quelques-uns comptent s'installer avec femme et enfants. Pour combien de temps ? Le temps d'être entendus, espèrent-ils. "Si cette réquisition citoyenne leur offre un répit au coeur de l'hiver, elle vise surtout à dénoncer l'indifférence du gouvernement vis-à-vis d'une crise du logement qui s'aggrave à mesure que se gonfle la bulle immobilière", dénonce le collectif dans un communiqué.

Selon l'Insee, on dénombrait en 2009 1,8 million de logements vacants en France, dont 122.000 à Paris. Selon une enquête de l'Ifop pour Seloger.com publiée le mois dernier, plus d'un Français sur cinq se sent menacé par le mal-logement et 7% d'entre eux se considèrent mal logés. Une étude de l'Insee publiée jeudi fait état de 250.000 personnes sans domicile ou en hébergement précaire à la fin des années 2000, auxquelles s'ajoutent 2,9 millions de personnes habitant des logements sans confort. Ces chiffres confirment l'impact persistant et largement diffusé de la crise du logement dans le pays, dénoncé régulièrement par des organisations non-gouvernementales, au premier rang desquelles la Fondation Abbé Pierre.

Par Franck LEFEBVRE-BILLIEZ le 07 janvier 2011 à 07:33
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30 Commentaires

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  • 67alsacien, le 08/01/2011 à 20h00

    Eh ben voilà il faut envoyer la facture aux politiciens qui les soutienent.

  • henri_bambelle, le 08/01/2011 à 17h06

    Le propriétaire d'un logement qui reste vacant pendant 5 ans doit payer la taxe d'habitation. Il n'y a que vous qui soyez en mesure de classer les propriétaires en deux catégories : les bons et les mauvais. Vous devriez demander à être embauché dans les services fiscaux.

  • panchovillain, le 07/01/2011 à 18h55

    Axa, en achetant ces locaux, a encourage le secteur de la construction...ils ont certainement fait des rénovations et payent des impôts fonciers...et donc a crée et financé des tas d'emplois et participe aux financement de l'argent publique dont nous bénéficions TOUS. Les squatteurs arrivent, s'installent et dorment sans contribuer a quoi que ce soit et accusent Axa d'être une méchante société égoïste......De qui se moquent-ils?

  • mcg35, le 07/01/2011 à 17h23

    @zabette75 et @thierrymugler75 - +1 !

  • margat, le 07/01/2011 à 17h20

    Ceux qui ont commencé à travailler à 14 ans sont nés avant 44 ..(mini 67 ans) et sont déjà en retraite en 1959 l'école est devenue obligatoire jusqu'à 16 ans ...

  • margat, le 07/01/2011 à 17h13

    C'est pas interdit de dormir dans la rue, la rue est à tout le monde, à Paris comme à Marseille

  • tessier, le 07/01/2011 à 16h59

    Il existe un impot pour les proprietaires qui laissent un logement vacant surement pas pour toutes ces societes au dessus des lois

  • tequilap, le 07/01/2011 à 16h57

    Seulement la il s'agit de bureaux d'une cie d'assurance !! classée dans la famille financière ! vous croyez que ces gens la sont dans le besoin ...ça va contrarier leurs actions boursières !!

  • mcg35, le 07/01/2011 à 16h57

    @zabette7 - D'accord avec vous. J'ajouterais, pour l'avoir vécu, et d'autres personnes avec moi, que beaucoup de logements restent vacants par crainte, premièrement des IMPAYES, deuxièmement des FRAIS DE REMISE EN ETAT après le départ des locataires ... Tout à la charge ... du propriétaire ... !!!

  • trakzir666, le 07/01/2011 à 16h34

    @robino007 : Je passe chez vous à 2h du mat, je vous réveille en frappant fort à la porte, et vous demande votre voiture ! Seulement pour six mois ! Votre réaction sera à la mesure de votre égoïsme.

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