Les syndicats enseignants ne veulent pas d'un " collège à roulettes "

Par Delphine DE FREITAS, le 10 juin 2011 à 14h35 , mis à jour le 10 juin 2011 à 14h45

L'UMP a réaffirmé, cette semaine, sa proposition d'expérimenter des collèges par classe : les 6e et 5e d'un côté, les 4e et 3e de l'autre. Une idée qui fait grincer des dents les syndicats enseignants.

TF1/LCI : Salle de classe dans un collègeSalle de classe dans un collège © TF1/LCI

Etablir des collèges séparés non plus par des quartiers mais par des classes. C'est le projet a nouveau présenté par l'UMP lors de sa convention sur la justice sociale mercredi. Les élèves de 6e et de 5e auront cours dans un établissement tandis que les 4e et les 3e seront regroupés dans un autre. Objectif ? Promouvoir la mixité sociale et éviter l'effet de ghetto.  Un avis que ne partagent du tout pas les principaux syndicats enseignants. "C'est très paradoxal de la part de l'UMP de dire que cette expérimentation vise à promouvoir la mixité sociale parce que ce sont  quand même eux qui ont supprimé la carte scolaire (*)", explique Frédérique Rolet, porte-parole de la FSU, estimant que ce collège par classes est "une mauvaise idée".

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"C'est du grand n'importe quoi. Le collège à roulettes, c'est vraiment quelque chose qui fait gadget", renchérit Luc Bentz, porte-parole de SE-Unsa, estimant que le collège par classes est "un système ingérable", notamment "en terme de transport. Dans une ville où il y a quatre collèges par exemple, il va falloir créer du transport scolaire  pour que les enfants qui habitent à l'autre bout de la ville puissent s'y rendre", explique-t-il avant d'ajouter, "Monsieur Copé doit se rappeler qu'il appartient à un gouvernement qui a signé le Grenelle de l'Environnement, et avec tous ces transports en plus, le bilan carbone ne me paraît pas très positif". Car l'idée d'un collège par classe avait déjà été évoquée en octobre 2010 lors d'un débat sur l'école en France mené par Génération France, le club de Jean-François Copé, le président de l'UMP.  "On a un politique qui a une idée et ‘hop'. Expliquez-moi comment dans un établissement on va pouvoir construire un projet avec des élèves qu'on ne suit qu'un an ?", s'interroge Luc Bentz.

"Un non-sens pédagogique"

Car le principal problème soulevé par les syndicats se situe sur le plan pédagogique. Ce système de collège par classes "va instaurer une coupure au milieu d'un cycle entre la 6e et la 5e puis la 4e et la 3e. Quand ils sortent de l'école primaire pour entrer au collège, il y a déjà un dépaysement pour les enfants. Et deux ans après, on leur dit qu'il faut tout recommencer", explique Frédérique Rolet. L'enfant sera ainsi privé de repères qui auraient pu l'aider à poursuivre les efforts en cas de décrochage."Dans certains établissements sensibles, les enfants ont le modèle des plus âgés. Il existe des formes de tutorat entre les 3e et les 6e. Ils les aident pour leurs devoirs mais aussi pour se repérer dans l'établissement. C'est assez positif. Avec ce système de collège par classes, on mettrait fin à tout ça", regrette-elle.

Pour Luc Bentz, le "non-sens pédagogique" se situe dans le manque de suivi. "On prend l'élève comme un numéro. On n'a plus d'historique puisqu'on ne peut plus discuter avec les professeurs qui l'ont eu avant ou ceux qui vont l'avoir après. On ne verra pas l'évolution de l'élève. Par exemple, s'il y en a un qui plonge d'un coup, à cause d'un problème familial ou autre, on se dira ‘il n'est pas bon' et on n'ira pas plus loin, parce qu'on ne connaîtra pas ses antécédents", estime-t-il. Frédérique Roulet souligne, elle aussi, que les professeurs auront plus de mal à "suivre la progression" de leurs élèves et que « le fait d'être cantonné dans un même niveau, ne crée pas de dynamique. Certains enseignants aiment travailler sur plusieurs niveaux, en sachant où ils doivent amener les enfants".

Les syndicats s'accordent également sur le fait qu'instaurer un système de collège par classes "inciterait à faire un tri dès la 5e" d'après Frédérique Roulet, faisant ainsi allusion à l'idée du gouvernement d'une orientation précoce où les élèves pourraient être envoyés dans des filières professionnelles dès la 5e."C'est un moyen de dégager les emmerdeurs, poursuit Luc Bentz,  mais la question c'est ‘qu'est-ce qu'on en fait après ?'. Gilles de Robien avait essayé de lancer l'apprentissage junior dès 14 ans, mais ça n'avait pas marché parce que les chefs d'entreprises n'ont pas voulu les accueillir". Appliqué dès la rentrée 2006, l'apprentissage junior proposait dès 14 ans un stage-découverte d'un an dans une entreprise qui pouvait ensuite conduire à un contrat d'apprentissage. "Ce n'est pas à coup de propositions démagogiques qu'on va pouvoir aider ces enfants-là », poursuit Luc Bentz qui réclame « des réponses de fond et réfléchies". Avant de conclure que la proposition de l'UMP "ne tient pas la route".
 
(*) D'après une étude du SNPDEN-Unsa, principal syndicat des chefs d'établissements, parue en 2010, l'assouplissement puis la suppression de la carte scolaire dès 2007 a contribué à la "ghettoïsation" des établissements situés en zone sensible. Avec la hausse des dérogations, près d'un tiers des collèges "Ambition réussite", parmi les plus sensibles, ont vu leurs effectifs baisser de 30% à 40%. 
 

Par Delphine DE FREITAS le 10 juin 2011 à 14:35
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17 Commentaires

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  • armada92, le 11/06/2011 à 12h53

    A part réclamer "des moyens" (donc des embauches) , les syndicats d'enseignants n'ont rien à proposer POUR les enfants. Tout ce qu'ils revendiquent ne sert qu'à maintenir le statu quo et à protéger leurs situations. Comment se fait-il que les enseignants chevronnés ne fassent pas grève pour demander à être affectés dans les établissements dits sensibles (où on nomme des débutants, ce qui ne les choque pas)

  • mamandoc, le 11/06/2011 à 09h42

    Bonjour J'ai vécu dans une ville qui pratiquait cela Il n'y avait pourtant pas de hlm, loin de là 5000 habitants, un centre ville quasiment impraticable en voiture et 3 endroits de la maternelle au primaire pour scolariser ses enfants C'était un vrai rodéo en voiture en général des mamans pendant les sorties de classe C'était très pénible mais je plaignais encore plus les parents de 3 enfants et plus Et puis aller à l'école à pied c'est bon pour la santé, ça décontracte Résultat j'ai inscrit mes 2 enfants en école privée et nous avons acheté une maison pas loin De plus il faudra qu'on m'explique pourquoi on fait les internats d'excellence = on prend les meilleurs élèves dans des quartiers difficiles Il y a 10 internats en France qui ont repris des casernes de l'armée J'ai des amies qui sont enseignantes au collège dans des quartiers zep/zup qui voient leurs meilleurs éléments partir dans ces internats Elles ont ainsi envie de partir de ces affectations là alors qu'avant les bons élèves étaient la motivation principale de ces enseignantes chevronnées Une solution un collège différencié avec un examen au départ Des cours renforcés en français ou en maths afin qu'en 5ième tous aient les acquis de base Des bus navettes pour sortir des collégiens de leur quartier On pourrait par exemple leur proposer la cantine gratuite pour encourager les parents à les inscrire ailleurs

  • haoshin, le 10/06/2011 à 17h27

    Au moin les élèves découvriront leurs villes avec leurs 10kg sur le dos. Plus besoin de cour de sport et hop les prof de sport a la trappe. Et donc des économies Bravo l'UMP

  • claudcouledouce, le 10/06/2011 à 16h42

    Vous avez raison et on en dégoute de l'école 150.000 enfants tous les ans qui sortent ensuite du système sans aucune formation. La droite a proposé de changer et cela a été un tolé général. On y viendra un jour sinon on perdra encore plus d'emplois en France où nous n'avons pas assez de professionnels artisans et techniciens.

  • claudcouledouce, le 10/06/2011 à 16h38

    Si vous vous teniez au courant vous sauriez qu'il ne faut pas confondre un parti qui fait de bonnes et de mauvaises propositions avec un gouvernement qui ne fait que des choses réalisables et profitables à la majorité du pays. Quand le PS dit une sottise on ne préjuge pas de ce que fera un gouvernement socialiste si par extraordinaire le PS prend le pouvoir pour un petit moment.

  • eddofr, le 10/06/2011 à 16h13

    J'en convient, l'idée est totalement irréalisable en termes de logistique autant qu'en terme de suivi pédagogique. Mais la vrai question est plutôt ailleurs. Tout le monde, je pense, voit bien que cette proposition n'a pas vocation à être mise en ?uvre mais constitue uniquement un "positionnement électoral". D'où la question essentielle : Est-ce que ça marche ? Est-ce qu'il gagne des points auprès de "son électorat" en lançant cette idée saugrenue ? Est-ce qu'il y a des électeurs assez stupides pour y voir autre chose qu'une gesticulation politicienne ? J'en appelle aux électeurs "de droite" (désolé, je suis plutôt à gauche moi) : Est-ce que vous y croyez ? Est-ce qu'il vous en semble meilleur ? Est-ce que cela vous conforte dans une intention de vote UMP ? En un mot, est-ce qu'il a raison (ça marche) ou est-ce qu'il à tort (personne n'y croit) ???

  • lesueurg, le 10/06/2011 à 15h54

    La mesure me parait totalement inutile, mais d'un autre côté les syndicats d'enseignements ont aussi des arguments totalement bidons. Selon moi cette modification ne changerait absolument rien, ni en bien ni en mal. Si ce n'est que selon moi l'exemple des plus âgés peut souvent être plus maléfique que bénéfique pour les plus jeunes.

  • juigne11, le 10/06/2011 à 15h49

    Encore un, qui a pondu une idée lumineuse. Les enseignants et les éléves sont mangés à toutes les sauces. Des réformes oui, mais sensées pas du n'importe quoi?

  • seiyar70, le 10/06/2011 à 15h46

    Les syndicats enseignants ne veulent rien du tout de toute façon , dès la prononciation du mot "réforme" , ils répliquent par "grève"

  • rk91000, le 10/06/2011 à 15h44

    Ce qui aurait été étonnant c'est que des syndicats d'enseignants soient d'accord avec une proposition. Leur ligne directrice c'est : on ne change rien et on ajoute de plus en plus de fonctionnaires.

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