Le Sénat écarte l'euthanasie, mais se déchire

Par TF1 News, le 26 janvier 2011 à 07h08 , mis à jour le 26 janvier 2011 à 07h11

Dossier : Euthanasie: le débat

C'est au cours d'une nuit marquée par des débats vifs que les sénateurs ont repoussé, par 170 voix contre 142, la légalisation de l'euthanasie.

Sans grande surprise, mais néanmoins après un débat intense, le Sénat a voté dans la nuit de mardi à mercredi contre la légalisation de l'euthanasie. Par 170 voix contre 142, les sénateurs ont supprimé l'ensemble des articles du texte trans-partisan présenté par leur collègue Jean-Pierre Godefroy (PS), Alain Fouché (UMP) et Guy Fischer (PCF). La veille du débat, François Fillon en personne était monté au créneau pour opposer à l'euthanasie, invitant de facto sa majorité au Sénat à en faire de même.

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L'essentiel de la proposition de loi tenait dans son article premier, supprimé dès mardi matin : "toute personne capable majeure, en phase avancée ou terminale d'une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable, lui infligeant une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée ou qu'elle juge insupportable, peut demander à bénéficier (...) d'une assistance médicalisée permettant, par un acte délibéré, une mort rapide et sans douleur". Dans l'hémicycle, définition du Larousse à l'appui, le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a parlé "d'euthanasie", qui "va à l'encontre de nos fondements juridiques". Le ministre a invoqué "les malades d'Alzheimer qui ne pourraient plus exprimer leur volonté libre et éclairée". Saluant "un débat pas comme les autres", il a plaidé pour le développement des soins palliatifs.

Une loi Leonetti encore peu appliquée

Au cours du long débat, des orateurs ont fait référence à Vincent Humbert, jeune tétraplégique que sa mère avait aidé à mourir en 2003. "Parce que je ne veux plus vivre des situations comme cela, je veux une loi pour que la société vienne en assistance à la personne qui en a fait la demande (ndr: de mourir)", a déclaré le rapporteur Jean-Pierre Godefroy (PS). "Ne vous arrogez pas le droit de décider à la place de ceux qui, lucidement, ont choisi le moment de mettre fin à leur souffrance. Ne leur volez pas leur ultime liberté", a plaidé la centriste Muguette Dini, présidente de la commission des Affaires sociales, mais qui parlait en son nom propre. "Le mérite de ce texte est d'avoir attiré l'attention du gouvernement sur l'insuffisance des soins palliatifs en France", a ajouté Alain Fouché (UMP), l'un des rares à droite à soutenir la proposition.

La sénatrice centriste et ex-secrétaire d'Etat Valérie Létard a indiqué qu'elle allait voter l'article 1 "pour que l'on ouvre le débat et qu'on le continue". Jean-Marie Bockel (Gauche moderne, ex-PS) s'est déclaré contre : "Je considère que la loi Leonetti nous suffit. Elle offre des espaces de liberté". Datant de 2005, la loi Leonetti "relative aux droits des patients en fin de vie" empêche l'acharnement thérapeutique. Elle est encore mal connue et peu appliquée dans les hôpitaux. 

Présent dans les tribunes, le président de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), Jean-Luc Romero, s'est déclaré optimiste pour la suite. "Je pense que François Fillon a fait la plus grande erreur de sa vie en mettant tous les moyens de l'Etat contre un vote de conscience (des sénateurs)", a-t-il commenté, en dénonçant "la pression de l'église avec des tribunes des évêques partout".

Par TF1 News le 26 janvier 2011 à 07:08
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37 Commentaires

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  • timidity79, le 26/01/2011 à 17h55

    A alexandre75015, lisez un peu les commentaires, vous verrez pourquoi seiyar70 dit ça...

  • timidity79, le 26/01/2011 à 17h54

    A alexandre75015, pouvez vous m'expliquer comment "supprimer la souffrance"?? Physique, peut être, je suis à peu près d'accord. Mais pensez vous à la souffrance psychologique de ces personnes en fin de vie, et qui ne veulent qu'une seule chose...?

  • alkira200, le 26/01/2011 à 17h47

    @dom145 : pour supprimer le Sénat il faut une réforme de la constitution, donc un vote du Congrès (députés plus sénateurs...) avec une majorité des 3/5èmes si mes souvenirs sont bon... Je vois mal les sénateurs voter pour leur propre disparition !

  • s.uleski, le 26/01/2011 à 17h24

    Quelles conditions de fin de vie pour chacun d'entre nous ? Tout aussi importante que tous les cas extrêmes qui nous sont présentés par les médias, est cette question qui est rarement prise en compte par ceux qui souhaitent une loi qui autoriserait l'euthanasie : notre système de santé, son financement face au vieillissement de la population, l'augmentation de l'espérance de vie et celle des coûts de l'innovation... Car, là sont les vrais enjeux ! Tout en sachant que la collectivité aura besoin de dépenser toujours plus dans le domaine de la santé, il se pourrait bien qu'un jour, des gouvernements s'y refusent appuyés par un électorat égoïste ou mal informé. Quel système de santé souhaitons-nous nous offrir, entretenir et développer pour quelle qualité de vie et pour quelle de « fin de vie » ? Question bien plus importante que le droit de disposer de son corps car, faut-il rappeler que notre corps nous appartient dans la mesure où toute décision prise à son sujet ne remet pas en cause cette part de responsabilité qui incombe à tout un chacun (1) ; responsabilité qui fait que notre société s'interdit - par exemple -, d'encourager le suicide, l'auto-mutilation, les comportements à risque etc... Autoriser l'euthanasie, c'est prendre le risque de voir une société se débarrasser de milliers, voire de millions d'individus incapables économiquement de "s'offrir" une fin de vie de qualité car, cette société-là aurait majoritairement fait le choix de ne pas financer un système susceptible de garantir une telle fin de vie aux plus démunis, entre autres et pour commencer (2). 1- Nous ne nous appartenons pas (entièrement) à nous-mêmes car, ce n'est pas (seulement) nous qui nous sommes faits. 2-Les professionnels de santé vous le confirmeront : il existe bien un lien entre l'augmentation des "cas" de demandes d'euthanasie et la déshumanisation de la société ; déshumanisation qui touche en priori les plus faibles : les personnes âgées isolées, aux revenus très faibles. *** Face à une situation de précarité extrême, voire de dénuement totale, en désespoir de cause, combien de suicides, combien d'interruptions de traitement sous le couvert de l'euthanasie peut-on raisonnablement craindre, sans oublier les choix draconiens d'une médecine hospitalière qui serait privée de moyens ? Au sujet de notre santé et de notre qualité de vie à tous, on ne doit avoir qu'un seul souci : le financement, l'aide aux familles et le soutien au personnel soignant afin de réunir toutes les conditions nécessaires à l'exercice de cette "qualité de vie" que l'on soit ou non sur le point de la quitter. Et on ne manquera pas de noter qu'il est bien question de "vie" et de "qualité" et non d'un "comment mourir au plus vite ?" défaitiste.

  • kbs7980, le 26/01/2011 à 16h24

    Beaucoup de critiques, il est facile de dire que vous êtes tous pour ou contre l'euthanasie, mais combien d'entre vous ont déjà été confrontés à un tel choix???? vous dites qu'il faut un référendum, très bien mais s'il va à l'encontre de vos propres convictions...et comment ne pas confondre euthanasie et suicide...le texte prévoyait une souffrance psychologique...est ce qu'une souffrance psychologique peut à elle seule suffire à justifier la mort...beaucoup de questions et certainement autant de réponse qu'il y a d'être humain...

  • mariel899, le 26/01/2011 à 16h16

    Je ne sais pas quoi en penser... Qui peut se vanter d'avoir le droit de vie ou de mort sur tel ou tel personne ? Parce que l'Euthanisie c'est ca: Le droit de donner la mort, meme si elle est demander c'est quand meme quelaue chose de delicat bien que pour certains la demande soit trop forte pour l'ecarter...

  • geriko28, le 26/01/2011 à 16h08

    Honteux et indigne ce volte face. Les médecins seront encore plus désemparés , les familles dans le désarroi le plus totale et les malades abandonnés face à leurs souffrances. Que de la politique politicienne sans aucune humanité.

  • eagle13, le 26/01/2011 à 16h07

    Ylvise, Même si certains ne sont pas d'accord, ils ne seront pas obligés de le faire, mais au moins, laisssons le pleuple prendre la décision eux même, chacun est libre de faire ce qu'il veut de sa vie!..

  • francis33, le 26/01/2011 à 16h01

    Pourquoi ne pas demander aux FRANCAIS

  • ylvise, le 26/01/2011 à 14h36

    De toute façon, même si le "peuple" votait, il y aurait toujours eu des gens qui ne seraient pas d'accord. de plus, tout le monde ne s'exprime pas sur le sujet. ce sont ceux qui ne sont pas d'accord avec le vote. de plus, si vous voulez avoir une action vraiment efficace pour changer quelque chose, deux solutions: faire une révolution en proposant une nouvelle constitution, ou devenir vous mêmes sénateur.

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