Julien Bayou, militant de l'association Jeudi Noir © www.abacapress.comL'adresse est prestigieuse : 22, avenue de Matignon. Un grand mur-rideau en verre teinté s'élève sur huit étages, tranchant avec les façades en pierre des bâtiments parisiens avoisinants. Son aspect résolument moderniste date de l'année 1976, lorsqu'il avait été largement transformé pour l'agence de publicité J. Walter Thompson. En plein coeur d'un des quartiers les plus recherchés de Paris, à deux pas de la place Beauvau, siège du ministère de l'Intérieur, et tout près de l'Elysée, dont on aperçoit les toits depuis le dernier étage, cet immeuble de bureaux appartient à l'Ugicomi, filiale à 90% de l'assureur Axa. Et il est vide depuis 2006. Ou plutôt, était vide : car depuis le 27 décembre dernier, une trentaine de membres du collectif Jeudi noir l'occupent de manière discrète.
Avenue Matignon : la justice ordonne l'"expulsion immédiate" du squat
La justice a ordonné mardi matin l'"expulsion immédiate et sans délai" de l'immeuble appartenant à l'assureur Axa, proche de l'Elysée, squatté à Paris depuis fin décembre par le Collectif Jeudi Noir.
Publié le 15/02/2011
Policiers devant le squat près de l'Elysée : la justice déboute Jeudi Noir
Le juge des référés du tribunal administratif de Paris a débouté l'un des membres de Jeudi Noir qui réclamait à l'Etat de mettre fin "au blocus" par la police de l'immeuble occupé par l'association.
Publié le 14/01/2011
Une riche propriétaire réclame 460.000 euros à ses ex-squatteurs
La propriétaire d'un immeuble du VIe arrondissement de Paris demande plus de 460.000 euros en justice à huit étudiants qui l'ont occupé sans payer durant 15 mois en 2008 et 2009.
Publié le 29/11/2010
Les squatteurs de la place des Vosges ont été expulsés
Quelques heures après la décision de la cour d'appel de Paris ordonnant une expulsion immédiate des membres de Jeudi Noir occupant depuis un an un immeuble de la place des Vosges, les forces de l'ordre sont intervenues samedi matin.
Publié le 23/10/2010
Les squatteurs devront évacuer la place des Vosges
La cour d'appel de Paris, confirmant le jugement de première instance, a ordonné l'expulsion des militants de Jeudi Noir pour le droit au logement, qui occupent un hôtel particulier place des Vosges depuis un an.
Publié le 22/10/2010
Les squatteurs doivent évacuer la place des Vosges
La justice a ordonné lundi l'expulsion des militants de Jeudi Noir pour le droit au logement, qui occupent un hôtel particulier place des Vosges depuis plus de deux mois.
Publié le 18/01/2010
Reportage au coeur du squat de Jeudi noir
Nouveau coup d'éclat du collectif Jeudi Noir : après la place des Vosges, les militants ont investi un immeuble vide avenue Matignon, à deux pas du palais de l'Elysée. Leur but : dénoncer l'indifférence du gouvernement face à la crise du logement. Visite et réactions face au blocage policier.
Publié le 07/01/2011
Nuit de la solidarité pour Jeudi Noir, avant l'expulsion
Les squatteurs du collectif Jeudi Noir, occupant le bâtiment de la place des Vosges, sont désormais expulsables. Ils ont veillé toute la nuit, en présence de Jean-Paul Huchon.
Publié le 27/01/2010
Le collectif s'était déjà illustré par diverses opérations médiatiques en plein Paris, comme l'occupation de l'hôtel particulier de "La Marquise" place des Vosges, ou l'installation d'un éphémère "ministère de la Crise du logement" place de la Bourse. Cette fois encore, le but est le même : dénoncer l'existence d'immeubles entiers vides de tout occupant en plein coeur de Paris, malgré la crise du logement. Ces bâtiments inoccupés et pourtant habitables, le collectif en recense 200 dans la capitale, un sur dix n'étant même pas gardé. Pour cette nouvelle opération, "Jeudi noir" compte sur l'aspect prestigieux du quartier et sur le voisinage plus prestigieux encore, avec l'Elysée en ligne de mire, pour trouver un écho médiatique accru. L'officialisation de l'occupation a lieu ce vendredi, une fois passé le "délai de carence" qui garantit aux squatteurs une reconnaissance de l'occupation de fait de l'immeuble et rend leur expulsion plus difficile. Jusque-là, il a fallu faire profil bas et éviter les patrouilles de police ou les regards des riverains à chaque entrée dans l'immeuble. Désormais, la date effective de la première entrée dans l'immeuble dûment reconnue par huissier, les membres du collectif comptent s'installer de manière un peu plus confortable... et surtout plus voyante.
"Sous le nez de Sarkozy"
"Il n'y a pas de ministère du Logement en France, alors nous allons créer un nouveau QG du mal-logement, ici, sous le nez de Sarkozy", explique dans les colonnes du Parisien Julien Bayou, conseiller régional Europe Ecologie-les Verts doublé d'un militant à multiples casquettes, puisqu'on le retrouve aussi bien chez "Jeudi noir" que dans les rangs de Génération précaire ou d'autres associations. Option envisagée : une grande banderole en travers de la façade pour dénoncer le mal-logement, avec le secret espoir qu'elle soit visible depuis l'Elysée. Mais les militants redoutent que cette proximité n'entraîne aussi une réaction d'autant plus rapide des forces de l'ordre... et une expulsion manu militari.
En attendant, ils s'installent : matelas, sacs de couchage ont été sortis avant l'aube d'une camionnette et répartis dans les plus de 2500 m2 de surface habitable de l'immeuble. Vingt-quatre chambres déjà aménagées, douches et sanitaires à chaque étage : tout le confort pour la trentaine de militants qui occupent les lieux. Parmi eux, des chômeurs et des précaires, régulièrement confrontés à la galère du mal-logement. La moyenne d'âge est plutôt jeune, la trentaine ou moins (on compte un certain nombre d'étudiants), certains sont sur liste d'attente pour obtenir un logement social depuis des années et ne parviennent pas à joindre les deux bouts. Plusieurs ont déjà été expulsés de précédents squats. Quelques-uns comptent s'installer avec femme et enfants. Pour combien de temps ? Le temps d'être entendus, espèrent-ils. "Si cette réquisition citoyenne leur offre un répit au coeur de l'hiver, elle vise surtout à dénoncer l'indifférence du gouvernement vis-à-vis d'une crise du logement qui s'aggrave à mesure que se gonfle la bulle immobilière", dénonce le collectif dans un communiqué.
Selon l'Insee, on dénombrait en 2009 1,8 million de logements vacants en France, dont 122.000 à Paris. Selon une enquête de l'Ifop pour Seloger.com publiée le mois dernier, plus d'un Français sur cinq se sent menacé par le mal-logement et 7% d'entre eux se considèrent mal logés. Une étude de l'Insee publiée jeudi fait état de 250.000 personnes sans domicile ou en hébergement précaire à la fin des années 2000, auxquelles s'ajoutent 2,9 millions de personnes habitant des logements sans confort. Ces chiffres confirment l'impact persistant et largement diffusé de la crise du logement dans le pays, dénoncé régulièrement par des organisations non-gouvernementales, au premier rang desquelles la Fondation Abbé Pierre.
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