L'Elysée a-t-il demandé à ce que des sessions spéciales soient organisées pour les juifs pratiquants souhaitant passer les concours des grandes écoles ? C'est ce qu'affirme mardi Mediapart, qui explique que les dates de certains concours tombent les 20 et 26 avril, au moment de la Pâque juive. D'après le site d'information, la première date correspond au premier jour du concours commun des Mines et des Ponts (du 20 au 22 avril) et la seconde au premier jour des concours de Centrale et Supélec (du 26 au 29 avril).
Grandes écoles : il n'y aura pas de concours spécial pour les juifs pratiquants
Les responsables des concours des grandes écoles Mines-Pont et Centrale-Supelec ont contesté mercredi les informations du site Mediapart selon lesquelles l'Elysée aurait fait pression sur eux pour aménager des épreuves prévues pendant la Pâque juive.
Publié le 14/04/2011
La tradition républicaine française veut que, normalement, les dates d'examen sont toujours choisies pour qu'elles n'empiètent sur aucune fête religieuse ou jour férié. Mais, cette année, explique Médiapart, une bourde aurait été commise lors de la rédaction de la circulaire qui établit chaque année la liste des dates à éviter pour raison religieuse : la pâque juive aurait tout simplement été oubliée ! Décaler les examens des 13 000 candidats aurait été une solution trop coûteuse et compliquée à organiser.
Du coup, affirme Médiapart, l'Elysée aurait demandé aux écoles concernées de prévoir une organisation très spéciale pour la poignée d'étudiants juifs pratiquant. Pendant que les 13.000 candidats plancheraient dès 8 heures du matin les 20 et 26 avril, les étudiants juifs qui en feraient la demande seraient confinés jusqu'au soir sous étroite surveillance afin qu'aucune information concernant le concours de la journée ne leur parvienne. Ils ne débuteraient leur épreuve qu'ensuite, entre 22 heures et 2 heures du matin. Le lendemain, à 8 heures, ils participeraient normalement aux autres épreuves.
D'après Mediapart, c'est un haut fonctionnaire du ministère de l'Enseignement supérieur, choqué du procédé, qui aurait révélé l'intervention de la Présidence de la République. Mais, pour Le Point.fr, cette demande émanerait de la communauté juive. "La semaine dernière, une source dans le milieu des grandes écoles avait alerté Le Point.fr de pressions qu'elle subissait pour organiser une telle session d'épreuves", explique le média en ligne qui précise que "Le rabbin Haïm Korsia, aumônier général de l'armée de l'air et proche de Nicolas Sarkozy, a utilisé son entregent pour faire avancer sa cause". "Nous l'avions eu au téléphone la semaine passée, mais il avait nié le rôle de l'Élysée en la matière, se contentant de reconnaître avoir demandé un changement de date qu'on lui aurait refusé", explique Le Point.fr qui précise que les grandes écoles en question n'ont soit pas répondu à leurs questions, soit nié toute intervention élyséenne.
"Il n'y a pas de session spéciale ou quoi que ce soit organisé pour des étudiants juifs", a de son côté affirmé le responsable du concours Mines-Pont. "Nous n'avons pas d'aménagement pour raison personnelle ou religieuse", a également dit le secrétaire du jury du concours de Centrale-Supelec."Il n'y a pas eu de contact avec l'Elysée, a-t-il ajouté. La seule chose que j'aie eue, c'est un contact du ministère il y a huit mois, qui m'a dit avoir été approché par l'UEJF (Union des étudiants juifs de France, ndlr). On a regardé comment on pouvait aménager les dates du concours et on n'a pas trouvé de solution. L'école est donc restée sur une organisation classique." Dans un communiqué mercredi, l'UEJF a répondu que la République n'avait "pas de compte à rendre aux communautés religieuses". Elle a estimé qu'il n'y avait "rien de nouveau ni d'obscur dans la recherche de solutions qui permettent aux étudiants de combiner leurs pratiques religieuses avec le modèle républicain".
Mediapart a maintenu ses informations en publiant mercredi "une note confidentielle" du directeur de l'Ecole centrale, adressée à Bernard Belloc, conseiller de l'Elysée chargé de l'enseignement supérieur. Cette note propose plusieurs solutions pour aménager le concours, tout en avertissant de leur infaisabilité.
En plein débat sur la laïcité et la place de l'Islam en France, le parti socialiste n'a pas tardé à réagir à cette affaire. "Nicolas Sarkozy confirme qu'il n'a rien compris à la laïcité", estime Bertrand Monthubert, secrétaire national à l'enseignement supérieur et à la recherche. Cette initiative "porte un coup sévère à l'équilibre entre la liberté de conscience et l'égalité de traitement des candidats, au plus grand mépris de la neutralité de l'Etat". "Tout cela confirme que le pseudo-débat sur la laïcité n'était qu'un affichage pour stigmatiser les musulmans de France, qui n'a servi qu'à exacerber les tensions et à fragiliser le pacte républicain".
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