Violeurs récidivistes : "il faut mettre l'accent sur la recherche"

Par , le 21 avril 2011 à 09h35 , mis à jour le 21 avril 2011 à 10h09

Interview - Alors que l'enlèvement et le viol d'une petite fille à Toulouse relance le débat sur la récidive des délinquants sexuels, la psychiatre Christiane de Beaurepaire milite pour que des efforts soient faits sur la recherche et sur la création de structures d'accueil spécifiques, comme au Canada.

TF1 News : A Toulouse, l'homme soupçonné d'avoir enlevé et violé une petite fille de cinq ans, avait déjà été condamné par deux fois à plusieurs années de prison pour des faits similaires. La prison ne sert donc vraiment à rien ?  

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Christiane de Beaurepaire, psychiatre en milieu ouvert auprès de patients sous-main de justice, ex-chef du service médico-psychologique à la maison d'arrêt de Fresnes, auteur de "Non-lieu"*
: Effectivement, la prison ne sert pas à grand-chose pour nombre de ces personnes, mais comment agir autrement dans l'état actuel des connaissances? On pourrait aussi se demander ce dont on  dispose en dehors de la prison. Les lois ne manquent pourtant pas. La première dans le domaine, dite loi Guigou, a instauré en 1998 le « suivi socio-judiciaire » avec injonction de soins pour les auteurs d'agressions sexuels, une peine à exécuter soit à la sortie de prison, soit en tant que peine principale.

Cette loi encore controversée a pourtant permis à nombre de personnes qui n'auraient jamais osé aller consulter médecin ou psychologue pour parler de leur déviance sexuelle, d'être suivies, certes sous contrainte, mais le plus souvent avec succès et satisfaction. La loi Guigou a été durcie à la suite de faits divers successifs. Le nombre de suivis socio-judiciaires avec injonction de soin a fortement augmenté depuis 2005, depuis que les juges de l'application des peines sont eux-aussi autorisés à les prononcer au cours de la peine lors des demandes d'aménagement par exemple. Ces nouvelles dispositions s'appliquent d'ailleurs aussi à d'autres infracteurs, dans le cas de troubles psychiatriques ou addictifs qui pourraient pousser à la récidive. Ces mesures s'appliquent dans le cadre de la "surveillance judiciaire".

exergue Le taux de récidive globale est faible, autour de 2%
Tout ceci est a priori très clair, mais les moyens judiciaires et médicaux pour la mise en œuvre effective des mesures n'ont pas suivi. On l'a vu dans l'affaire Laetitia à Pornic, lorsque le SPIP (ndlr : service pénitentiaire d'insertion et de probation) a été stigmatisé par le pouvoir exécutif. Ailleurs, lorsqu'il est mis en place, c'est le suivi médical qui est mis en cause, comme à Toulouse lorsque la personne commet un viol juste après avoir vu son médecin. Or, il faut savoir que dans l'immense majorité des cas, les thérapies sont un appoint important, le taux de récidive globale est faible, autour de 2%, tous faits confondus.

TF1 News : Certains évoquent le manque de formation des psychologues et psychiatres pour suivre ce type de délinquants.
C.de B.
: L'un des vrais problèmes est que nous sommes au degré zéro, ou presque, de la connaissance dans le domaine de la déviance sexuelle. L'Inserm a récemment lancé de nouvelles études, mais cela se fait de façon trop parcellaire et sans volonté politique forte. Il faut mettre l'accent sur la recherche car nous n'en savons pas plus aujourd'hui qu'il y a dix ans sur les mécanismes intimes et psychopathologiques de ce trouble du comportement.  Nous n'en savons pas plus sur le fonctionnement du cerveau d'un pédophile comparativement aux non pédophiles. Nous n'avons que des bribes d'informations et des hypothèses. On sait par exemple que cela est souvent corrélé avec des traumas de l'enfance, sexuels ou autres, qui pourraient avoir entravé et figé à un stade infantile le développement psycho-affectif et sexuel des infracteurs sexuels. 
exergue Il existe des agresseurs sexuels qui vivent une véritable torture, avec des compulsions irrépressibles

Et quand on parle de soins, ce sont des méthodes empiriques qui ont été appliquées avec un certain succès, comme les thérapies cognitivo-comportementales, les thérapies psychanalytiques individuelles ou les thérapies de groupe. Ces méthodes qui sont utilisées dans le cas d'autres troubles du comportement, chez les patients alcooliques entre autres, sont efficaces aussi pour les délinquants sexuels, mais uniquement chez ceux qui peuvent accéder à un contrôle d'eux-mêmes. Or il existe des agresseurs sexuels qui vivent une véritable torture, avec des compulsions irrépressibles, et le seul recours est alors médicamenteux, par les anti-androgènes qui inhibent la testostérone, entraînant la diminution  majeure voire la disparition des pulsions, des fantasmes et de l'activité sexuelle.

TF1 News : Quelle (s) solution(s) préconisez-vous alors pour éviter la récidive ?
C.de.B. :
La première réponse, c'est « soigner les troubles de ces personnes ». On pourrait pour commencer créer des structures spécifiques, comme au Canada, permettant à la fois de proposer des soins très ciblés, et de développer la recherche concernant ce type de dysfonctionnement. Ces établissements fermés, sous contrôle judiciaire, ont un régime souple en fonction de l'évolution des patients. Ils offrent aussi une prise en charge globale -sociale, socio-éducative, psychothérapique et pharmaco-thérapeutique - qui peut durer plusieurs mois, orientée vers l'insertion des pensionnaires. Des évaluations régulières du potentiel de récidive du patient sont réalisées dans un but thérapeutique puis d'autonomisation progressive. Mais seuls des cliniciens rigoureusement formés sont habilités à les pratiquer. Pour l'instant, une seule structure analogue fonctionne depuis deux ans dans les locaux de l'hôpital de Fresnes.

Curieusement, on a formé à l'évaluation du risque de récidive en France les intervenants du SPIP déjà trop peu nombreux pour assurer leur mission première de réinsertion sociale. Après une formation accélérée, on leur demande de savoir utiliser des outils d'évaluation pourtant très délicats à manier et interpréter, alors que c'est un travail de clinicien expérimenté. C'est une lourde responsabilité et pour eux et pour leur hiérarchie décisionnaire. Cela permet surtout de faire des économies de circonstance, au lieu de mettre les moyens nécessaires dans des structures dédiées et équipées de cliniciens expérimentés. Malgré tout, le système est en place et fonctionne ainsi.

exergue Le « plus jamais ça », ce n'est pas en coupant la tête ou le zizi

TF1 News : D'ici quelques années, les centres de rétention de sûreté accueilleront leurs premiers détenus....
C.de.B.
: Ces centres de rétention de sûreté, créés il y a trois ans, sont une sorte d'abomination parfaitement illogique. La loi prévoit en effet que les personnes ayant commis les actes les plus graves, dont des viols et des meurtres, accomplissent leur peine pendant 15, 20 ans ou plus, puis qu'une commission se prononce en fin de peine sur leur dangerosité, c'est-à-dire leur potentiel de récidive. Si celui-ci apparaît encore élevé, les intéressés seront envoyés dans un centre de rétention fermé, pour une durée d'un an renouvelable à vie. Mais cette fois avec des « soins », en général prescrits lors du jugement, non prodigués en prison faute de moyens, mais obligatoires 15, 20 ou 30 ans après le jugement ! La rétention de sûreté est surtout une mesure destinée à l'opinion publique et aux électeurs, un affolement qui montre bien que l'on ne sait pas vraiment dans quel sens aller.

Et c'est ce qui fait aussi que quand quelqu'un comme la personne de Toulouse réitère un acte de viol sur une petite fille, on se dit que l'on n'a pas fait ce qu'il fallait ni pour l'enfant ni pour lui. Avant de savoir soigner la tuberculose, des foules de gens sont morts et en ont contaminé d'autres. Si on a fait des progrès fulgurants pour le Sida, c'est parce qu'il y a eu des pressions très fortes de lobbys qui ont poussé à la recherche. En dépit des différences évidentes de nature, le jour où il y aura des pressions assez fortes à la fois des personnes souffrant de déviance sexuelle et des associations de victimes qui détiennent justement ce pouvoir, pour dire « laissez tomber la prison parce que ça ne marche pas avec ceux-là, mais soignez-les comme il faut pour que ça n'arrive plus jamais », les choses avanceront peut-être enfin. Mais, en tout cas, le « plus jamais ça », ce n'est pas en coupant la tête ou le zizi, c'est en comprenant ce qui se passe avec et dedans.

*Non-lieu

Un psychiatre en prison

Ed. Fayard, 366p.

Par Alexandra Guillet le 21 avril 2011 à 09:35
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18 Commentaires

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  • pmvallez, le 22/04/2011 à 06h19

    Tout à fait d'accord, il suffit simplement de faire en sorte qu'ils soient obligés de s'assoir pour uriner, c'est à dire : couper tout ce qui dépasse, c'est très simple à réaliser, définitif et sans trop de frais pour la société. il faut bien sur les endormir pour ce genre d'opération quoique dans certains cas ... mais ce genre de raisonnement n'est pas correct ... il faut respecter l'homme .... je me demande si c'était un enfant de politique, de juge où un petit fils à sarko, comment notre "beau système" judiciaire réagirait !!! vous savez cette justice qui ne se trompe jamais, celle de monsieur burgeaud par exemple, mais chutttt ces gens là ne font pas d'erreur, ils sont seulement surchargés et bien sur ils manquent de moyens, c'est pourquoi on retrouve tous ces multirécidivistes dans les rues .....en fait il faut prier le bon dieu tous les jours pour demander d'avoir la chance de ne pas croiser un timbré dans la rue allez bonne journée à vous

  • mammone, le 21/04/2011 à 22h28

    Pourquoi ne me publiez vous pas quand je dis qu'il faut castrer ces malades d'une façon définitive afin qu'il n'y est pas de récidive et ainsi des vies sauvées. Les suivis et soins obligatoires sont des foutaises, ça ne marche pas. Laissez le choix aux malades( la castration et la liberté ou la prison pour 10 ans minimum) vous verrez que le chois sera vite fait. Merci de me publier.

  • baal_, le 21/04/2011 à 21h28

    La récidive n'a rien à voir avec la préméditation, mais sur le reste je suis plutôt d'accord.

  • edward888, le 21/04/2011 à 20h43

    Oui, ce sont des malades qui pourraient bénéficier de soins. Mais il y a d'autres priorités pour dépenser l'argent des contribuables que celle de réinsérer les violeurs récidivistes. Prison à vie!

  • pingouinux, le 21/04/2011 à 20h33

    La psychiatre est convaincante. Il est nécessaire de comprendre les mécanismes hormonaux et psychologiques si l'on veut lutter efficacement contre ce fléau. Son expérience en milieu carcéral renforce d'autant plus ses arguments. C'est une bonne chose d'appréhender le problème sous ces angles : soigner plutôt qu'enfermer, comprendre plutôt qu'ignorer. J'ai toujours préféré les cercles vertueux aux cercles vicieux. D'ailleurs, la prison à vie et la peine de mort n'ont jamais réglé quoi que ce soit : il suffit de regarder plus loin que notre nez.

  • 56dolo, le 21/04/2011 à 19h37

    Qu'appelez vous "pulsion" ? je ne comprends pas une pulsion sexuelle sur une enfant de 5 ans ! pas plus que sur une jeune fille de 15 ou 16 ans. Quelque soit la pulsion en question, à partir du moment où elle "viole" et "force" l'objet de cette pulsion, elle est meurtrière et comdamnable. Le "court instant" n'a aucune place ici non plus le "court instant" étant aussi l'origine de drames terribles contre lesquels nous ne pouvons rien, hors mis, renfermer à jamais l'auteur de la pulson en question. L'âme humaine à des noirceurs que notre justice ne peux pas cerner, appréhender et juger !

  • 56dolo, le 21/04/2011 à 19h01

    Oui je suis d'accord ! la douceur de cet enfant de 5 ans n'a rien à voir avec les obsessions d'un détraqué ! et à 15 ou 16 ans non plus. J'ai une fille de 14 ans, et je ne supporterai pas une telle agression sur sa si délicate personne ! mais que fait on de ces gens là ? on les enferme à vie, point.

  • 56dolo, le 21/04/2011 à 18h58

    La peine de mort pour ces gens la ? vous faites quoi des tueurs en série ? comme aux USA, 350 ans de prison cumulée sur une vie ? L'absurdité elle est où la dedans ? Restons réalistes, les enfermer oui, les tuer non ! trop facile pour eux ! passer 30 ans en prison et les faire réflechir sur leurs actes alors oui ! mais ne pas les relacher ok ! lisez "les derniers jours d'un condamné" de Victor Hugo vous allez comprendre !

  • ovation1, le 21/04/2011 à 18h35

    Même à 15 ou 16 ans c'est ridicule ! ou faut rétablir la peine de mort pour ces tortionnaires

  • cassuntella, le 21/04/2011 à 18h33

    Investir dans quoi??? La recherche pour comprendre pourquoi ces gens la recidivent??? La peine de mort pour ces crapules!!! Apres on verra si cela ne vas pas dissuader les autres!!!

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