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A la Réunion, les jeunes font éclater leurs frustrations

Amélie Gautier par
le 23 février 2012 à 18h11 , mis à jour le 24 février 2012 à 16h29.
Temps de lecture
4min
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Notre sociétéINTERVIEW - Depuis trois jours, l'île de La Réunion est en proie à des violences urbaines. En marge d'un mouvement contre la vie chère sur l'île, des jeunes de quartiers défavorisés expriment à leur manière leur ras-le-bol. Les explications d'un sociologue.

 

Des troubles secouent la Réunion depuis trois jours. Dans la nuit de jeudi à vendredi encore, des violences ont été signalées dans une dizaine de villes de l'Ile. Plusieurs policiers ont été blessés, plus de 70 personnes arrêtées. 

TF1 News : Vous êtes actuellement à la Réunion, comment est l'ambiance ?
Nicolas Roinsard : La tension est palpable dans les trois points traditionnellement chauds de l'île : le Port, le Chaudron, près de Saint-Denis et la ville de Saint-Benoît. Historiquement, ce sont les premiers endroits à réagir chaque fois qu'il y a une certaine tension à la Réunion.
 
TF1 News : Justement d'où vient cette tension ?
N.R. La genèse en est le mouvement contre la vie chère. Il a démarré il y a une semaine quand les routiers ont réclamé une baisse des prix des carburants de 25 centimes. Comme déjà en 2009 aux Antilles ici ou en 2011 à Mayotte, cela s'est transformé en mouvement général contre la vie chère. Mais les émeutes urbaines qui ont lieu en ce moment sont davantage une réaction de ras-le-bol face à une misère sociale qui prévaut dans certains quartiers que l'expression d'une Réunion en marche. Ces  quartiers sont traditionnellement sensibles. Là où le taux de chômage sur l'île est 30%, il atteint les 60% dans certaines cités. Et cela fait vingt ans que ça dure.
 
TF1 News : On cite souvent le quartier populaire du Chaudron.
N.R. C'est un ancien bidonville qui a été transformé en HLM. Aujourd'hui, c'est l'une des plus grosses cités de la Réunion. L'endroit a été le lieu de violentes émeutes urbaines en 1991. C'est aussi un quartier emblématique d'une politique d'urbanisation qui a peut-être ghettoisé une partie de la population. Le taux de chômage y est très élevé et la pauvreté prononcée. Ce quartier est un chaudron-bouillant dont on ne sait jamais quand le couvercle peut sauter. Les émeutes qui y ont lieu sont la réponse épidermique des jeunes face à une existence sociale qui ne leur promet pas beaucoup d'avenir ou de perspectives...
 
TF1 News : Ces émeutes témoignent donc de leur frustration, de leur ras-le-bol... ?
N.R. : Oui. Il y a un choc générationnel très important à la Réunion entre les parents de culture créole et leurs enfants. L'histoire de la Réunion, c'est celle d'une société de plantation où il y a toujours eu des dominés et des dominants. On est pauvre mais on accepte notre sort car c'est un ordre social contre lequel on ne peut pas faire grand-chose. Pendant longtemps, cette pauvreté a été intégrée. La nouvelle génération est de moins en moins dans ce modèle.
 
TF1 News : C'est-à-dire ?
N.R. Elle n'accepte pas cette immobilité sociale. En l'espace de 20 ans, la société de consommation a bouleversé l'ordre des choses. Leurs références culturelles à eux, ce sont les modèles métropolitains ou américains. Ils veulent avoir accès à cette culture là. Ils aspirent à autre chose mais se voient renvoyer à la condition de leurs parents et confrontés à un chômage élevé. Les lieux auxquels s'en prennent ces jeunes sont symboliquement chargés : c'est la grande distribution, emblème de la société de consommation. Dans les trois quartiers, à Saint-Benoit, au Chaudron ou au Port, c'est "Jumbo score", l'enseigne qu'on retrouve partout à la Réunion, qui est visée.

Les élus cherchent à apaiser les tensions

Jeudi, les élus de l'île ont présenté des propositions pour faire baisser les prix et calmer le mécontentement contre la vie chère. Didier Robert, président (UMP) du conseil régional, a ainsi proposé d'utiliser les recettes d'une taxe locale, l'octroi de mer, pour faire baisser de 5 centimes les prix au litre des carburants. Nassimah Dindar, présidente (DVD) du conseil général, souhaite généraliser les tarifs sociaux de l'eau, de l'électricité et du téléphone et baisser les prix de produits de première nécessité d'origine locale en créant "un fonds de concours exceptionnel". Ces propositions seront débattues vendredi lors d'une réunion en préfecture, consacrée initialement aux seuls prix des carburants. Formulées dans l'urgence, elles visent à désamorcer la forte tension qui règne dans certains quartiers de l'île.

*Nicolas Roinsard est chercheur au Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris (Cresppa). Il est notamment l'auteur de La Réunion face au chômage de masse. Sociologie d'une société intégrée. Presses universitaires de Rennes, 2007.
Commenter cet article

  • yenamrre : La Réunion souffre d'une inflation générée par un afflux massif d'argent étatique, sous toutes les formes possibles et imaginables (les bureaucrates et les politocards clientelistes se sont déchainés), ne correspondant à aucun travail réel et sérieux. Que propose-t-on comme solution ? Que l'Etat déverse encore plus de tombereaux de bonnes pépètes publiques (comme chacun sait, l'argent public est saint et sent bon tandis que l'argent privé est diabolique et pue du bec).

    Le 24/02/2012 à 23h08
  • louvie61 : Et si vous écoutiez ceux de la Réunion

    Le 24/02/2012 à 21h39
  • rose-marie54 : Adzeus: comment vivent les populations dans certains pays de l'UE qui ne perçoivent rien?

    Le 24/02/2012 à 20h35
  • adzeus : Cette révolte solidaire du peuple pauvre, elle donnerait quoi si elle se propageait dans nos campagnes de métropole ? le peuple est étranglé de taxes il est a bout !!! avec des SMICS a moins de 1 400 ? de nos jours avec un tel revenu on ne vit plus, on survit,

    Le 24/02/2012 à 19h46
  • glacier380 : N'importe quoi c'est une région Française, aujourd'hui le Réunion demain la métropole.

    Le 24/02/2012 à 19h39
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