Salle de classe dans un collège © TF1/LCIEtablir des collèges séparés non plus par des quartiers mais par des classes. C'est le projet a nouveau présenté par l'UMP lors de sa convention sur la justice sociale mercredi. Les élèves de 6e et de 5e auront cours dans un établissement tandis que les 4e et les 3e seront regroupés dans un autre. Objectif ? Promouvoir la mixité sociale et éviter l'effet de ghetto. Un avis que ne partagent du tout pas les principaux syndicats enseignants. "C'est très paradoxal de la part de l'UMP de dire que cette expérimentation vise à promouvoir la mixité sociale parce que ce sont quand même eux qui ont supprimé la carte scolaire (*)", explique Frédérique Rolet, porte-parole de la FSU, estimant que ce collège par classes est "une mauvaise idée".
Moins d'un Français sur deux satisfait du collège
Selon un sondage CSA pour La Croix et l'Association des parents d'élèves de l'enseignement (Appel), à peine 51% des Français estiment que le collège "fonctionne bien" et deux tiers (67%) plaident pour une remise en cause du principe de "collège unique".
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"C'est du grand n'importe quoi. Le collège à roulettes, c'est vraiment quelque chose qui fait gadget", renchérit Luc Bentz, porte-parole de SE-Unsa, estimant que le collège par classes est "un système ingérable", notamment "en terme de transport. Dans une ville où il y a quatre collèges par exemple, il va falloir créer du transport scolaire pour que les enfants qui habitent à l'autre bout de la ville puissent s'y rendre", explique-t-il avant d'ajouter, "Monsieur Copé doit se rappeler qu'il appartient à un gouvernement qui a signé le Grenelle de l'Environnement, et avec tous ces transports en plus, le bilan carbone ne me paraît pas très positif". Car l'idée d'un collège par classe avait déjà été évoquée en octobre 2010 lors d'un débat sur l'école en France mené par Génération France, le club de Jean-François Copé, le président de l'UMP. "On a un politique qui a une idée et ‘hop'. Expliquez-moi comment dans un établissement on va pouvoir construire un projet avec des élèves qu'on ne suit qu'un an ?", s'interroge Luc Bentz.
"Un non-sens pédagogique"
Car le principal problème soulevé par les syndicats se situe sur le plan pédagogique. Ce système de collège par classes "va instaurer une coupure au milieu d'un cycle entre la 6e et la 5e puis la 4e et la 3e. Quand ils sortent de l'école primaire pour entrer au collège, il y a déjà un dépaysement pour les enfants. Et deux ans après, on leur dit qu'il faut tout recommencer", explique Frédérique Rolet. L'enfant sera ainsi privé de repères qui auraient pu l'aider à poursuivre les efforts en cas de décrochage."Dans certains établissements sensibles, les enfants ont le modèle des plus âgés. Il existe des formes de tutorat entre les 3e et les 6e. Ils les aident pour leurs devoirs mais aussi pour se repérer dans l'établissement. C'est assez positif. Avec ce système de collège par classes, on mettrait fin à tout ça", regrette-elle.
Pour Luc Bentz, le "non-sens pédagogique" se situe dans le manque de suivi. "On prend l'élève comme un numéro. On n'a plus d'historique puisqu'on ne peut plus discuter avec les professeurs qui l'ont eu avant ou ceux qui vont l'avoir après. On ne verra pas l'évolution de l'élève. Par exemple, s'il y en a un qui plonge d'un coup, à cause d'un problème familial ou autre, on se dira ‘il n'est pas bon' et on n'ira pas plus loin, parce qu'on ne connaîtra pas ses antécédents", estime-t-il. Frédérique Roulet souligne, elle aussi, que les professeurs auront plus de mal à "suivre la progression" de leurs élèves et que « le fait d'être cantonné dans un même niveau, ne crée pas de dynamique. Certains enseignants aiment travailler sur plusieurs niveaux, en sachant où ils doivent amener les enfants".
Les syndicats s'accordent également sur le fait qu'instaurer un système de collège par classes "inciterait à faire un tri dès la 5e" d'après Frédérique Roulet, faisant ainsi allusion à l'idée du gouvernement d'une orientation précoce où les élèves pourraient être envoyés dans des filières professionnelles dès la 5e."C'est un moyen de dégager les emmerdeurs, poursuit Luc Bentz, mais la question c'est ‘qu'est-ce qu'on en fait après ?'. Gilles de Robien avait essayé de lancer l'apprentissage junior dès 14 ans, mais ça n'avait pas marché parce que les chefs d'entreprises n'ont pas voulu les accueillir". Appliqué dès la rentrée 2006, l'apprentissage junior proposait dès 14 ans un stage-découverte d'un an dans une entreprise qui pouvait ensuite conduire à un contrat d'apprentissage. "Ce n'est pas à coup de propositions démagogiques qu'on va pouvoir aider ces enfants-là », poursuit Luc Bentz qui réclame « des réponses de fond et réfléchies". Avant de conclure que la proposition de l'UMP "ne tient pas la route".
(*) D'après une étude du SNPDEN-Unsa, principal syndicat des chefs d'établissements, parue en 2010, l'assouplissement puis la suppression de la carte scolaire dès 2007 a contribué à la "ghettoïsation" des établissements situés en zone sensible. Avec la hausse des dérogations, près d'un tiers des collèges "Ambition réussite", parmi les plus sensibles, ont vu leurs effectifs baisser de 30% à 40%.
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Moins d'un Français sur deux satisfait du collège
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