Adoption : couples hétéros exigés ?

Par Propos recueillis par Carole Guirado-Cailleau, le 20 juillet 2011 à 17h26 , mis à jour le 29 juillet 2011 à 20h47

Interview Un rapport parlementaire UMP a provoqué lundi une levée de boucliers parmi les familles monoparentales et homoparentales candidates à l'adoption. Hervé Mariton, député de la Drôme, ouvre le débat sur TF1 News.

Hervé Mariton, député UMP de la Drôme, maire de Crest.Hervé Mariton, député UMP de la Drôme, maire de Crest. © Abaca

Cette semaine, les députés UMP Hervé Mariton et Anne Grommerch ont publié un rapport compilant 30 propositions pour promouvoir " la famille durable ". L'une d'entre elles recommande de réserver l'adoption aux couples hétérosexuels ou aux seuls célibataires ayant un lien de parenté avec l'enfant quand ses parents sont décédés. Hervé Mariton s'explique sur TF1 News. 

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TF1 News : Pourquoi avoir émis cette proposition ?

Hervé Mariton: Les choses sont assez simples : la République n'a pas légiféré pour l'homoparentalité et nous ne souhaitons pas qu'elle vienne de manière incidente.  J'ajoute que dans un contexte où il y a bien plus de couples adoptants que d'enfants à adopter, il n'est pas absurde de considérer que les couples hétérosexuels soient prioritaires. Il en va de l'intérêt de l'enfant.


TF1 News : Sur quelles données objectives vous êtes-vous basés pour rejeter la possibilité qu'un enfant soit heureux avec une famille monoparentale ?

H.M. : Dans mon ouvrage Transmettre pour construire, il y avait déjà un chapitre sur le thème de la famille durable. J'y citais des études bien documentées montrant que les chances d'un enfant en termes scolaire sont plus importantes dans une famille où il y a deux parents plutôt qu'un seul. Les risques de délinquance sont moindres quand il y a deux parents, la situation matérielle est meilleure également. Ce sont des éléments bien argumentés scientifiquement et par ailleurs tout à fait intuitifs. Il faut avoir une curieuse manière de penser pour imaginer qu'il en fût différemment.

Statistiquement, cela ne veut pas dire qu'il n'existe pas d'enfants heureux dans les familles monoparentales, mon approche est évidemment  de ne pas stigmatiser la monoparentalité. Mais au motif de ne pas la stigmatiser,  je ne souhaite pas non plus qu'on la banalise. Entre le fait de ne pas la stigmatiser et celui de la banaliser, il y a une barre que nous ne franchissons pas.

Nous ne voulons pas banaliser la monoparentalité classique, résultat de circonstances de la vie que nous constatons et qui peuvent justifier une solidarité au profit de ces familles. Mais ce n'est pas une raison pour en faire un modèle de société.

TF1 News : Quelles vont être les conséquences de votre rapport sur la législation actuelle ?

H.M.: La loi ne change pas du seul fait du rapport mais la position que nous défendons est celle d'une priorité donnée aux familles constituées de deux parents de sexe différents. Et également de concevoir qu'il peut y avoir une adoption dans le cercle familial en cas de décès des deux parents. Il faut aujourd'hui assumer clairement que la vocation de l'adoption est ordinairement biparentale et de deux parents de sexe différents. Il peut y avoir des circonstances exceptionnelles mais ce n'est pas la règle ordinaire.

TF1 News: Existe-t-il des statistiques sur l'adoption par des familles homoparentales en France ?

H.M.: Il existe des chiffres qui se baladent dans la nature mais il n'existe pas de statistiques rigoureuses. L'homoparentalité en France n'est pas établie par la loi. Heureusement la République ne fait pas la police des lits donc une personne célibataire peut adopter et ensuite se trouver dans une relation personnelle homosexuelle, la loi ne réprime pas cela et c'est plutôt bien ainsi. Je n'imagine pas que l'on casse une adoption au motif du choix sexuel du parent donc il vaut mieux prendre les choses en amont.

TF1 News: Comprenez-vous les réactions scandalisées des associations homosexuelles ?

H.M.: Je les entends et j'affirme simplement qu'il n'y a dans mon rapport aucune sorte d'homophobie et que je ne m'exprime absolument pas sur les choix sexuels libres et légitimes des personnes. Une chose est la vie sexuelle des personnes, une autre la parentalité. Le fait de dire oui à la liberté des choix sexuels et que la parentalité est le résultat du couple d'un homme et d'une femme, ce n'est pas de l'homophobie, ce n'est pas de la discrimination. Toute différence n'est pas discrimination.

Mais si demain la République reconnaissait des enfants nés de couples homoparentaux, est-ce qu'ils ne souffriraient pas, eux, d'une discrimination, celle de ne pas avoir de père et de mère ? J'attire l'attention sur le fait que dans le schéma de l'homoparentalité il y a en réalité plus de deux parents ; puisqu'il y a le couple qui veut l'enfant mais aussi la mère porteuse si ce sont des hommes, ou le père dit biologique si ce sont des femmes. Cela signifie une configuration où il y a  3 ou 4 parents et dans l'hypothèse d'une recomposition de la famille, vous vous retrouvez ensuite avec 5-6 parents. On est dans une situation beaucoup trop compliquée. A un moment, on ne sait plus où sont les parents et la famille.

TF1 News : Mais la multiplication de « parents » autour des enfants est déjà une réalité dans les familles recomposées de parents hétérosexuels ...

H.M.: Non parce que si vous raisonnez sur l'homoparentalité, il y a de toute manière davantage de parents, donc les choses se compliquent davantage. La recomposition  n'est d'ailleurs pas un modèle en soi. Les familles recomposées doivent être reconnues par la société mais nous rappelons dans notre rapport que les ¾ des enfants vivent avec leurs deux parents. Il ne faut pas non plus caler l'organisation de la société sur des schémas minoritaires aussi respectables sont-ils.

TF1 News : Mais ne vaut mieux t-il pas un enfant élevé par un couple homosexuel en harmonie plutôt qu'au sein d'un couple hétérosexuel où règne discordes et malaise ?

H.M.: C'est tout l'objectif des procédures d'adoption d'essayer de choisir les couples qui apportent à l'enfant le plus de bonheur possible. Ensuite on ne peut pas établir de schéma parfait. Qu'il puisse y avoir du bonheur dans les couples homos et du malheur dans les couples hétéros, ce n'est pas contestable. Mais il faut essayer de mettre le plus de chances possibles du côté de l'enfant par le choix des couples tel que les procédures d'agrément d'adoption le conduit.

TF1 News : Même si c'est une minorité, n'est-ce pas nier une évolution de la société qui tend à reconnaître le droit des couples homosexuels à être parents ?

H.M.: Mais l'homosexualité n'a pas besoin d'être reconnue pour exister. Elle existe, elle est aujourd'hui heureusement non discriminée et je le répète, il n'y a de ma part aucun jugement, pas un gramme d'homophobie. S'agissant d'homoparentalité, je ne sais pas s'il y a une évolution de la société. Il y a une revendication militante que j'ai entendue en rencontrant différentes associations lors de mes travaux successifs mais une revendication militante ne fait pas nécessairement un état de la société, un état du droit.

Réactions : les homosexuels s'insurgent

La publication du rapport sur la "famille durable", résultat d'un groupe de travail de 54 députés UMP, a suscité lundi un tollé parmi les associations homosexuelles. Retour sur leurs réactions plus ou moins virulentes.   
                                 
L'Association des futurs parents gays et lesbiens (APGL) s'est étonnée de ne pas avoir été consultée. "Si l'APGL avait été auditionnée, elle aurait pu expliquer aux auteurs que, dans le cadre de la famille, il s'agit surtout de protéger les enfants déjà nés ou à naître, et vivant au sein des familles homoparentales. Car nos familles existent d'ores et déjà et la vision passéiste d'un groupe de députés UMP pour qui la famille est une valeur refuge (...) n'y changera rien", selon l'APGL.

Pour SOS homophobie, "l'UMP dresse un nouvel obstacle pour les homosexuel(le)s qui souhaitent adopter et qui (...) n'ont d'autre choix que de procéder à une adoption en tant que célibataires, empêchant de fait la reconnaissance de leur conjoint(e) comme parent légal de leur enfant". SOS homophobie estime qu'il "s'agit là d'une nouvelle discrimination explicite à l'égard des personnes homosexuelles, ainsi que d'une négation totale des dizaines de milliers de familles homoparentales qui vivent en France".

L'APGL estime que "l'UMP laisse malheureusement une nouvelle fois la parole à sa frange la plus extrémiste et réactionnaire, celle qui divise les Français, celle qui oppose le mariage au PACS, celle qui veut imposer ce qu'elle appelle ses bonnes pratiques".

Pour Act Up, "l'UMP reste bien ce concentré de haine envers les pédés, les gouines, les trans, pour qui nous sommes pires que des animaux, une menace pour la survie de l'humanité, etc. La famille hétérosexuelle est la référence exclusive du bien-être et de l'épanouissement. Hitler, Staline, Pol Pot, Eva Perron, Franco, Laval, Le Pen et sa fille, tous et toutes ces grands(es) bienfaiteur(trices) de l'humanité, élevés(es) par des couples hétéros, témoignent du bien-être et de l'épanouissement que ce modèle familial donne à coup sûr".

Par Propos recueillis par Carole Guirado-Cailleau le 20 juillet 2011 à 17:26
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43 Commentaires

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  • jeteveux32, le 23/07/2011 à 19h28

    Non c'est clair, il vaut mieux encore nous diviser!

  • sun2010, le 22/07/2011 à 12h47

    L'homosexualité n'est pas un choix mais une réalité tout comme pour faire un enfant il faut un homme et une femme.

  • cardff, le 21/07/2011 à 23h45

    ça serait une égalité pour tous ça lol , mais faudrait trouver un truc pour avoir chaud au mois de Juillet mdr , auriez vous honte de votre corps ? moi pas du tout ...............

  • mcg35, le 21/07/2011 à 23h21

    @I.wallonie - Merci de respecter l'opinion des autres si vous voulez, fort légitimement, que l'on respecte la vôtre!

  • mcg35, le 21/07/2011 à 23h19

    @cathbern - Vous faites semblant de n'avoir pas compris ce que je veux dire par "lois naturelles" ...

  • cathbern, le 21/07/2011 à 22h25

    Les lois naturelles c'est la raison du plus fort, on a souvent vu ce que ça donnait !

  • berol60, le 21/07/2011 à 22h18

    La liberté de tout faire et n'importe quoi mène à la décadence d'un peuple, fatalement. En tout cas si vous parlez d'évolution que de donner 2 pères ou 2 mères à un enfant il s'agit d'une évolution négative. Personne ne se soucie de la réaction des ces enfants quand ils auront l'âge de raison car ils n'auront pas forcément une tendance homo!?

  • postagualen, le 21/07/2011 à 21h35

    Voila ce que donne la morale chrétienne dans un pays laïque. il est juste dommage que ceux qui ont enseigné cette morale pendant des siècles ne se la soit jamais appliquée à eux même !!

  • l.wallonie, le 21/07/2011 à 21h29

    D'abord, c'est pas un choix. Ensuite, pourquoi vouloir imposer sa vision passéiste de la vie au nom de votre conception bigote des choses? Et surtout de quel droit?

  • franckyparis, le 21/07/2011 à 21h16

    Toute l'incompréhension du sujet de la part de ce député vient du fait qu'il a - inconsciemment - l'intime conviction que l'intérêt d'un enfant est mieux servi s'il est élevé par un couple hétérosexuel que par un célibataire et/ou couple homosexuel. Pour lui un couple homosexuel cela sera toujours un choix "par défaut". Or c'est archi faux!! S'il connaissait plus de cas de familles différentes autour de lui, cela lui sauterait aux yeux. Beaucoup d'enfants sont bien plus heureux élevés par des couples d'hommes ou de femmes qui s'aiment que dans d'autres familles classiques. Un schéma de famille classique n'est pas à lui seul un gage de bonheur. A partir de là, personne de devrait avoir le droit de refuser d'avoir des enfants dans des cas de familles différentes. A peu près tout ce qu'affirme ce député sont des contre vérités. Aucune famille monoparentale ou homoparentale ne se retrouve dans ce qu'il décrit.

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